Un moyen simple de faciliter l’apprentissage de nombreux enfants : les lunettes

Pouk Sreyneth, 11 ans, a reçu une paire de lunettes à l'école primaire de Wat Run dans le district de Banteay Srei à Siem Reap au Cambodge, en août 2016. Sightsavers travaille aux côtés du gouvernement cambodgien pour assurer le dépistage des écoliers et distribuer des lunettes à tous ceux en ayant besoin. Beaucoup d'enfants ont du mal à apprendre à l'école en raison d'une mauvaise vue

Pouk Sreyneth, 11 ans, a reçu une paire de lunettes à l'école primaire de Wat Run dans le district de Banteay Srei à Siem Reap au Cambodge, en août 2016. Sightsavers travaille aux côtés du gouvernement cambodgien pour assurer le dépistage des écoliers et distribuer des lunettes à tous ceux en ayant besoin. Beaucoup d'enfants ont du mal à apprendre à l'école en raison d'une mauvaise vue.

CREDIT: Claire Eggers/AP Images for Sightsavers

J’ai commencé à porter des lunettes à l’âge de dix ans. Je me souviens de difficultés à voir les choses de loin, notamment le tableau en classe. J’avais également du mal à reconnaître les gens à l'autre bout de la salle et à regarder la télévision. Trente plus tard, je me demande souvent combien ma vie aurait été différente si ma vue n’avait pas été corrigée. Compte tenu du fait que 80 % de l’apprentissage se fait par la vue, ne pas pouvoir voir de loin aurait sans aucun doute affecté ma réussite scolaire.

Mon expérience n’est pas unique. Selon un rapport de la Commission de l’Éducation, près de 10 % des enfants des pays en développement pourraient souffrir de problèmes de vue. Et près de neuf sur dix de ces cas sont dus à des défauts de réfraction oculaire (DRO) non corrigés, un dysfonctionnement qui fait que l'œil ne fait pas correctement la mise au point de loin ou de près, ce qui produit une vision trouble. Les DRO peuvent être traités suite à un examen comprenant une réfraction, ou mesure du pouvoir réfringent de l’œil, et des lunettes.

J’ai eu la chance de grandir dans un environnement riche en ressources, dans lequel ma vue a pu être totalement prise en charge. Cette exposition précoce a pu contribuer à ma décision de devenir ophtalmologue et spécialiste de santé publique.

Une solution simple à un problème mondial

Les DRO sont la principale cause des troubles de la vue. Selon un récent article du Lancet 124 millions de personnes souffrent de troubles pour voir clairement de loin et parmi eux, dix-neuf millions d’enfants. La solution aux DRO est pourtant simple et économique et comprend un test de réfraction par un professionnel formé et une paire de lunettes de qualité et bon marché.

Malgré cela, des difficultés demeurent. Il s’agit notamment du manque de personnes formées au dépistage et à l’examen des yeux et d’une pénurie de lunettes de bonne qualité et bon marché. Deux-tiers des ophtalmologues et optométristes en Afrique subsaharienne exercent en effet dans une capitale. Il y'a également des problèmes en termes de demande, c’est-à-dire que les enfants, les parents et les enseignants ne sont parfois pas au courant des bénéfices du port de lunettes, croyant même, dans certains cas, que celles-ci peuvent abîmer les yeux.

Par ailleurs, il existe un phénomène de stigmatisation. En Inde, les filles sont sous pression pour ne pas porter de lunettes par crainte que cela n’affecte leur chance de mariage. Le prix peut également constituer un obstacle, le traitement de la vue et les lunettes étant souvent onéreux. Cela peut-être trop coûteux pour les parents de sortir un enfant de l’école pour l’emmener dans une clinique en vue du dépistage, du traitement et de l’achat de lunettes.

Les programmes scolaires de dépistage ont ainsi été développés pour répondre à nombre de ces problèmes. Mais les interventions manquent parfois de coordination et de la définition de normes, sont souvent ad hoc et non durables. Il y'a un manque de coordination entre les organisations organisant le dépistage et les ministères de la santé et de l’éducation. De plus, la séance de dépistage est souvent une activité unique, financée par des ressources extérieures. Il y'a une absence de normes en termes d’âge du dépistage, de fréquence, de personnel qualifié pour le mener, ainsi que pour définir le seuil à partir duquel l'enfant doit être équipé de lunettes. Il faut également veiller à ce que l’enfant porte les lunettes dans la classe.

