Éducation des réfugiés : une nouvelle étude sur l'expérience de trois pays livre des clés pour une meilleure inclusion

Un nouveau rapport publié par le GPE et le HCR analyse le rôle du leadership gouvernemental, de l'engagement des partenaires et du financement de l'éducation des réfugiés pour une meilleure inclusion de ces derniers dans les systèmes éducatifs nationaux au Bangladesh, au Rwanda et en Turquie.

05 janvier 2021 par Ann Scowcroft, UNCHR, et Anna-Maria Tammi, Global Partnership for Education Secretariat
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Lecture : 5 minutes
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Des enfants pendant un cours de chant au centre d'apprentissage DAM du Camp 4 à Cox's Bazar, au Bangladesh, début septembre 2019. Crédit : GPE/Stephan Bachenheimer
Des enfants pendant un cours de chant au centre d'apprentissage DAM du Camp 4 à Cox's Bazar, au Bangladesh, début septembre 2019.
Crédit : GPE/Stephan Bachenheimer

Éssayez un instant de vous imaginer ceci : vous n'êtes plus en sécurité dans votre pays d'origine du fait d’un conflit, de violences ou de persécutions que vous subissez. Vous rassemblez votre famille et passez la frontière pour rejoindre un pays voisin qui vous offre une protection internationale.

Peut-être avez-vous vu cela venir et avez-vous eu la clairvoyance de rassembler les documents nécessaires pour prouver votre identité et celle des membres de votre famille, ainsi que vos qualifications et votre parcours jusqu’ici. Peut-être n’avez-vous pas eu le luxe de disposer d’assez de temps pour tout cela. Parmi les choses que vous avez laissées derrière vous : votre maison, votre gagne-pain, votre famille élargie et vos amis, vos possibilités d’accès à des services sociaux tels que l'école, votre sentiment d'appartenance.

Dans le pays qui vous accueille désormais, le gouvernement ou le HCR vous fournit les « services de bases » : un abri, l’accès à l'eau et à l'assainissement, des services de santé d'urgence, de la nourriture. Dès que vous en bénéficiez, les autres services de bases manquants tels que l’éducation de vos enfants deviennent évidents. Si vous poursuivez toujours vous-même vos études, cela inclut peut-être également votre éducation à vous aussi.

L'éducation, un besoin fondamental pour les réfugiés

L'éducation ne peut pas être assurée dans un centre de distribution. Elle doit être planifiée, coordonnée, budgétisée, mise en œuvre, contrôlée et certifiée pour en garantir la transférabilité. Dans les contextes de crise, elle doit prendre en compte les problèmes sociaux et émotionnels qui affectent l'apprentissage des élèves déplacés et ceux des communautés hôtes.

Dans les milieux ruraux en particulier, l’éducation devrait tenir compte du fait que les élèves et les enseignants (tant ceux issus des communautés hôtes que les déplacés) peuvent ne pas comprendre ou être familier avec l’usage des langues d'enseignement telles que l'arabe, l'anglais, le français ou le portugais. Elle doit prendre en considération le fait que des apprenants n’ayant pu étudier pendant des années ou n’ayant jamais eu accès à l'éducation nécessitent qu’on mette en place, pour eux, des programmes d’apprentissage accélérés, des programmes de remise à niveau ou tout autre type de programmes adaptés. Elle doit également tenir compte et répondre aux besoins d'apprentissage des élèves handicapés, qui sont très souvent aggravés par le déplacement auquel ils ont été contraints.

La communauté internationale ne peut feindre d’ignorer le défi de plus en plus important que représente la situation des réfugiés

L’on s’accorde de plus en plus sur le fait que la communauté internationale doit soutenir de manière plus efficace et stratégique les gouvernements pour qu'ils assurent l’éducation des populations déplacées. Le Pacte mondial sur les réfugiés de 2018 a fixé un objectif ambitieux : [celui de faire en sorte] que les gouvernements soient en mesure d'inclure les enfants et les jeunes réfugiés dans les systèmes éducatifs nationaux dans les trois mois suivant leur déplacement.

On note une augmentation constante tant des déplacements internes que des déplacements des réfugiés. Entre 2005 et 2010, les déplacements de population ont augmenté de 109 %. Entre 2010 et 2019, cette augmentation est montée jusqu’à 165 %, avec près de 80 millions de personnes déplacées enregistrées. Un pour cent de la population mondiale - soit 1 personne sur 97 - est désormais déplacée de force (en anglais). La durée des déplacements des personnes réfugiées est également de plus en plus longue, avec en moyenne au minimum 25 000 personnes réfugiées de la même nationalité qui restent en exil pendant au moins cinq années consécutives dans un pays d'accueil donné. Le HCR estime (en anglais) que 15,7 millions de réfugiés (77 %) se trouvaient dans une situation de déplacement prolongé fin 2019.

La plupart des gouvernements intègrent, ou sont disposés à inclure, les réfugiés dans leurs systèmes éducatifs nationaux. De même, les engagements pris par la communauté internationale dans le cadre du Pacte mondial pour les réfugiés ont ouvert la voie à des innovations en matière de politique, de financement et de programmation qui peuvent profiter à tous les apprenants des régions et communautés d'accueil des réfugiés.

