Le droit à l’éducation, c’est le droit d'avoir un enseignant qualifié
La Journée mondiale des enseignants est l'occasion pour nous de réfléchir aux facteurs qui contribuent à la forte demande actuelle d’enseignants et à la manière dont nous pouvons renforcer la formation des enseignants.
6 octobre 2018 par Sonia Guerriero, UNESCO Section for Teacher Development et Inès da Silva, International Task Force on Teachers for Education 2030|
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Geoffrey Machiza, enseignant à l'école de Muzu au Malawi, pendant une leçon.
CREDIT: GPE/Govati Nyirenda

L’Article 26 de la Déclaration universelle des Droits de l’homme stipule que « Toute personne a droit à l’éducation ».

L’éducation améliore les conditions de vie, offre des opportunités et contribue au développement économique et social d’un pays. Sa contribution à la paix et à la durabilité est soulignée par les Objectifs de développement durable dans l'Objectif 4, qui vise à « assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie. »

Cependant, malgré les progrès remarquables accomplis en matière d’accès à l’éducation, 262 millions d’enfants et de jeunes sont non scolarisés, d'après l'Institut de la Statistique de l’UNESCO (ISU). De plus, sur les enfants scolarisés, 617 millions d’enfants et d’adolescents – soit près de 60 % dans le monde – ne maîtrisent pas les compétences de base en lecture, écriture ou calcul. Malheureusement, il n’y a également pas assez d’enseignants pour résoudre ces deux problèmes.

Pour la Journée internationale des enseignants, nous aimerions rappeler au monde que nous avons désespérément besoin d'enseignants, afin de de respecter ce droit humain et de parvenir à l’enseignement primaire et secondaire pour tous d’ici 2030. Non seulement des enseignants, mais des enseignants bien formés et qualifiés !

Seuls manquent à l’appel les enseignants

On observe un consensus mondial sur l’importance du rôle des enseignants dans l’amélioration de la qualité de l’éducation et des acquis scolaires. Cependant, le monde est actuellement confronté à une pénurie massive d’enseignants. Selon l’ISU, pour tenir notre promesse et atteindre l'ODD 4, nous devons recruter 69 millions d’enseignants d’ici 2030.

Cette pénurie est encore plus criante dans les pays à revenu faible et intermédiaire. La pénurie la plus marquée est en Afrique subsaharienne, où près de 17 millions d’enseignants supplémentaires sont nécessaires pour parvenir à l’enseignement primaire et secondaire pour tous d’ici 2030.

Plusieurs facteurs contribuent à la forte demande actuelle d'enseignants. Le développement rapide de la scolarisation dans l’enseignement primaire et secondaire, la croissance démographique et la répartition par âge peuvent expliquer en partie la pénurie d'enseignants. Simultanément, la profession n’attire pas suffisamment de candidats du fait de la détérioration du statut social des enseignants, le fruit de faibles salaires, de mauvaises conditions de travail et du manque de possibilités en matière de développement de carrière. Ceux qui embrassent cette profession quittent souvent le métier dans les cinq premières années, les estimations allant de 5 % à 50 % dans certains pays.

Dans certains pays, traiter la pénurie d'enseignants tout en offrant un accès généralisé à un nombre croissant d'enfants et de jeunes, signifie augmenter la taille des classes. Le nombre d‘élèves par enseignant dans les pays à faible revenu était en moyenne en 2015 de 41 pour l’enseignement primaire et de 23 pour l’enseignement secondaire, comparé à 14 et 13 respectivement dans les pays à revenu élevé.

Les pays doivent souvent avoir recours au recrutement d’enseignants au moyen de contrats provisoires. Ces « enseignants contractuels » sont recrutés en mesure d’urgence et n’ont pas besoin de répondre aux mêmes critères de formation et de qualification que les enseignants titulaires. En effet, les enseignants contractuels, généralement plus jeunes et moins expérimentés, perçoivent des salaires inférieurs et ont un accès limité à la formation initiale et continue.

Les recherches montrent que la pénurie entraîne une répartition inégale des enseignants, qui exacerbe encore davantage les inégalités. Par exemple, les écoles des zones rurales et isolées ont plus de difficultés à attirer des enseignants qualifiés que leurs homologues en zone urbaine. Les enseignants déployés dans les zones rurales ou isolées ont ainsi tendance à être moins expérimentés en moyenne et, souvent, ne parlent ou ne comprennent pas la langue locale de la communauté.

La pénurie d’enseignants dans les zones où le recrutement est difficile concerne souvent les matières spécialisées comme les mathématiques et les sciences, et lorsque des enseignants moins expérimentés sont déployés dans les zones à forte demande, il leur manque souvent les compétences pédagogiques requises pour travailler avec des élèves aux besoins spécifiques ou souffrant de troubles de l’apprentissage.

Des enseignants formés et qualifiés

Augmenter l’offre d’enseignants pose également le problème de la qualité. L’ODD 4 nécessite d’augmenter l’offre d’enseignants « formés » et « qualifiés ». Un enseignant qualifié est celui qui reçoit une qualification académique tandis qu'un enseignant formé a suivi la formation d’enseignant minimale organisée (qu’elle soit initiale ou continue).

Dans certains pays, les enseignants doivent détenir un Master pour enseigner ; dans d'autres, un diplôme du secondaire est suffisant. Mais il existe surtout une grande variété dans la conception des programmes de formation des enseignants. Ceux-ci peuvent aller de 12 mois à 4 ans. Ils peuvent comprendre une composante pratique (stage sur le terrain) soit pendant les années de cours, soit une fois achevée la totalité de la partie théorique.

