Le difficile parcours de Chalachew pour accéder à l’éducation
6 août 2019 par Nooruddin Shah et Carolina Valenzuela||
A sa naissance, Chalachew ne pouvait imaginer les difficultés qui l'attendaient, encore moins imaginer son pouvoir de défier les obstacles sur son chemin et de prouver à quel point son désir d'apprendre pouvait le mener loin.

A sa naissance en Éthiopie, il a immédiatement fait face à des traumatismes potentiels. Sa mère est morte alors qu'il était encore un enfant et il n'avait que son père, Tesfane, pour lui fournir les soins dont il avait besoin. Alors qu'il grandissait, son père commença à remarquer que son fils était différent des autres enfants et qu'il aurait besoin de soins et de traitements spéciaux.

Tesfane a visité plusieurs dispensaires à la recherche d'un traitement médical mais, Chalachew n’a jamais reçu un diagnostic précis, bien qu'il lui ait été prescrit à un médicament. En plus de consulter des professionnels de la santé, Tesfane a demandé de l'aide dans les églises, persuadé que son fils pourrait être guéri avec de l'eau bénite.

Alors qu’il cherchait une solution au problème de santé de son fils, Tesfane a inscrit Chalachew dans une école rurale proche de chez lui. Le père de Chalachew pensait qu’offrir à son fils une éducation de qualité était la clé d’un avenir meilleur. Tesfane était catégorique sur le fait que Chalachew ne suivrait jamais ses traces - ne pouvant aller à l'école et devant travailler depuis l'âge de six ans pour survivre.

Je ne veux pas que mon enfant soit comme moi. Je veux qu'il aille à l'école, afin qu'il puisse avoir une chance de vivre mieux.
Chalachew étudiant avec ses camarades de classe. École de Felege Abbay à Bahar Dar, en Éthiopie. Crédit: PME/Kelley lynch
Chalachew étudiant avec ses camarades de classe. École de Felege Abbay à Bahar Dar, en Éthiopie.
CREDIT: GPE/Kelley lynch

Aller à l'école sans toutefois apprendre

À l'école, Chalachew semblait avoir des besoins d'apprentissage particuliers que l'enseignant local ne pouvait satisfaire, car il ne disposait pas des compétences nécessaires. Il avait du mal à suivre les cours et oubliait facilement le peu qu'il apprenait, ce qui le désavantageait grandement. Chalachew allait à l’école, mais il n’y apprenait pas.

En raison d'un manque de compréhension de son état, Chalachew a été victime d'intimidation de nombreuses personnes dans sa vie - son propre oncle, ses camarades de classe et même son professeur. Au lieu de lui fournir un environnement favorable où il pourrait apprendre, son professeur l'insultait et remettait en question sa capacité d'apprendre.

Cette situation a poussé Tesfane à faire tout ce qui était en son pouvoir pour demander de l'aide à Chalachew. Sa situation économique était désastreuse et il devait faire plusieurs petits boulots pour couvrir leurs besoins les plus élémentaires. Cependant, le lien père-fils étant puissant, Tesfane s’est consacré à satisfaire les deux besoins les plus pressants de Chalachew : lui fournir des médicaments appropriés à ses problèmes de santé et veiller à ce qu’il reçoive une éducation de qualité.

La détermination d'un père envers et contre tout

Tesfane a décidé de suivre les conseils d'un professionnel de la santé et a quitté son village natal pour s'installer dans la ville de Bahar Dar, où il a entendu parler de Felege Abay, une école accueillant des enfants handicapés comme son fils.

Chalachew a suivi le cours spécialisé de l’école pendant un an et, pendant cette courte période, ses progrès ont été exceptionnels. Presque immédiatement après le diagnostic de déficience intellectuelle, les enseignants ont constaté à quel point Chalachew était désireux d'apprendre. Face à ce désir, les professeurs l’ont initié à divers sujets, dont les mathématiques, l’arabe, l’amharique et l’anglais.

Les progrès scolaires de Chalachew ont été possibles grâce à des enseignants formés pour répondre à divers besoins et disposant du matériel didactique approprié, susceptible de lui assurer le cadre stimulant qui lui faisait défaut jusqu'à présent.

En raison de son amélioration significative, les enseignants ont recommandé à Chalachew, âgé de 18 ans maintenant, de passer de la classe pour enfants à besoins spéciaux à la 1ère année.

