Les enfants et les jeunes rohingyas doivent continuer à avoir accès aux services éducatifs
Durant sa visite au Bangladesh la semaine dernière, Alice Albright, la directrice générale du PME, a rencontré des représentants du gouvernement et des partenaires de développement qui, ensemble, travaillent intensément pour que les Rohingyas qui ont quitté le Myanmar il y a deux ans reçoivent le soutien et les services dont ils ont besoin, notamment dans le domaine de l’éducation, et que les enfants vivant dans les communautés alentours y aient également accès
24 septembre 2019 par Alice Albright, Global Partnership for Education|
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Le PME soutient des services d'éducation pour les enfants Rohingya et les enfants de la communauté d'accueil à travers un financement de 8,3 millions de dollars. Sur la photo, des enfants fréquentant le centre d'apprentissage DAM au camp 4.
CREDIT: PME/Chantal Rigaud

La semaine dernière, à Cox's Bazar, j'ai rencontré Tasmin, une jeune fille Rohingya de 17 ans qui apprenait à réparer des panneaux solaires dans un centre de formation polyvalent géré par l'ONG BRAC. Tasmin passe 2 heures au centre 3 jours par semaine. Elle y acquiert, tout comme d'autres jeunes, de nouvelles compétences, telles que la couture, la culture de potagers et l'artisanat. Ces compétences leur seront utiles quand ils entreront dans l'âge adulte et établiront leur propre famille.

Donner aux enfants la possibilité d'apprendre à nouveau

Dans un autre centre d'apprentissage pour enfants, j'ai chanté la comptine « Tête, épaules, genoux et orteils » avec Mohammed Rafik, 6 ans, Yasmine, 9 ans, et plusieurs de leurs amis. Les enfants semblaient heureux d'être là, de chanter, de lire, d'écrire et de participer à d'autres activités d'apprentissage.

Le centre d'apprentissage, situé au camp numéro 4 de Cox's Bazar, est géré par DAM, une ONG bangladaise. Lorsque nous l’avons visité, il ne fonctionnait que depuis un mois. A présent, le centre permet à une quarantaine d'enfants d'être scolarisés 5 jours par semaine au lieu de rester à la maison où ils sont peu occupés.

Je suis allée dans seulement 2 des 3 000 centres d'apprentissage qui fonctionnent actuellement dans les 34 camps de Cox's Bazar, où vivent plus d'un million de réfugiés rohingyas. Ces centres témoignent de la réponse exemplaire organisée en peu de temps par le gouvernement du Bangladesh et la communauté internationale après l'arrivée, il y a deux ans, des familles rohingyas fuyant la violence au Myanmar.

Une crise humanitaire d’une ampleur considérable

En 2017, les besoins d'aide humanitaire d'urgence étaient colossaux à Cox's Bazar : abri, nourriture, santé, soutien psychosocial et éducation. Deux ans plus tard, j'ai été frappée par les progrès réalisés par les différents acteurs pour fournir des services malgré les conditions de travail difficiles.

La réponse humanitaire à la crise Rohingya est supervisée par le Commissaire chargé de l'aide et du rapatriement des réfugiés du gouvernement du Bangladesh et par le Groupe de coordination intersectoriel (ISCG) sur le plan humanitaire. Au sein de l'ISCG, la réponse du secteur de l'éducation est coordonnée par le Groupe consultatif stratégique, co-présidé par l'UNICEF et Save the Children, et par près de 40 autres partenaires nationaux et internationaux actifs dans le pays.

Fin 2018, le gouvernement du Bangladesh et ses partenaires locaux ont décidé d'allouer 8,3 millions de dollars du fonds du PME en guise de réponse d'urgence à la crise Rohingya dans le secteur de l'éducation et pour aider les communautés des environs de Cox's Bazar. Ce financement est géré par l'UNICEF. Il a notamment permis de financer la création du nouveau centre d'apprentissage géré par DAM que j’ai visité.