Les stages pratiques varient selon les programmes, certains durant quelques semaines, d’autres bien plus longtemps. Certains élèves-enseignants peuvent bénéficier d’une supervision lors de leur stage sur le terrain, tandis que d’autres sont limités à l'observation d’un enseignant dans sa classe. Souvent, ces différences coexistent dans le même pays.

Les pays se distinguent également dans la façon dont les enseignants obtiennent leur licence ou certificat d'enseignant. Dans certains pays, un candidat enseignant doit réussir un examen avant d’obtenir sa licence d’enseignant. Dans d’autres, il est nécessaire de faire une période d’essai, avec ou sans examen, avant d’être certifié pour enseigner. Dans certains pays, un enseignant doit repasser son certificat au bout d‘un certain nombre d’années ; dans d’autres, la licence d’enseignant est valable jusqu’à la retraite.

Quel que soit le type de formation initiale, tous les pays appliquent une politique selon laquelle un enseignant en service doit s’impliquer dans son développement professionnel. Là encore, les choses sont très variables. Les opportunités de développement professionnel varient en termes de nombre minimum d’heures requises, selon qu’elles ciblent des besoins pédagogiques spécifiques et selon qu’elles sont proposées par des prestataires privés ou publics.

Bien qu’il y ait actuellement une pénurie de données, une telle variation dans la qualité de la formation et du développement des enseignants affectera sans aucun doute la qualité de l'enseignant, comme celle de l'apprentissage de l’élève.

Comment renforcer la formation des enseignants ?

La question de la bonne formation et de la qualification des enseignants étant un des facteurs clés affectant les acquis scolaires de l’élève, il convient d'examiner la qualité et le contenu des formations initiales et continues proposées aux enseignants.

Le renforcement de la formation des enseignants pour garantir un enseignement et un apprentissage de qualité pour tous nécessite un dialogue politique entre les décideurs politiques, les professionnels et les représentants de la société civile. Pour prolonger la sensibilisation à ce sujet menée lors de la Journée internationale des enseignants, l’Équipe spéciale sur les enseignants pour l’Éducation 2030 utilisera cette plateforme internationale afin de se pencher sur la question de la formation des enseignants au cours du prochain Forum de dialogue politique en novembre.

Suivie par des décideurs politiques, des universitaires, des chercheurs, des ONG, des enseignants et des organisations internationales, cet événement permettra une approche à parties prenantes multiples qui permettra d’étudier comment garantir le respect du droit de tous les enfants et les jeunes à un enseignement par un enseignant bien formé et qualifié.

Pour de plus amples informations :

La page de la Journée mondiale des enseignants de l’UNESCO

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Commentaires

Bonjour, C'est avec un grand plaisir que j'ai lu votre article. C'est u' sujet très intéressant. Le droit à l'éducation, c'est également le droit à un enseignement de qualité. Cependant, celui-ci ne peut être garanti que par des enseignants qualifiés et motivés. Or, dans la plupart des pays d'Afrique subsaharienne et au Sénégal en particulier, il se pose justement le problème de la qualité de l'éducation de base. Il est généralement que les jeunes apprenants ont de plus en plus de difficultés à maîtriser les fondamentaux (lecture, calcul, écriture) pouvant leur assurer un bon cursus et de meilleures conditions de vie. Toutefois, la cause principale de cette baisse de forme générale des potaches est un sujet à polémique. Gouvernements, enseignants, parents... se renvoient la balle, chaque camp accusant l'autre ou les autres d'être responsable(s) de cette crise. Les gouvernements parce qu'ils ont la fonction régalienne de définir une politique éducative de qualité et d'en assurer le bon fonctionnement. Les enseignants parce qu'ils sont chargés de transmettre des connaissances de qualité. Ils sont les artisans qui forgent le produit qui, à la sortie, doit être à même de répondre aux normes de qualité souhaitées. Les parents parce qu'ils ont la responsabilité de suivre et encadrer leurs enfants à domicile. ... Or, à tous ces niveaux, il y a beaucoup à dire et à revoir. L'éducation est un "corps" entier, un ensemble d'éléments. Pour qu'elle soit de bonne qualité, il faut que chacun joue son rôle pleinement ; et cela, dans un univers pacifié. Ce qui n'est malheureusement pas le cas de nos jours. En effet, les tensions perpétuelles entre les syndicats et les gouvernements d'un côté, et de l'autre, entre des parents dépassés par le cours de la vie et des enfants qui se sentent abandonnés, transforment l'univers de l'éducation en un espace conflictuel. La Banque mondiale a raison de parler de "crise de l'éducation" dans un récent rapport. Par ailleurs, les systèmes de formation initiale et continue (souvent raccourcis pour répondre à des urgences) ne sont pas performants. Toutefois, tout n'est pas noir. Il faut reconnaître qu'il y a aussi des aspects positifs, à l'image des cas où l'enseignant doit repasser son examen après un certain nombre d'années. D'autres initiatives également (telles que celles consistant à introduire les langues nationales dans le système éducatif formel) sont à louer. Seulement, il se pose un problème de changement d'échelle souvent dû à une formule inadaptée à la résolution de l'équation de la diversité ethnolinguistique de la population dans certains cas. Dans tous les cas, on constate qu'il y a un besoin pressant de moderniser les systèmes afin de fouetter l'enseignement pour aboutir à de meilleures performances et relever ce niveau en berne chez les potaches.

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