Baloutchistan : la soif de l'éducation
Le retour dans ma province natale met en évidence les efforts impressionnants des communautés et de l’État pour apporter l’enseignement dans les zones les plus reculées
Un financement de 34 millions de dollars du GPE en faveur du Baloutchistan contribue à rendre l'éducation plus accessible, en particulier pour les filles.
8 juin 2018 par Sarwat Batool, World Bank|
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Sarwat Batool visitant une école au Baloutchistan.
CREDIT: World Bank/Sarwat Batool

Cela faisait longtemps que je n’étais pas allée au Baloutchistan, la région de mon enfance. En chemin, je profitais de la vue de ces terres sèches et dures aux montagnes grandioses qui se détachaient sur un ciel d'un bleu vif, du soleil et d'une brise étonnamment fraîche.

Le merveilleux paysage accidenté du Baloutchistan ne ressemble à aucune autre province du Pakistan. Malheureusement, il pâtit de la pauvreté, de l’insécurité et d’une mauvaise exploitation de ses ressources naturelles.

Le manque d’infrastructures et de développement à peine à quelques kilomètres de la ville de Quetta est détonnant. J’avais l’impression de remonter le temps.

J’ai cependant remarqué avec intérêt les logos des entreprises de télécommunication peints sur les murs de briques des maisons et des bâtiments qui défilaient le long de la route, signes de l’arrivée imminente du changement.

Créer de nouvelles écoles dans les zones isolées

Tandis que nous remontions vers le nord et le district de Pishin, sur des kilomètres s’étendaient les mêmes montagnes brunes aux formes bizarres. Un champ de blé, une vigne ou un berger guidant son troupeau de moutons et de chèvres, étaient les signes de l’implantation d’une nouvelle communauté. Puis, les maisons de briques cédèrent la place aux maisons de torchis traditionnelles.

Malgré tous ces obstacles, il est donc encore plus impressionnant que le Projet d’éducation du Baloutchistan (PEB) soit parvenu à créer 550 nouvelles écoles primaires publiques, à transformer plus de 100 établissements publics (des écoles primaires en collèges et des collèges en lycées) en l’espace de trois ans.

Le PEB bénéficie d’un financement de 34 millions de dollars du Partenariat mondial pour l’éducation (GPE) mis en œuvre avec le soutien de la Banque mondiale. Le service du gouvernement du Baloutchistan en charge de l’éducation a créé une unité de gestion du projet, afin de mettre en œuvre ces activités.

Certaines écoles sont construites dans les zones les plus reculées du Baloutchistan. Ce sont parfois les seules écoles à des kilomètres à la ronde. Les agents de l’éducation responsables du PEB ont parcouru la province, afin d’examiner les zones et de décider de l’emplacement des nouveaux établissements.

Ils nous ont montré sur Google Earth une communauté du Ghari Sherani quasiment coupée du reste de la région par une énorme chaîne de montagnes, visitée par leur équipe et dans laquelle ils ont créé une école.

Leurs récits, témoins de la nature primitive de certaines de ces zones isolées, sont difficiles à croire : « Une fille est venue me voir et a touché mes lunettes en me demandant ce que c’était » nous a raconté Safia Noor, Agent de l’éducation du PEB.

Écouter les besoins des communautés pour créer de nouvelles écoles

Toutes les écoles neuves et modernisées sont géolocalisées et régulièrement suivies par le solide processus de suivi et évaluation du PEB. Le principal objectif du Projet est de rendre l’éducation plus accessible, et en particulier pour les filles.

Le gouvernement du Baloutchistan a établi des critères de sélection pour la localisation des écoles, afin de veiller à ce qu’il n’y ait aucune autre école dans un rayon de 1,5 km. Il a largement diffusé ces critères au moyen des journaux, des réseaux sociaux et des bureaux de l’éducation des districts, en sollicitant la candidature des communautés sans école.

Une communauté désireuse de créer une école doit d'abord justifier qu’elle dispose d’au minimum 20 à 25 enfants en âge d’être scolarisés qui ne le sont pas. Elle doit ensuite rassembler des ressources et fournir le terrain destiné à l'école. Le terrain est officiellement transféré au Service de l’éducation, et un bâtiment provisoire doit être mis à disposition jusqu’à ce que la construction de la nouvelle école soit achevée : il s’agit d’une simple structure à deux pièces (pour les écoles primaires).

Des enseignants mieux formés et un plus grand taux de scolarisation des filles

Le PEB cherche également des enseignantes disponibles dans la même localité, afin d’encourager les familles à envoyer leurs filles à l’école. L’ensemble du processus de recrutement des enseignants a été considérablement modifié, les enseignants étant désormais recrutés sur la base du mérite et des qualifications, et titularisés sur la base d’un concours national suivi d'une formation complète au métier d’enseignant.

Un modèle national d’éducation de la petite enfance a été adopté dans les quatre provinces du Pakistan, dont le Baloutchistan. Nous avons vu de jeunes enfants apprendre grâce à des chansons, l'art et le jeu. J’ai été agréablement surprise de voir les changements du système éducatif et la façon dont les élèves sont soutenus et aidés par leurs enseignants.

Les communautés soutiennent l’éducation

Nous avons parlé avec des parents et des membres de communautés, et nous retenons que les gens, en particulier les parents plus jeunes, veulent une éducation pour leurs enfants. « Une génération entière de Baloutches est analphabète » dit Shakiullah, paysan et père, qui a inscrit les 25 enfants de sa famille (avec les enfants de 8 de ses frères) dans une des nouvelles écoles. « Même nos filles, nous voulons qu'elles aient une éducation. Nous n’en avons pas eu et nous savons ce que nous avons raté. »

Conséquence des efforts du PEB, à ce jour, plus de 20 000 enfants ont été inscrits dans les nouvelles écoles et les écoles modernisées, une réussite qui me rend très fière de ma région.

Je suis aussi fière de voir ma province s’orienter dans la bonne direction. Les souvenirs que j’ai rapportés de ce voyage sont bouleversants et resteront longtemps inscrits en moi. Je n’oublierai pas ces jeunes regards pleins d'espoir et d’énergie. Ces enfants sont l’avenir du Baloutchistan.

Je termine en citant un des élèves que nous avons rencontrés :

« Je veux étudier jusqu’à mon dernier souffle et voir le nom de Pishin s’élever partout dans le monde » a dit Saqiba, élève de 8ème année, qui a perdu son père très jeune.

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