Trep Sambath effectuant des tests occulaires à l'école primaire de Wat Run dans le district de Banteay Srei de Siem Reap au Cambodge en 2016. Crédit: Claire Eggers/AP Images for Sightsavers

Trep Sambath effectuant des tests occulaires à l'école primaire de Wat Run dans le district de Banteay Srei de Siem Reap au Cambodge en 2016. Elle a effectué ces tests sur les 400 élèves de l'école.

Crédit: Claire Eggers/AP Images for Sightsavers

Le dépistage à l’école

Pour répondre à ces problèmes, Sightsavers, Partnership for Child Development (PCD) et la Banque mondiale ont mis en place un Programme intégré de santé scolaire (School Health Integrated Program - SHIP), soutenu par un financement du GPE. Les objectifs du SHIP étaient d’une part, la sensibilisation et le renforcement des capacités des pouvoirs publics pour mettre en œuvre des initiatives de santé scolaire et d’autre part, la démonstration de la façon dont les écoles peuvent jouer le rôle de plateforme sanitaire grâce à deux modèles d’interventions : le dépistage des troubles de la vue et le traitement antiparasitaire. L’intervention a été ainsi testée dans quatre pays cibles : le Cambodge, l’Éthiopie, le Ghana et le Sénégal.

La mise en œuvre du projet s’est faite en trois phases :

  1. Planification conjointe entre les ministères de l’éducation et de la santé pour renforcer les capacités et définir comme priorités la santé et l’alimentation scolaires tout en identifiant les lieux et les établissements sélectionnés pour le dépistage.
  2. Un programme de formation en cascade a ensuite ciblé l’intégration et la diffusion de l’expertise au sein des enseignants des écoles. Par ailleurs, les enseignants ont bénéficié de ressources pour mener le dépistage, notamment des manuels et un dispositif de dépistage simplifié afin que le dépistage puisse se faire à l’école.
  3. Une fois dépistés, les élèves détectés étaient orientés vers une unité mobile de réfraction, détachée du ministère de la santé, qui fournissait gratuitement les lunettes. Les élèves nécessitant des examens supplémentaires étaient orientés vers l’unité d’ophtalmologie la plus proche. Par ailleurs, les enseignants qui participaient au dépistage étaient eux-mêmes testés, pouvant ainsi bénéficier de lunettes au besoin.

Le projet a utilisé un système standardisé de directives développées selon un processus collaboratif par Sightsavers, Brien Holden Vision Institute et l'International Center for Eye Health de l’École d’Hygiène et de Médecine tropicale de Londres. Ces directives détaillent le recours aux enseignants pour effectuer le dépistage, le dispositif de dépistage simplifié, ainsi que les protocoles de prescription.

Le projet a ainsi permis de former 476 enseignants dans 158 écoles ; de dépister 57 434 enfants ; de fournir un traitement antiparasitaire à 47 106 enfants ; et de distribuer 1 017 paires de lunettes.

Enseignements pour une réussite des programmes de dépistage scolaire des troubles de la vue

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Le projet a montré que plusieurs facteurs contribuaient à la réussite des programmes scolaire de dépistage sanitaire :

  • Les écoles peuvent être une plateforme efficace pour les services de santé
  • La collaboration entre les ministères de l’éducation et de la santé est essentielle
  • Les activités intégrées au milieu scolaire doivent être aisées à mettre en œuvre pour les enseignants
  • Ces initiatives doivent être adaptées aux politiques, systèmes et infrastructures existants pour encourager l’appropriation et la durabilité

Auteur (s)

Responsable technique en chef monde, Sightsavers, Sightsavers
Le Dr Imran A. Khan est responsable technique en chef monde chez Sightsavers, où il dirige le développement du programme. Le Dr Khan et son équipe sont responsables de la direction stratégique et technique du...

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