Atténuer l'impact du COVID-19 sur l'éducation des filles et des femmes en Afrique

Bien qu’elles soient confrontées à des violences sexistes dans les écoles et les universités nombre de filles et de femmes estiment que l'école est un havre de paix face à la maltraitance et à la pauvreté auxquelles elles font face à la maison. Les programmes d’éducation post-COVID devraient s'appuyer sur des mesures plus durables et holistiques qui vont au-delà du simple accès à l'éducation et s'attaquent également aux obstacles qu’elles rencontrent tant pour accéder à une éducation de qualité que pour achever leur scolarité.

13 juillet 2020 par Rita Bissoonauth, African Union International Center for Girls and Women’s Education in Africa
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Lecture : 4 minutes
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Makbel Henok (à gauche) et sa camarade de classe partageant un manuel en classe. Makbel a 7 ans et est élève au CP en Ethiopie. Ici en janvier 2019.
Makbel Henok (à gauche) et sa camarade de classe partageant un manuel en classe. Makbel a 7 ans et est élève au CP en Ethiopie. Ici en janvier 2019.
Crédit : PME/Alexandra Humme

Le COVID-19 est une crise humanitaire, économique et sociale qui touche le monde entier et, l'Afrique, comme le reste du monde, n'a pas été épargnée.

L'augmentation rapide du nombre d’infections au sein de leur population a amené les gouvernements africains à adopter des mesures visant à freiner sa propagation, notamment en fermant les lieux de culte, les marchés et les établissements d'enseignement.

Près de 250 millions d'enfants ne vont pas à l’école en Afrique

Au 6 avril 2020, 53 États membres de l'Union africaine avaient fermé leurs établissements d'enseignement, laissant plus de 20 millions d'apprenants non scolarisés au niveau du préscolaire, 160 millions au niveau du primaire, 56 millions au niveau du secondaire et 8 millions au niveau du tertiaire, sans accès à des installations d'apprentissage et d'enseignement continus à travers le continent.

Le Centre international pour l'éducation des filles et des femmes en Afrique de l'Union africaine (UA/CIEFFA), conformément à son mandat, a organisé deux webinaires multipartites sur le thème Atténuer les conséquences de la pandémie de Covid-19 sur l'éducation des filles et des femmes (en anglais).

Ces webinaires avaient pour objectif de discuter du large éventail d'initiatives entreprises au niveau local, national et régional comme réponses du secteur de l’éducation au COVID-19, et de formuler des recommandations concrètes pour faire en sorte que l'apprentissage ne s'arrête pas.

Dans son allocution de bienvenue, le Dr Mahama Ouedraogo, directeur du département Ressources humaines, Science et Technologie de la Commission de l'Union africaine, a souligné qu'avec la fermeture des écoles, les filles sont davantage exposées aux abus, aux violences sexuelles, à diverses formes de trafics, à l'exclusion sociale et au travail forcé.

Les écoles constituent généralement des espaces sûrs pour les filles. Lorsqu'elles sont scolarisées, elles courent moins de risque d'être contraintes au mariage et d'être victimes d'abus sexuels. Malheureusement, durant cette pandémie, il n'y a plus d’écoles pour les protéger.

Dr Mahama Ouedraogo, Directeur du département Ressources humaines, Science et Technologie, Commission de l'Union africaine

Les filles sont confrontées à des risques supplémentaires

Les filles et les femmes font face aux violences sexistes dans les écoles et les universités mais, pour un nombre considérable d'entre elles, l'école est un refuge lorsqu'elles sont confrontées à des abus et à la pauvreté à la maison.

Au cours du webinaire, des représentants de la société civile, des chefs religieux et des jeunes femmes ont mis en relief la manière dont cette situation avait conduit de nombreuses jeunes femmes à interrompre leur apprentissage.

Nombre d'entre elles ont dû retourner dans les champs pour aider leur famille, il y’en a également qui sont devenues des travailleuses domestiques non rémunérées et sont exposées à des relations sexuelles transactionnelles et/ou à la prostitution.

Cette crise a également augmenté le découragement des jeunes filles et des jeunes femmes, assombri leurs espoirs de réussite avec une pression accrue de leurs parents pour qu'elles abandonnent l'école, entrent sur le marché du travail ou se marient.

Des représentants des ministères de l'éducation des États membres de l'Union africaine ont fait la lumière sur les mesures qu'ils ont pris pour que les filles poursuivent leur apprentissage durant la pandémie. Des efforts ont été déployés pour diffuser des messages fiables à la télévision, à la radio et via les médias sociaux, afin de répondre aux préoccupations des apprenants, des parents et des tuteurs en matière d'éducation et de santé.

Les apprenants ne disposant pas d'Internet ou de radio ont reçu des versions papier des ressources d'enseignement et d'apprentissage. Des radios ont été distribuées aux parents et aux tuteurs dans les régions éloignées, car les enseignants étaient activement engagés dans des programmes d'apprentissage par le biais de la radio pour faciliter l'apprentissage à distance.

Dans de nombreux pays africains, le PME soutient la continuité de l'apprentissage, notamment à travers des offres d'enseignement à distance (en faveur des plus vulnérables, en particulier), le soutien aux enseignants, la réouverture des écoles en toute sécurité et le renforcement de la résilience des systèmes éducatifs.

Repenser l'éducation après la crise

Bien que les efforts déployés soient louables, il est nécessaire d'adopter des mesures plus durables et plus globales qui vont au-delà du simple accès à l'éducation, mais qui s'attaquent aux obstacles rencontrés par les filles et les jeunes femmes pour accéder à une éducation de qualité et achever le cycle scolaire.

Avant l'épidémie, et selon les estimations de l'UNESCO, 23 % des filles n'étaient pas scolarisées dans le primaire contre 17 % des garçons. À l'adolescence, le taux d'exclusion scolaire des filles était de 39 % contre 36 % pour les garçons (ISU, 2019).

Il est nécessaire que davantage de gouvernements élaborent des plans stratégiques post-COVID-19 pour la réouverture des écoles, des plans qui prennent en compte les besoins des filles et des jeunes femmes.

Le confinement a montré aux gouvernements la nécessité d'investir dans les infrastructures de TIC dans les écoles à l'échelle nationale, notamment dans des plans stratégiques de gestion de crise dotés d’un fonds conséquent destiné à l'éducation, afin de faciliter la poursuite de l'apprentissage des élèves en temps de crise.

Assurer le suivi des élèves qui ne retournent pas à l'école

En concluant le webinaire, j'ai souligné qu'à la réouverture des écoles, les administrateurs et les enseignants devraient s'assurer que les filles et les jeunes femmes s’y réinscrivent et y retournent.

Les États membres et les partenaires de développement doivent continuer à partager leurs expériences et leurs meilleures pratiques pendant et après la pandémie du COVID-19, et renforcer l'importance de l'éducation des filles et des femmes pour le développement des différentes nations et du continent auprès des communautés locales.

Les ministères doivent suivre le nombre d'enfants touchés par la fermeture des écoles et fournir des données ventilées par sexe pour s'assurer qu'ils peuvent agir si un nombre important de filles et de garçons ne retournent pas à l'école.

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