Historical mapping of education provision for refugees: A cross-cutting and comparative analysis of three country contexts
Couverture du rapport général (en anglais) de l'étude menée au Bangladesh, au Rwanda et en Turquie.

Une nouvelle étude menée au Bangladesh, au Rwanda et en Turquie

Le GPE et le HCR, for de leur collaboration et sur la base d’un mémorandum d'entente signé entre les deux organisations en 2016, ont commandé des études dans trois pays (le Bangladesh, le Rwanda et la Turquie) ayant des profils très différents en termes de politiques et de pratiques en matière d'éducation des réfugiés. Chaque pays ayant un apport à faire en termes de bonnes pratiques, les deux objectifs des recherches étaient les suivants :

  • documenter les facteurs qui, dès les premiers stades d'une réponse, semblent déterminer si les réfugiés sont inclus dans les systèmes éducatifs nationaux et ne bénéficient pas d’un traitement à part
  • identifier les facteurs qui pourraient, dans le cadre d’une étude plus approfondie, éclairer les programmes et actions politiques essentiels capables d’assurer une plus grande efficacité et la durabilité des réponses aux besoins éducatifs des réfugiés.

Cette étude examine la manière dont le leadership gouvernemental, l'engagement des partenaires et le financement provenant de sources humanitaires et de partenaires de développement contribuent à l'inclusion des réfugiés dans les différentes étapes d'une réponse à leurs besoins éducatifs, c’est-à-dire, avant l’arrivée des réfugiés, au début d'une crise et pendant la réponse.

L'importance du leadership gouvernemental

La recherche montre l'importance d'investir dans le système éducatif national lui-même pendant la phase d'urgence et de prendre en compte les besoins des réfugiés dans la planification et le suivi du secteur.

Dans les trois pays sujets de l’étude, les répondants ont souligné le caractère central d'une politique nationale sur l'inclusion des réfugiés dans le système éducatif national. Les résultats soulignent également les avantages d’assigner aux ministères en charge de l'éducation la responsabilité de planifier l'éducation des réfugiés, au lieu de la limiter à un simple service placé sous la responsabilité d'un ministère d'intervention d'urgence.

Au Rwanda, par exemple, les répondants ont noté le succès de l'approche du gouvernement qui, dans son ensemble, s’est assuré de l’implication du ministère de l'Éducation pour s'assurer que la planification et la budgétisation de l'éducation des réfugiés étaient en phase avec les priorités du gouvernement et des districts.

Les résultats de l’étude menée dans les trois pays indiquent que lorsque les ministères de l'éducation ne sont pas impliqués, le soutien à l’éducation des réfugiés dépend davantage de stratégies à court terme et le plan sectoriel de l’éducation ne tient pas compte de l’aide humanitaire.

La collaboration comme élément critique

Dans les trois pays sujets de l’étude, nous avons observé que tant les partenaires humanitaires et de développement que le financement peuvent influencer positivement le processus d'inclusion des réfugiés à tous les stades d'une réponse. Il a été jugé essentiel de comprendre les défis auxquels tant la communauté d'accueil que les réfugiés eux-mêmes sont confrontés, afin d'utiliser la réponse humanitaire comme moyen de renforcer le système éducatif pour tous. La recherche a révélé que cela aide lorsque les partenaires tirent parti de relations de long terme établies avec leurs homologues gouvernementaux ; et ont de solides relations de travail et des objectifs communs.

La recherche met également en évidence l'importance de renforcer l'inclusion dès le début de la réponse, même dans les cas où un système distinct est choisi pour assurer l'éducation des réfugiés. Dans les trois cas, les répondants étaient tous d’accord que l'offre en matière d’éducation des réfugiés devrait être conçue de manière à ce qu'ils puissent éventuellement être inclus dans le système national, même dans les cas où il n'était pas prévu de le faire dans l’immédiat.

Davantage de recherches sont nécessaires

Nous espérons que cette enquête sera utile à la communauté éducative et qu’elle servira comme première étape pour documenter les leçons apprises sur les bonnes pratiques en matière d'inclusion des réfugiés dans les systèmes éducatifs dans ces trois pays. Si cette étude pouvait être menée dans d'autres contextes, cela nous permettrait de constituer une base de données solide sur le comment, le pourquoi et les variables importantes qui influencent l'inclusion des réfugiés dans les systèmes éducatifs nationaux.

Nous espérons également que le rapport encourage la pratique consistant à intégrer les processus de recherche dès le début des programmes de réponses à l'éducation des réfugiés. Il est important de comprendre comment les gouvernements, les partenaires humanitaires et de développement prennent des décisions en matière d'éducation dans les situations d'urgence. Ce d’autant plus que ces décisions ont un impact à moyen et long terme sur l'accès à l'éducation, la qualité et l'équité, tant pour les réfugiés que pour les communautés d'accueil. Mieux comprendre comment les gouvernements et les partenaires séquencent l'aide humanitaire au développement, nous aiderait à mieux répondre aux objectifs de l'ODD 4 qui vise à améliorer l'accès et la qualité de l'éducation pour tous les apprenants, y compris ceux affectés par les déplacements auxquels ils ont été contraints.

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