Le travail dur mais essentiel de l’alphabétisation

Avec l'inauguration des nouveaux Objectifs de développement durable le moment est important pour que la communauté internationale renouvelle son engagement à promouvoir la lecture et le calcul dans les pays en développement.

08 septembre 2015 par Alice Albright, Global Partnership for Education
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Lecture : 10 minutes
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Reading Lights the Way - A boy reading in India Credit: Ganesh Kunder

Il y a plusieurs années, le gouvernement gambien a reconnu qu’une nouvelle approche était nécessaire concernant l'enseignement de la lecture. En 2009, plus de la moitié des élèves de deuxième année n’étaient pas capables de lire, ce qui leur faisait courir le risque d’un analphabétisme à vie.

En regardant de plus près, nous avons compris pourquoi: la première année d’enseignement de la lecture en Gambie, se fait entièrement en anglais. Dans un pays avec cinq langues nationales, cela signifiait que les élèves non anglophones étaient largement désavantagés. En outre, la méthode pédagogique utilisée pour enseigner la lecture était basée sur la reconnaissance des mots entiers (méthode globale). Elle excluait les éléments phonétiques qui relient les sons aux lettres (méthode syllabique), une caractéristique de la plupart des programmes réussis pour l’apprentissage de la lecture.

Tout cela a changé en 2011, lorsque le gouvernement gambien, avec le soutien du Partenariat mondial pour l'éducation, a lancé un programme pilote national intitulé « L’apprentissage précoce dans les langues nationales ». Les enfants, durant la phase pilote, ont appris à lire dans leur propre langue, et ont appris la correspondance entre le son et les lettres afin qu'ils puissent les combiner efficacement.

Le nouveau programme montre des résultats rapides pour une meilleure lecture

Children reading in the Gambia (c) GPE

Le résultat: les élèves de première année qui avaient pris part au programme ont fait dix fois mieux que les autres enfants quand ils ont dû reconnaître les sons des lettres et lire des mots simples. De nombreux enfants qui avaient participé au programme ont été plus tard en mesure de transférer leurs nouvelles compétences à la lecture des mots anglais.

En conséquence, le ministère gambien de l'enseignement de base et secondaire a décidé d'étendre le projet pilote pour atteindre plus d'écoles et plus d'étudiants: il est sur le point de lancer une approche unifiée de l'enseignement de la lecture, de la maternelle à la 3ème année de primaire à travers le pays. Le pays partage également son expérience avec d'autres pays d'Afrique qui ont des difficultés avec les résultats de la lecture précoce.

Il est important de garder à l’esprit l’exemple de la Gambie alors que nous célébrons la Journée internationale de l'alphabétisation. Il nous indique que l'analphabétisme n’est pas inéluctable, et que nous pouvons faire baisser le niveau inacceptable de l'analphabétisme dans le monde, estimé à 757 millions d’adultes et 115 millions de jeunes par l'UNESCO.

Mais, l'histoire de la Gambie nous montre surtout qu’assurer un niveau élevé d'alphabétisation est un travail ardu, nécessitant des ressources suffisantes et un engagement tangible, réfléchi et à long terme, afin de comprendre et d'éliminer les racines de l'analphabétisme

Stimuler l’alphabétisation au Rwanda

Students sharing a textbook in Rwanda (c) GPE

Cette formule a fait toute la différence au Rwanda, qui a montré des progrès impressionnants grâce à un programme appelé Literacy Boost.

Pris en charge en partie par le Partenariat mondial et mis en œuvre par Save the Children, Literacy Boost s’attaque à l’analphabétisme sous plusieurs angles à la fois.

Cela commence par le soutien à l'apprentissage familial pour les parents et les enfants de moins de 3 ans et ceux de 4 à 6 ans, lorsque la plupart commence tout juste à apprendre les rudiments de la lecture. Le programme prévoit également la formation des enseignants pour un enseignement efficace de la lecture, et travaille à développer une culture populaire de la lecture et de l'apprentissage grâce à laquelle les communautés peuvent comprendre la valeur de l'alphabétisation et créer un environnement lettré riche qui garantit aux enfants l'accès à du matériel de lecture de haute qualité, et en langue locale.

