Éducation des enfants sourds dans le monde en développement : ce qui doit changer après la pandémie

L'éducation des enfants sourds dans le monde en développement a toujours été confrontée à des défis, qui ont été exacerbés par la pandémie de COVID-19. Mais, quel impact la pandémie a-t-elle eu sur la scolarisation des enfants sourds, et que faut-il changer maintenant pour leur offrir l'éducation qu'ils méritent ?

22 juin 2022 par Joanna Clark, Deaf Child Worldwide
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Lecture : 4 minutes
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Un enfant sourd levant le doigt pour répondre à une question en classe. Crédit : Deaf Child Worldwide
Un enfant sourd levant le doigt pour répondre à une question en classe.
Credit: Deaf Child Worldwide

Au cours des 20 années de travail de Deaf Child Worldwide (DCW) dans les pays en développement, nous avons constaté que de nombreux enfants sourds n’y vont pas à l'école. Ceux qui y vont, décrochent souvent tôt et, très peu accèdent au secondaire ou vont plus loin dans leurs études. Rares sont ceux qui y reçoivent une bonne éducation, en général.

L'éducation des enfants sourds dans le monde en développement a toujours été confrontée à des défis, et ceux-ci ont été exacerbés par la pandémie de COVID-19. Mais, quel impact la pandémie a-t-elle réellement eu sur leur scolarisation ? Que faut-il changer maintenant pour leur offrir l'éducation qu'ils méritent ?

Un tableau plutôt sombre

En février dernier, notre rapport Deaf Students Speak Out (en anglais) a mis en lumière les effets de la COVID-19 sur l'éducation des enfants sourds dans l’État du Bengale occidental, en Inde. Il brosse un tableau plutôt sombre de la situation : absence de technologies éducatives, matériel d'apprentissage inaccessible, soutien inadéquat des enseignants pendant la longue période d'isolement due au confinement.

Nous craignions que ces expériences ne trouvent un écho dans d'autres régions et souhaitions partager nos conclusions et échanger des solutions avec d'autres personnes travaillant dans le secteur.

Des témoignages venant de tous les acteurs du secteur

Notre webinaire intitulé : “Two years on: The impact of the pandemic on deaf children in the developing world” a attiré 86 participants de 13 pays, des professionnels de l'éducation et responsables de programmes aux spécialistes des politiques, en passant par des universitaires. Ils ont écouté des représentants d’ONG d'Inde, d'Ouganda et du Zimbabwe, avant d'entamer des discussions animées sur la voie à suivre.

Le webinaire a examiné comment les enfants sourds, à différents âges et stades de leur vie, avaient été affectés par les confinements et les fermetures d'écoles pendant la crise sanitaire. Il a également examiné les leçons tirées du confinement et comment elles pourraient nous aider à concevoir des stratégies pour améliorer l'éducation des enfants sourds à l'avenir.

Le confinement a effectivement mis fin à leurs études

Trois problèmes principaux ont été posés pour une discussion plus approfondie : la stagnation de l'apprentissage des langues, l‘inaccessibilité des supports d'apprentissage en ligne et l'impact du confinement sur la santé mentale et le bien-être émotionnel des enfants.

Les réponses des gouvernements ont fait l'objet d'un examen minutieux du fait de l’absence de programmes de soutien approprié aux apprenants sourds qui les caractérisent.

En Inde, par exemple, la plupart des cours proposés par le gouvernement pendant la pandémie ont été retransmis à la télévision, un outil auquel très peu de familles avaient accès.

À l'inverse, les ONG ont été distinguées pour avoir intensifié et continué à fournir une éducation accessible par le biais de leurs centres d'apprentissage, et mis à disposition du personnel spécialisé pour développer le matériel pédagogique nécessaire et aider à la communication. En l’absence de ces centres, les apprenants sourds n'auraient bénéficié que de peu ou pas de soutien pédagogique pendant des mois.

La réticence de nombreux élèves sourds à reprendre leurs études une fois les écoles rouvertes est un problème commun à toutes ces ONG. Comme beaucoup n'avaient pu poursuivre leurs études pendant le confinement, ils manquaient à la fois de confiance et de capacité pour retourner à l’école et intégrer une classe constituée d’un groupe d’élèves d'âge plus avancé, et leurs enseignants ne disposaient pas des compétences spécifiques nécessaires pour leur permettre de rattraper leur retard.

Pour les élèves qui ne sont jamais revenus, le confinement a effectivement mis fin à leurs études.

Il est essentiel que nous tirions parti de ces points positifs

Les participants au webinaire ont également partagé des exemples de changements positifs pendant la pandémie. C'est le cas par exemple d'une ONG au Zimbabwe qui a commencé à distribuer aux élèves sourds du matériel d'apprentissage imprimé qui avait l'avantage supplémentaire de pouvoir être partagé avec d'autres familles, et contribuait ainsi à renforcer les liens entre elles. Grâce à cette approche simple, les apprenants sourds pouvaient poursuivre leurs études à la maison.

Un autre des effets plutôt encourageants du confinement a été l'implication plus étroite des familles dans l'éducation des enfants sourds.

Le nombre accru de visites à domicile réalisées par les ONG pour apporter un soutien à l'apprentissage a peut-être joué un rôle dans ce sens. De nombreuses ONG ont également signalé que cela a contribué à raffermir leurs relations avec les familles.

Une nouvelle façon de travailler

Malgré les défis, il y avait des raisons de rester positif, notamment ces nouvelles façons de travailler alors que nous commençons à nous remettre sur pied au lendemain de la pandémie. Il est essentiel que nous nous appuyions maintenant sur ces éléments, et que nous proposions de nouvelles approches et stratégies pour relever les défis si durement exposés par la pandémie.

En réponse aux conclusions du rapport Deaf Students Speak Out, DCW a proposé une série de recommandations aux décideurs politiques et aux bailleurs de fonds qui, si elles étaient mises en pratique, pourraient améliorer considérablement les perspectives des écoliers sourds. Il s’agit notamment de :

  • Veiller à ce que l'apprentissage numérique soit accessible à tous les apprenants, y compris les personnes handicapées et celles issues de milieux économiquement défavorisés ;
  • Investir dans la formation des enseignants, afin qu'ils soient dotés des compétences et des connaissances nécessaires pour enseigner les enfants sourds ;
  • Assurer aux élèves sourds un soutien supplémentaire - tant dans les écoles qu’au sein des communautés - qui tienne compte de leurs besoins spécifiques ;
  • Mener d'autres recherches pour comprendre les liens entre la surdité et d'autres facteurs susceptibles de créer ou renforcer un désavantage.

Si nous ne tirons pas les leçons du confinement et ne commençons pas à construire un avenir meilleur pour les écoliers sourds dans les pays en développement, nous risquons de perdre toute une génération de potentiel enfants malentendants.

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À propos de Deaf Child Worldwide

Deaf Child Worldwide (DCW), la branche internationale de la National Deaf Children's Society, est la principale organisation caritative internationale du Royaume-Uni œuvrant pour les enfants sourds dans les pays en développement. DCW travaille avec des partenaires dans les pays en développement pour assurer la pleine inclusion des enfants et jeunes sourds dans leur famille, leur éducation et la vie de leur communauté.

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