Alphabétisation et langues nationales en Afrique : les nouvelles activités de l’ADEA
La Journée internationale de la langue maternelle célébrée chaque année le 21 février, est l'occasion de promouvoir la diversité linguistique et culturelle ainsi que le multilinguisme. Où en est-on avec l'alphabétisation en langues nationales en Afrique ? Le Pôle de qualité inter-pays de l’ADEA sur l’Alphabétisation et Langues nationales propose un état des lieux.
21 février 2019 par Rémy Habou, ADEA|
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Du matériel d'apprentissage en kinyarwanda à l'école maternelle Jean de la Mennais, dans le district de Burera, au Rwanda rural en février 2016.
CREDIT: GPE/Alexandra Humme

Ceci est le deuxième billet de blog publié en 2019 dans le cadre de la collaboration entre l'Association pour le développement de l'éducation en Afrique (ADEA) et le Partenariat mondial pour l'éducation (GPE).

La Journée internationale de la langue maternelle proclamée par la Conférence générale de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) en novembre 1999 – est célébrée chaque année le 21 février afin de promouvoir la diversité linguistique et culturelle ainsi que le multilinguisme. Cette initiative a non seulement accru la prise de conscience des problèmes linguistiques, mais a également mobilisé des partenaires et des ressources pour soutenir la mise en œuvre de stratégies et de politiques en faveur de la diversité linguistique et du multilinguisme dans le monde entier.

La langue est fondamentale pour la communication sous toutes ses formes, et c’est la communication qui permet le changement et le développement dans la société humaine. Utiliser - ou ne pas utiliser - certaines langues aujourd'hui peut ouvrir ou fermer une porte de la société dans de nombreuses régions du monde.

Quelles sont les actions planifiées pour l’alphabétisation et les langues nationales en Afrique ?

Le Pôle de qualité inter-pays de l’ADEA sur l’Alphabétisation et Langues nationales (PQIP-ALN) a prévu de nouvelles actions qui établissent un lien étroit avec les objectifs du plan stratégique de l’ADEA (2018-2023) qui lui-même s’inscrit en droite ligne des objectifs 2030 des Nations Unies, notamment l’ODD ,4 relatif à l’éducation, et de l’Agenda 2063 de l’Union africaine ainsi que de la stratégie continentale de l’éducation pour l’Afrique 2016-2025 (CESA 16-25).

Ces actions s’appuient notamment sur « Le pilier 1 du plan stratégique de l’ADEA : « la plateforme continentale d’éducation ».

Il est essentiel de relever que les activités majeures prévues dans le court terme, mettent en relief l’importance indéniable de la langue maternelle, sur le plan de la communication étendue, sur son rôle de levain dans les systèmes éducatifs africains et sur son pouvoir à stimuler la tolérance mutuelle et l’intégration des peuples.

Une politique linguistique au service de la promotion des langues maternelles

La formulation de cette activité s’est basée sur la demande des pays de disposer d’une approche harmonisée d’utilisation des langues locales pour améliorer les apprentissages scolaires et promouvoir la culture. En effet, pourrait-on affirmer l’identité africaine et promouvoir la renaissance africaine (sous-thème 3 de la Triennale 2017 de l’ADEA), en reniant la langue maternelle qui est sensée véhiculer la culture et cette identité africaine ?

Dans cette dynamique, peu de pays ont réussi à élaborer une politique linguistique, pour faciliter l’utilisation effective des langues africaines dans les systèmes éducatifs, dans l’administration et d’autres secteur de la vie.

Rappelons à ce sujet que l’atelier du PQIP-ALN qui s’est tenu à Cotonou (Benin) en août 2017, sur le « multilinguisme » a permis de rappeler les principaux obstacles, qui sont notamment d’ordre technique, politique et financier.

Le PQIP-ALN aidera les pays à agir collectivement en vue de réussir l’intégration harmonieuse et efficace des langues et cultures africaines dans l’éducation, en formant une trentaine de cadres des ministères de l’éducation au cours de l’année 2019, à la méthodologie d’élaboration d’une politique linguistique.
Des élèves de l'école de Kisiwandui à Zanzibar en Tanzanie, pendant une leçon en avril 2017. Crédit: GPE/Chantal Rigaud
Des élèves de l'école de Kisiwandui à Zanzibar en Tanzanie, pendant une leçon en avril 2017.
CREDIT: GPE/Chantal Rigaud

Une telle démarche permettra à chaque pays concerné de disposer d’un référentiel fiable, qui éclaire les choix à opérer et les mécanismes de promotion progressive et maitrisée des langues en contexte multilingue, avec une attention particulière pour les minorités linguistiques.