Les premiers défis se transforment en leçons

Le passage de Chalachew pour la première année n’a pas été sans difficulté. Au début, son professeur était convaincu que Chalachew était incapable d'apprendre au même rythme que les autres élèves.

Pour résoudre ce problème, Tithna, l'ancienne enseignante de Chalachew, l’a rejoint pour une partie de la leçon et lui a dispensé une formation individuelle afin qu'il soit mieux intégrer dans la classe.

Tithna est fier des progrès de Chalachew :

Il a un don. S'il est aidé par son enseignant, il pourra atteindre n'importe quel objectif qu'il se fixe.
Tithna s'assoit près de Chalachew dans sa salle de classe pour s'assurer qu'il dispose de tout le soutien dont il a besoin pour bien réussir. Crédit: PME/Kelley Lynch
Tithna, enseignante pour enfants à besoins spéciaux, travaille avec Chalachew, âgée de 18 ans qui, après une année d'éducation spécialisée, est passée en première année. Au besoin, Tithna s'assoit près de Chalachew dans sa salle de classe pour s'assurer qu'il dispose de tout le soutien dont il a besoin pour bien réussir.
CREDIT: PME/Kelley Lynch

Petit à petit, Chalachew a commencé à rattraper son retard et est devenu l’un des meilleurs élèves de sa classe. Tesfane, encouragé par les progrès de son fils, décida qu'il était temps d'aller à l'école lui-même. Maintenant, le père et le fils sont tous deux en première année, s’entraidant pour leurs devoirs et étudiant ensemble.

Chalachew et son père sont tous les deux en première année et s'entraident généralement pour faire leurs devoirs.. Crédit: PME/Kelley Lynch
Chalachew et son père sont tous les deux en première année et s'entraident généralement pour faire leurs devoirs.
CREDIT: PME/Kelley Lynch

Chalachew, qui n'est plus défini par son état, aime maintenant apprendre et rêve de devenir directeur d'école ou médecin à l'avenir.

Le PME soutient les enfants handicapés

L'école de Felege Abay peut désormais mieux soutenir les enfants handicapés grâce à un financement du Programme d'amélioration générale de la qualité (GEQIP), un fonds commun financé par le PME et ses partenaires visant à améliorer la qualité de l'enseignement général en Éthiopie.

Environ 50 % du budget du GEQIP est consacré à l’octroi de subventions aux écoles, qui améliorent les conditions d’apprentissage en fournissant des subventions par habitant.

En 2017/18, 99 % des écoles en Éthiopie ont reçu des subventions scolaires.

Les subventions aux écoles sont allouées directement aux écoles et celles-ci peuvent décider de dépenser des ressources pour répondre à leurs besoins les plus pressants ou aux priorités identifiées dans leurs plans d'amélioration des écoles - notamment la modernisation de l'infrastructure scolaire ; se procurer du matériel de laboratoire ; et fournir du matériel d'enseignement et d'apprentissage supplémentaire.

Dans le but de promouvoir l'éducation des enfants handicapés, des allocations scolaires supplémentaires pour les enfants ayant des besoins spéciaux ont été allouées aux écoles. En 2017/18, les écoles ont reçu 4 % de subventions supplémentaires pour les enfants ayant des besoins éducatifs spéciaux. Ces subventions supplémentaires ont incité les écoles à promouvoir l'accès des enfants handicapés.

L'année dernière, l'école de Felege Abay a accordé une partie du financement à l'amélioration des conditions d'apprentissage des enfants handicapés. L’école a acheté un nouveau tapis pour la classe, du nouveau matériel d’enseignement et d’apprentissage et des rafraîchissements pour les enfants, afin de s’assurer de la nutrition dont ils ont besoin.

Ces améliorations ont eu plusieurs avantages pour la communauté scolaire, notamment une augmentation des inscriptions. Cette année, cinq nouveaux enfants se sont inscrits à l'école.

La manière dont ces améliorations ont changé la perception des parents d’envoyer leurs enfants à l’école est toute aussi importante. Les parents souhaitent à présent inscrire les enfants handicapés à l'école au lieu de les garder à la maison, et davantage d'enseignants ont exprimé le désir d'enseigner l'éducation des besoins spéciaux.

En fin de compte, les enfants handicapés devraient apprendre aux côtés de leurs camarades dans des salles de classe ordinaires, exemptes de stigmatisation ou de discrimination et avec des enseignants formés pour répondre à leurs besoins. Le PME s'est engagé à aider les pays à rendre leurs systèmes éducatifs plus inclusifs pour les enfants handicapés.

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