Combler le fossé de l'équité et de l'inclusion : plaidoyer en faveur de l'éducation des adolescentes

Un nouveau rapport publié aujourd'hui par le Réseau inter-agences pour l'Éducation en situations d'urgence (INEE), cherche à répondre à la question de savoir où en sont les progrès en matière d'éducation des filles depuis la signature de la Déclaration de Charlevoix.

10 juin 2021 par Amy West, Education Development Center
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Lecture : 5 minutes
À 11 ans, Juliana est élève en classe de CM2. Elle vit à Mamakoffikro, en Côte d'Ivoire. Crédit :  GPE/Carine Durand
À 11 ans, Juliana est élève en classe de CM2. Elle vit à Mamakoffikro, en Côte d'Ivoire. Chaque matin, elle parcourt quatre kilomètres à pied pour se rendre à l'école et pareil pour rentrer chez elle. Elle est motivée, aime apprendre et veut devenir enseignante. Décembre 2015
Credit: GPE/Carine Durand

Les adolescentes ont plus que jamais besoin de notre attention. Si des progrès considérables ont été réalisés en matière de scolarisation, les taux de rétention et d'achèvement des études des adolescentes sont loin d'atteindre (en anglais) les résultats souhaités.

Plusieurs facteurs sont en jeu et, depuis des années, nous les avons recensés et documentés : abus, exploitation, violence sexuelle et sexiste, normes sociales et culturelles néfastes telles que le mariage des enfants, les grossesses précoces, les mutilations génitales féminines, la servitude domestique et d'autres formes de travail des enfants, ainsi que la pauvreté.

Ces facteurs sont exacerbés dans les contextes de crise, de fragilité et de conflit. Nous savons que les adolescentes sont rarement confrontées à un seul obstacle en particulier, mais plutôt à un ensemble de facteurs aussi complexes les uns les autres qui se chevauchent, le plus souvent.

Alors, où sont les interventions à grande échelle conçues spécifiquement pour éliminer ces inégalités ?

Au niveau politique, la Déclaration de Charlevoix de 2018 est un effort courageux pour combler le gouffre autour des besoins d'éducation et de formation des adolescentes. Elle promeut une éducation inclusive, de qualité et équitable pour les filles, les adolescentes et les femmes dans les contextes de développement et les situations de crise.

La déclaration représente un engagement des dirigeants du G7 à établir des partenariats, à améliorer la coordination, à établir des priorités en matière d'investissement et à suivre l'évolution des écarts existants en matière d'égalité des genres. Elle reconnaît que l'accès des filles et des femmes à l'apprentissage et à la formation aux compétences techniques est fondamental pour le respect des droits humains, le développement social et la croissance économique.

La Déclaration représente une volonté collective des gouvernements donateurs, des organisations internationales et des partenaires de mise en œuvre d'ajuster l'objectif et de mettre en lumière les filles et les femmes. Il est encourageant de constater que la formulation employée dans la Déclaration désigne explicitement les adolescentes, les rendant ainsi plus visibles, distinctes et dignes de considération et d'investissements ciblés, tout comme les défis uniques auxquels elles sont confrontées.

Où en sommes-nous maintenant, presque trois ans après les promesses faites dans la Déclaration de Charlevoix ?

État des lieux de l'éducation des adolescentes

Lorsque la politique se heurte à la mise en œuvre, le tableau est en effet peu reluisant, malgré nos meilleures intentions.

Le rapport Mind the Gap: The State of Girls’ Education in Crisis and Conflict (en anglais), lancé aujourd'hui par le Réseau inter-agences pour l'Éducation en situations d'urgence, cherche à répondre à la question de savoir où nous en sommes en matière d’éducation des filles, en suivant les progrès réalisés, au sens large, depuis la signature de la Déclaration de Charlevoix..

Un examen des données indique qu'avant l’émergence de la COVID-19, les filles étaient en passe d'atteindre un taux d'achèvement de 100 % du premier cycle de l'enseignement secondaire d'ici 2063, soit 33 ans après l'échéance des ODD.

Nous ne pouvons que supposer que l'achèvement de l'enseignement secondaire supérieur ou de l'enseignement supérieur en est plus éloigné.

