Le rôle des femmes dans les systèmes éducatifs en Afrique
Le 8 mars dernier, le monde célébrait la Journée internationale des femmes, une occasion d'inspirer le changement pour les filles et les femmes et de transformer cet élan en action. L’occasion de rappeler que, si l’on n’investit pas dans les femmes et les filles, il ne sera pas possible d'atteindre les objectifs mondiaux.
2 janvier 2019 par Hendrina Chalwe Doroba, Forum for African Women Educationalists (FAWE)|
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Une jeune fille écrivant au tableau dans une école au Burkina Faso.
CREDIT: GPE/Kelley Lynch

Cet article est le fruit d'une collaboration entre l'Association pour le développement de l'éducation en Afrique (ADEA) et le Partenariat mondial pour l'éducation (GPE), qui a débuté en 2017.

La Journée internationale des femmes célébrée dans de nombreux pays, est une journée où les femmes sont reconnues pour leurs réalisations, sans tenir compte des divisions, qu’elles soient nationales, ethniques, linguistiques, culturelles, économiques ou politiques.

La Journée internationale des femmes est également l’occasion d’accélérer le Programme 2030 et le Programme 2063 de l’Afrique, en transformant cet élan en action par la mise en œuvre effective des Objectifs de développement durable (ODD), en particulier l’objectif N°5 : Parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles ; et N°4 : Assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie.

L’absence de femmes dans les systèmes éducatifs renforce les inégalités entre les sexes

Les femmes ont été par le passé ignorées dans l’élaboration des systèmes éducatifs en Afrique. Ces disparités sont flagrantes en termes de taux d'accès, de rétention et d'achèvement des garçons et des filles. Pendant très longtemps, les filles constituaient la plus grande proportion d'enfants qui ne pouvaient pas avoir accès à l'éducation.

Les dernières données de l'ISU révèlent que l'Afrique abrite plus de la moitié de la totalité mondiale des enfants non scolarisés en âge d'aller à l'école primaire. La moitié de ces enfants ne sont jamais allés à l’école et n’y iront jamais, sans incitation supplémentaire. Les filles ont 56 % de chances de plus de ne jamais être scolarisées que les garçons (42 %).

Ces statistiques flagrantes corroborent le fait que la non-implication des femmes pendant le développement des systèmes d’éducation et de formation en Afrique a eu de graves conséquences sur l’inégalité des sexes dans l’éducation, et par conséquent, sur le développement socio-économique de l’Afrique.

L’éducation des femmes est le moyen le plus efficace pour réduire les inégalités entre hommes et femmes et pour garantir la pleine participation des femmes au processus de développement socio-économique.

Combler le fossé entre les sexes par la politique

Il est à noter que l’inclusion des femmes et des droits des femmes dans les décisions clés en matière d’éducation a considérablement progressé. L'avènement du Protocole de Maputo et d'autres cadres clés de l'Union africaine soulignent la nécessité de combler le fossé entre les sexes dans le secteur de l'éducation ainsi que dans d'autres secteurs, et soulignent également l'importance d'inclure les femmes dans les processus de prise de décision. Ces documents ont donné le ton et mis en place en place un environnement propice pour que les femmes puissent se faire entendre sur les questions de développement de l’Afrique.

Les gouvernements africains ont également élaboré des politiques qui reconnaissent les rôles des femmes dans les systèmes éducatifs. Ces politiques ont donné lieu à des actions positives à tous les niveaux du système éducatif. Les femmes se sont vu attribuer davantage de postes à différents niveaux dans des établissements d’enseignement et les mères adolescentes ont pu retourner à l’école. Il existe également des dispositions sur un environnement tenant compte de la notion de genre, avec certains gouvernements établissant des lois et des directives pour prévenir et atténuer la violence sexiste en milieu scolaire.

En outre, un certain nombre de pays ont mis en place une budgétisation intégrant la notion de genre et ont réservé des postes aux femmes dans leurs ministères de l'Éducation et leurs parlements respectifs, comme dans le cas du Rwanda et du Kenya. Des femmes ont également été nommées à la tête d’établissements d’enseignement. Ce sont de formidables avancées, mais il reste encore beaucoup à faire pour combler le fossé de l’égalité entre les sexes dans les systèmes éducatifs africains.

Impliquer davantage de femmes dans les processus décisionnels et d’élaboration des politiques

Aujourd'hui, 263 millions d'enfants et de jeunes ne sont pas scolarisés dans le monde, dont 130 millions en Afrique, selon des données de l'Institut de statistique de l'UNESCO (ISU) datant de 2016. La pauvreté, la guerre et les stéréotypes culturels continuent d’entraver l'accès des enfants à l'éducation.

Les filles handicapées sont particulièrement marginalisées. Une étude récente réalisée en Afrique occidentale a révélé qu'elles étaient confrontées à un isolement, une stigmatisation et une discrimination accrus, au manque d'éducation et à l’impossibilité de participer à la vie de la communauté, et qu'elles couraient un risque plus élevé de maltraitance, notamment des formes de violence sexuelle.

Cela souligne qu’il est nécessaire que les femmes occupent des postes de décision dans les sphères sociale, économique et politique, propices au développement de l’Afrique.

Les femmes devraient non seulement disposer d'un espace confortable pour faciliter leur travail, mais le nombre de femmes occupant des postes de décisions devrait augmenter.

Les femmes devront soutenir leurs compatriotes au sein de ces structures de prise de décision et de mise en œuvre. Il est toutefois essentiel que ces femmes ne travaillent pas isolément car, elles ont encore besoin d'un mentorat et d'un soutien continus.

L’appel mondial et continental du FAWE

La Stratégie continentale d'éducation pour l'Afrique 2016-2025 (CESA 16-25) définit très clairement les aspirations en matière d'éducation sur le continent et la manière dont elles s'inscrivent dans le programme de développement durable. Malheureusement, les questions relatives aux femmes ne sont pas très bien définies dans ce document.

En tant que Forum des éducatrices africaines (FAWE),nous avons estimé qu'il était nécessaire de soutenir les divers gouvernements qui appliqueront la stratégie visant à opérationnaliser et à intégrer les questions relatives au genre dans leurs programmes de travail et dans leurs budgets pour toutes les interventions qu'ils mettront en œuvre dans le secteur de l'éducation. Les gouvernements respectifs devraient être en mesure d'adopter et de domestiquer la stratégie relative à l’égalité des sexes pour la CESA 16-25, développée par le FAWE et l'UA/CIEFFA en tant qu'outil permettant de résoudre les problèmes en matière d'égalité des sexes dans le secteur de l'éducation.

Mais encore une fois, les femmes doivent également jouer un rôle crucial en guidant les jeunes filles et garçons dans les espaces de prise de décision. Issues d'une position où la société les a méprisées, et devenir une partie intégrante du leadership en Afrique, dont les organes les plus élevés du continent comme la nomination à la présidence de la Commission de l'Union africaine (CUA) de Dlamini Zuma, les femmes doivent créer des espaces pour que les jeunes explorent leur potentiel.

Les femmes haut placées devraient faire pression pour obtenir que les politiques permettent un environnement favorable à l'allocation de ressources en faveur du développement des jeunes (18-35 ans) sur le continent. Cela contribuera grandement à garantir que les filles, les garçons et les jeunes aient les mêmes chances et les mêmes ressources pour réaliser leurs aspirations.

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