En tandem avec la propre initiative du ministère de l’éducation rwandais, Rwanda Reads, Literacy Boost (qui est mis en œuvre par Save the Children dans un certain nombre de pays à travers le monde) montre déjà des signes avant-coureurs formant davantage de lecteurs précoces et créant une culture résiliente qui encourage la lecture.

Soutien aux professeurs de Papouasie-Nouvelle-Guinée

A student reads aloud to his class in Port Moresby, Papua New Guinea (c) GPE/Jeff Ramin

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, le taux d'alphabétisation chez les élèves du primaire et du secondaire était en dessous de 20% en 2011. Avec le soutien d’un financement du GPE, le ministère de l'Éducation du pays et la Banque mondiale ont lancé un programme novateur qui favorise un meilleur enseignement et apprentissage de la lecture dans les écoles primaires.

Le programme aide le pays à mobiliser une culture de la lecture, et les enseignants travaillent pour inculquer aux enfants la passion des livres. Des kits et du matériel d’apprentissage pour les classes de primaire ont été fournis, ainsi que des outils d'évaluation de la lecture pour aider les enseignants à mesurer les progrès des élèves. Le programme a également contribué à installer des bibliothèques dans les écoles publiques. Depuis le début du programme, les résultats en lecture pour les garçons et les filles se sont améliorés dans la province de Madang.

Dans la capitale, Port Moresby, la formation des enseignants à la promotion de la lecture a été efficace: les enseignants envisagent d’intégrer des séances de lecture dans leurs horaires de classe. D’autres techniques éprouvées - telles que grouper des lecteurs chevronnés avec des lecteurs moins compétents - commencent également à montrer des résultats prometteurs.

Lire en langue maternelle en Haïti

A teacher using Map li nèt ale textbooks to teach her students to read. Haiti (c) GPE/Chantal Rigaud

En Haïti, Map li nèt ale (qui signifie «Je peux tout lire») est une nouvelle approche conçue et financée par USAID et la Banque mondiale pour enseigner aux enfants la lecture dans leur langue maternelle, le créole.

En règle générale, la plupart des écoles en Haïti enseignent aux enfants en français, la deuxième langue officielle du pays. Mais, comme le montre l'exemple de la Gambie et des recherches, l'enseignement dans la langue maternelle de l'enfant est optimal pour l'alphabétisation et l'apprentissage tout au long de l'école primaire.

Le programme de lecture Map li fournit un cycle complet d'enseignement de la lecture pour la première année scolaire, associé à un manuel d'accompagnement. En classe, l'enseignant reçoit le soutien d'une personne formée pour veiller à ce que les enfants suivent étroitement les étapes et ne prennent pas de retard. Le programme a été mis en place dans près de 300 écoles, bénéficiant à 9 500 enfants.

Les mesures à prendre pour parvenir à l’alphabétisation pour tous

Avec l'inauguration des nouveaux Objectifs de développement durable - et, parmi eux, l'importance du quatrième objectif en faveur de l'éducation – le moment est important pour que la communauté internationale renouvelle son engagement à promouvoir la lecture et le calcul dans les pays en développement.

Comme nous l'avons récemment souligné dans ce blog, l'éducation est essentielle à la réussite de chacun des 17 objectifs de développement durable, et les compétences de bases en lecture, écriture et calcul sont les fondements d’une bonne éducation. Le monde ne peut pas se permettre de ne pas faire de l'alphabétisation une priorité pour les quinze prochaines années.

Pour réussir, la communauté internationale - les bailleurs de fonds, les ONG, les organisations multilatérales, le secteur privé et les pays en développement eux-mêmes - doivent veiller à ce que les ressources suffisantes soient disponibles pour soutenir une série d'actions, notamment davantage de programmes de lecture et de meilleure qualité.

L'UNESCO estime que donner à chaque enfant dans le monde une éducation de qualité jusqu’au secondaire d'ici à 2030 nécessitera un financement annuel de 39 milliards de dollars, et au-delà du financement actuel de pays donateurs et d'autres entités.

Evidemment, c’est un défi de taille. Mais, si cela signifie vaincre l'analphabétisme dans le monde et engendrer ainsi des progrès dans d'autres secteurs de développement, cela en vaudra plus que la peine.

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