Par ailleurs, l'ISU estime que 129 millions (en anglais) de filles ne sont pas scolarisées. Depuis la COVID-19, au moins 11 millions de plus ont abandonné l'école et pourraient ne jamais y retourner du fait des conséquences de la pandémie (en anglais) telles que l’augmentation de la pauvreté des ménages, de la charge du travail domestique et des travaux non rémunérés, la vulnérabilité accrue à la violence sexiste, les risques de grossesse ou de mariage précoces et l’accès limité aux technologies entraînant des pertes d'apprentissage.

Aller de l’avant

Mind the Gap met à nu les données probantes : nous devons redoubler d'efforts pour investir plus spécifiquement dans les adolescentes et mieux coordonner nos réponses à la complexité de leurs réalités si nous voulons obtenir des résultats en matière d'équité, d'apprentissage et de moyens de subsistance dans les contextes de crise et de conflit. Le rapport souligne l'impératif de l'accès des filles et des femmes à l'éducation à tout âge.

Cependant, il met surtout en lumière la façon dont le monde a rendu les adolescentes encore plus invisibles et pourquoi il est urgent de changer les mentalités et d'adopter de nouvelles approches pour que celles-ci continuent à s'investir dans l'éducation et la formation.

Cet appel à comprendre que la sécurité et le bien-être de notre planète sont inextricablement liés au développement positif et à la protection des filles, en particulier des adolescentes, est essentiel pour orienter le plaidoyer politique vers une action stratégique et réactive à grande échelle. Quelques données clés du rapport soutiennent cet argument :

Si toutes les filles achevaient leurs études secondaires, cela entraînerait la quasi-élimination des mariages d'enfants et une réduction de 75 % des grossesses précoces (en anglais). En outre, chaque année d'éducation supplémentaire augmente les revenus d'une femme de 10 à 20 % (en anglais), ce qui est suffisant pour acheter de la nourriture, accéder aux soins de santé et aux médicaments, et payer les frais de scolarité.

Vers une meilleure coordination et une meilleure mise à l’échelle des interventions

Mind the Gap illustre à la fois les cycles vertueux et vicieux de l'éducation et de la protection des filles. En renforçant la corrélation essentielle entre les deux, nous obtiendrons de meilleurs résultats en termes de taux d'achèvement et de rétention, de renforcement de l'apprentissage en milieu professionnel et de compétences transférables au 21e siècle pour les économies existantes et émergentes, et nous atteindrons de nombreux autres objectifs en matière de développement social et économique.

Si l'on ignore la nécessité essentielle de l'alignement, nous continuerons à lutter pour obtenir un impact à grande échelle ou des résultats durables pour les filles, les adolescentes et les femmes, perpétuant ainsi les risques et les facteurs de vulnérabilité de nombreux garçons et jeunes hommes.

Trop souvent, les efforts de l'aide internationale en matière d'éducation et de protection (en anglais) ont été alignés sur des agendas sectoriels distincts, faisant ainsi double emploi et exacerbant les lacunes et les inefficacités de ces interventions. En ce qui concerne les adolescentes, les efforts visant à réduire la pauvreté ou à prévenir les grossesses ou les mariages précoces ne peuvent aller à l'encontre des efforts spécifiques et ciblés visant à développer les possibilités d'apprentissage et de formation technique pour elles.

Et, compte tenu des réalités imparfaites de leur monde, les adolescentes devraient avoir plus d'une ou deux chances d'apprendre à lire, à écrire, à compter et d’apprendre un métier.

Il est crucial d'élargir les investissements dans des programmes multidimensionnels qui les rencontrent là où elles se trouvent, en usant même des moyens de contourner des obstacles apparemment inamovibles, afin que celles qui ont abandonné l'école puissent quand même accéder à un avenir meilleur, plus prometteur et durable.

Promouvoir un avenir plus prometteur

L'éducation est essentielle pour tous. Mais, l'éducation des adolescentes, complètement impliquées dans la perpétuation de la vie humaine et sa survie, est impérative pour briser les cycles existants de pauvreté, de maladie, de conflit et de crise.

La Déclaration de Charlevoix a fourni une feuille de route ambitieuse pour favoriser l'investissement, les partenariats et la coordination des actions, afin d'améliorer la qualité de l'éducation inclusive en faveur des filles, des adolescentes et des femmes.

Lorsque nous rendons les adolescentes plus visibles, lorsque nous les apprécions suffisamment pour les placer au centre des priorités et lorsque nous mettons en œuvre nos interventions en pensant à elles, ce n’est pas seulement dans l’intérêt de leur avenir, mais du nôtre aussi.

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