Transformer l’enseignement au Kenya

Evelyne Saru Mchori, enseignante au niveau 6, en plein travail avec James Mwamta, le technicien TIC qui assiste les enseignants pour la saisie de leur auto-évaluation en ligne grâce à l’outil TPAD (Teacher Performance Appraisal and Development tool). Lieu : école primaire Miritini, comté de Mombasa, Kenya. Crédit: GPE/Kelley Lynch

Evelyne Saru Mchori, enseignante au niveau 6, en plein travail avec James Mwamta, le technicien TIC qui assiste les enseignants pour la saisie de leur auto-évaluation en ligne grâce à l’outil TPAD (Teacher Performance Appraisal and Development tool). Lieu : école primaire Miritini, comté de Mombasa, Kenya

CREDIT: GPE/Kelley Lynch

Au Kenya, l’absentéisme des enseignants est un problème croissant. Ceux-ci manquent les cours classe pour cause de maladie, d’urgence familiale ou d’emploi officiel autre que l’enseignement. Les résultats sont néanmoins les mêmes : leurs élèves manquent une partie de leur éducation. En 2015, le Rapport mondial de Suivi sur l’éducation remarquait un absentéisme des enseignants de près de 20 % dans le pays.

Après des années de résultats médiocres en termes d’acquis scolaires, une refonte de la profession d’enseignant est en cours, en partie grâce à un financement de 88,4 millions de dollars du GPE. Ce financement soutient également l’édition et la diffusion de nouveaux manuels scolaires, ainsi que des subventions, depuis 2015, pour l’amélioration des écoles.

L’outil d’évaluation de la performance et du développement des enseignants (TPAD) fait partie du projet de développement de l’enseignement primaire (PRIEDE), financé par le GPE et axé sur le renforcement des systèmes scolaires et de la gouvernance. Le projet cible 4 000 écoles primaires publiques affichant une faible performance, et soutient chaque établissement, grâce à un financement de 5 000 dollars pour développer et mettre en œuvre un programme d’amélioration des écoles (PAE).

Les chefs d’établissement du comté de Nyeri affichant un faible taux de performance, réunis en atelier pour préparer, avec le personnel du Ministère de l’Éducation, leur programme d’amélioration des écoles. Crédit: GPE/Kelley Lynch

Les chefs d’établissement du comté de Nyeri affichant un faible taux de performance, réunis en atelier pour préparer, avec le personnel du Ministère de l’Éducation, leur programme d’amélioration des écoles.

Crédit photo: GPE/Kelley Lynch

Le suivi de la présence et de la performance des enseignants

Développé et géré par la Commission du service des enseignants (Teacher Service Commission – TSC), l’institution qui emploie les enseignants du Kenya, le TPAD permet à la TSC non seulement d’effectuer un suivi des enseignants en termes de présence et de couverture des programmes, mais également d’évaluer leur performance en classe, leurs connaissances professionnelles, leurs capacités d’innovation et de créativité pédagogique, ainsi que leur engagement auprès des parents, entre autres.

Philemon Mwalukumbi, chef d’établissement, observe Evelyne Saru Mchori, enseignante, dans sa classe du niveau 6. Avec le nouveau système du TPAD (Teacher Performance Appraisal and Development tool), les enseignants font l’objet d’une observation dans la classe au moins une fois par période scolaire. Crédit: GPE/Kelley Lynch

Philemon Mwalukumbi, chef d’établissement, observe Evelyne Saru Mchori, enseignante, dans sa classe du niveau 6. Avec le nouveau système du TPAD (Teacher Performance Appraisal and Development tool), les enseignants font l’objet d’une observation dans la classe au moins une fois par période scolaire.

Crédit photo: GPE/Kelley Lynch

L’outil s’articule autour de séances régulières d’observation en classe de chaque enseignant du pays par les superviseurs de l’éducation du comté. Les évaluations produites, associées à l’auto-évaluation de l’enseignant, sont mises en ligne sur le site Web de la TSC pour chaque période scolaire au moyen du TPAD. La base de données en ligne ainsi générée est utilisée par la TSC pour ses prises de décision.