Langues maternelles transfrontalières : un facteur de cohésion sociale et d’intégration africaine

Par le présent projet, le Pôle de qualité inter-pays de l’ADEA sur l’alphabétisation et les langues nationales et ses partenaires ambitionnent de contribuer à la promotion des échanges entre les peuples, à la culture de la paix et de l’intégration sous régionale des peuples, par le biais de l’alphabétisation dans les langues maternelles transfrontalières, la sensibilisation, l’organisation d’activités concertées de développement dans l’espace de la Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).

La vision est que le leadership et la gestion des systèmes éducatifs africains doivent être renforcés et améliorés durablement à travers le partage des connaissances et des meilleures pratiques d’alphabétisation dans les langues maternelles.

En effet cette forme d’alphabétisation sera réalisée dans les langues nationales transfrontalières validées par les populations concernées.

La plus-value de cette formule d’alphabétisation réside dans le fait qu’elle va au-delà de la simple acquisition des connaissances instrumentales (c.-à-d. lire, écrire, calculer). En effet, elle intègre des éléments positifs de la culture et des valeurs africaines qui jouent un rôle déterminant dans le processus de concrétisation de la renaissance culturelle africaine et des idéaux du panafricanisme.
Une enseignante lisant à haute pendant une leçon à l'école publique d'Anosisoa à Madagascar. Crédit: GPE/Carine Durand
Une enseignante lisant à haute pendant une leçon à l'école publique d'Anosisoa à Madagascar.
CREDIT: GPE/Carine Durand

Ces-derniers sont des facteurs d’intégration continentale de telle sorte que les « frontières ne seraient plus des points de rupture, mais des points de suture » dans l’espace communautaire et à l’échelle africaine.

Cette vision est en conformité avec les objectifs de l’Union africaine, en matière de promotion de la paix, de l’intégration des peuples et de la concorde. La stratégie de mise en œuvre prévoit une formation en cascades des acteurs et actrices. En effet, des spécialistes de l'alphabétisation en langues nationales recevront une formation pédagogique sur l’approche d'alphabétisation en zone transfrontalière et seront aptes à l'appliquer dans le cadre de la cohabitation pacifique et la lutte contre l'extrémisme violent, dans leurs pays respectifs.

L’extension géographique de cette action se déroulera de manière progressive dans tout l’espace CEDEAO, puis à l’échelle africaine, prioritairement au profit des jeunes de 12 à 16 ans et aux adultes. L’expérimentation concernera dans un premier temps les frontières suivantes : Benin-Burkina Faso ; Niger-Mali-Burkina Faso, notamment avec l’utilisation des langues jula, fulfulde, gulmacema et haoussa.

Intégration des technologies de l’information dans l’alphabétisation en langues maternelles

En fonction de la demande des pays et de l’accompagnement des partenaires techniques et financiers, l’accent sera également mis au cours des prochaines années, sur l’innovation en matière d’utilisation des langues maternelles dans l’éducation.

La préparation technique d’une initiative entrant dans ce cadre a été entamée depuis 2017 et a mis en synergie le PQIP-ALN et la Fondation Didier Drogba, à travers le Secrétariat de l’ADEA.

De manière précise, la mise en œuvre de cette activité permettra d’assurer la formation pédagogique de formateurs des pays demandeurs sur l’approche d’alphabétisation numérique (portable et tablettes) intégrant les langues maternelles.

Le PQIP-ALN espère que l’introduction de l’apprentissage à distance (e-Learning), reposant sur l’utilisation des technologies de l'information et de la communication en éducation (TICE) et autres canaux comme les radios communautaires, va garantir la prise en charge éducative de certains groupes spécifiques, souvent marginalisés, comme les populations nomades, les populations en situation de mobilité, et favoriser l’intégration sociale de ces groupes.

Une telle formule émerge de manière opportune dans le contexte actuel de plusieurs régions, notamment dans le sahel, où nous notons de forts défis sécuritaires. Ce contexte ne saurait être un prétexte pour les pays de baisser les bras sur les grands chantiers de l’éducation ; d’où cette alternative qui permettra la continuité de l’éducation en situation d’urgence.

Un engagement décisif et un fort soutien des partenaires sont la clé pour la réussite

Cet aperçu des nouvelles orientations du PQIP-ALN permet d’apprécier l’engagement décisif de l’ADEA à contribuer à l’édification de nouvelles sociétés africaines basées sur le savoir, en phase avec le développement durable.

Cependant, la réussite de ces actions est fortement attachée au soutien des partenaires techniques et financiers, pour la disponibilité des financements.

Ces activités nécessiteront par ailleurs, un partenariat dynamique avec d’autres pôles de qualité inter-pays de l’ADEA qui s’occupent de thèmes complémentaires (éducation pour la paix, éducation non-formelle, enseignement et apprentissage, livres et matériels éducatifs, développement de la petite enfance, développement de compétences techniques et professionnelles, enseignement supérieur et recherche scientifique).

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