Après le cours, Philemon Mwalukumbi fait part de ses observations Evelyne Saru Mchori dans sa classe du niveau 6. École primaire Miritini, comté de Mombasa, Kenya. Crédit: GPE/Kelley Lynch

Après le cours, Philemon Mwalukumbi fait part de ses observations Evelyne Saru Mchori dans sa classe du niveau 6. École primaire Miritini, comté de Mombasa, Kenya.

Crédit photo: GPE/Kelley Lynch

Dans l’outil en ligne, les enseignants doivent noter, entre autres, leurs connaissances et les applications qu’ils en font dans le cadre professionnel, leur gestion du temps, leurs capacités d’innovation et de créativité pédagogique, la protection, la sécurité et la discipline des apprenants, leur comportement pédagogique, la promotion d’activités parascolaires, le développement professionnel et la collaboration avec les parents / tuteurs et autres parties prenantes.

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« Nos décisions sont désormais très objectives » a expliqué Caroline Mwakisha, Directrice de la TSC pour le comté. « C’est votre performance qui détermine s’il est possible de vous déployer comme chef d’établissement ou enseignant, par exemple. Nous sommes également capables d’identifier les lacunes et les faiblesses de nos enseignants et d’y répondre au moyen de programmes de formation, de tutorat par les pairs, etc… »

Les premiers résultats montrent d’importantes améliorations

Selon Mme Mwakisha, les résultats sont « énormes »

« Les enseignants font désormais attention » dit-elle. « Ils sont ponctuels. Ils comprennent leur rôle et se sentent responsables. »

Cela a également un impact sur l’absentéisme et le décrochage des élèves – et améliore la performance de ces derniers.

« Avec l’introduction du TPAD, l’enfant est devenu le client n°1 de l’enseignant » a expliqué Mme Mwakisha. « Cette attitude positive signifie que les enfants aiment désormais venir à l’école, et le taux de décrochage est en recul. »

Le TAPD a été introduit après le déploiement d’un nouveau programme de formation des enseignants et une réforme des salaires et incitations des enseignants, menée par l’État.

Mercy Nelly (gauche), 12 ans, chef de sa classe au niveau 6, et Margaret Nyamoki (droite), 12 ans, secrétaire à l’éducation de l’école, évaluent leur enseignante de niveau 6, Evelyne Saru Mchori. Mercy note également l’heure d’arrivée et de départ de l’enseignante, ainsi que des notions couvertes pendant la leçon. Crédit: GPE/Kelley Lynch

Mercy Nelly (gauche), 12 ans, chef de sa classe au niveau 6, et Margaret Nyamoki (droite), 12 ans, secrétaire à l’éducation de l’école, évaluent leur enseignante de niveau 6, Evelyne Saru Mchori. Mercy note également l’heure d’arrivée et de départ de l’enseignante, ainsi que des notions couvertes pendant la leçon.

Crédit photo: GPE/Kelley Lynch

Des obstacles à surmonter

La mise en œuvre, démarrée il y a tout juste un an, et le déploiement de cet outil n’ont pas été sans difficulté. L’accès aux ordinateurs, tablettes, voire smartphones reste restreint dans de nombreuses régions du pays. Ajouté à la lenteur du système et à une bande passante limitée, cela pose des difficultés à la plupart des enseignants qui doivent produire des rapports réguliers, et non des moindres pour les enseignants non formés en informatique, dont le nombre est estimé à plus de 30 %.

Ces problèmes sont dans la ligne de mire de la TSC, et des solutions sont à l’étude, notamment les améliorations devant être apportées au site Web et une formation régulière destinée aux enseignants et relative aux compétences en TIC.

Toutefois, ces obstacles n’altèrent en rien l’appréciation portée par Mme Mwakish sur l’utilité du TPAD : « Le TPAD a transformé l’enseignement en une nouvelle carrière : ce métier a enfin la dignité qu’il mérite. L’enseignant d’aujourd’hui est un enseignant d’un nouveau genre. Il est motivé, concentré et très heureux. Il est fier de son métier – ce qui est merveilleux. »

« Grâce au TPAD, la nouvelle génération de Kenyans sera très différente des précédentes. Si vous voulez mon avis, c’est la meilleure chose qui soit arrivée au Kenya. »

Enseignants
Afrique sub-saharienne: Kenya

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