Jusqu'à présent, le soutien du PME a appuyé la création de 237 centres d'apprentissage et la formation de 474 enseignants (dont 213 femmes), permettant ainsi à plus de 15 000 enfants rohingyas d'être inscrits à des activités éducatives.

Il ne s'agit là que d'une des nombreuses contributions à la réponse aux besoins éducatifs, qui sont estimés à 59,5 millions de dollars en 2019 et ne sont actuellement financés qu’à 36 %. Cependant, le financement du PME a une caractéristique essentielle : il soutient à la fois l'éducation des enfants rohingyas ET celle des enfants bangladais vivant près des camps de Cox's Bazar.

Impact de la crise sur les communautés d’accueil

La semaine dernière, j'ai également visité l'école primaire publique de Nijerpara à Ramu, qui est située non loin des camps. Cette visite m'a aussi fait prendre conscience des incidences de la crise sur les communautés des alentours. Lors d’une rencontre, le comité de gestion de l'école (composé d'enseignants et de parents) et le responsable de l'éducation du district ont tous deux souligné que le nombre d'enseignants dans cette école était insuffisant.

Actuellement, l’école accueille 490 élèves, mais ne dispose que de 5 enseignants qui travaillent par roulement sur deux tranches horaires pour pouvoir accueillir tous les élèves. En outre, les enseignants des communautés d'accueil sont attirés par les emplois dans les centres d'apprentissage des camps, parce que les salaires y sont parfois plus de quatre fois plus élevés que dans les écoles publiques.

J'ai aussi remarqué qu'il y avait plus de filles que de garçons dans les classes de l’école Nijerpara, ce qui est inhabituel. Quand j'ai demandé pourquoi, on m'a répondu que beaucoup de garçons préfèrent chercher des moyens de gagner un peu d'argent dans les camps plutôt que de rester à l'école.

Le district de Cox's Bazar était déjà en retard par rapport au reste du Bangladesh en termes de progrès globaux dans le secteur de l'éducation. Les camps rohingyas exercent désormais une pression supplémentaire sur une région qui avait déjà besoin d'un soutien plus important.

En investissant dans les écoles des communautés d’accueil, nous répondons à ces défis systémiques fondamentaux. Nous devrons veiller à ce que la communauté internationale continue à intégrer les besoins des communautés d’accueil dans le cadre de sa réponse à la crise.

Les enfants et les jeunes ont besoin d'un appui constant en matière d'éducation

L'une des principales observations que j'ai faite au cours de ce voyage est l'importance de soutenir non pas uniquement les enfants mais aussi les jeunes : si les activités visant à l'acquisition des aptitudes nécessaires dans la vie courante et la formation que j'ai pu observer au centre polyvalent géré par BRAC sont tout à fait positives, elles ne sauraient remplacer une scolarisation complète et formelle pouvant permettre aux jeunes d'accéder à des emplois intéressants et à améliorer leurs perspectives d'avenir.

Ce sont les jeunes eux-mêmes qui le disent et le souhaitent. Avoir accès à une bonne éducation leur permettra d'être de bons citoyens et de se réintégrer plus facilement dans leur pays d'origine.

Sans une éducation porteuse d'espoir, certains de ces jeunes risquent d'être entraînés dans la criminalité ou l'extrémisme. On peut déjà observer cela dans les camps (trafic de drogue, trafic d'êtres humains, violence sexiste). Au vu de l’ampleur de la population de Cox’s Bazar, il nous est impossible d’ignorer cette crise humanitaire.

Lors de mes rencontres avec Md. Zakir Hossen, ministre d'État à l'Éducation primaire et à l'éducation de masse, et Mohibul Hasan Chowdhury, vice-ministre de l'Éducation, je leur ai dit que le PME était prêt à continuer à soutenir les besoins éducatifs des enfants et des jeunes bangladais et rohingyas, et que si le gouvernement sollicitait notre appui, nous y répondrions.

Avec le soutien d'un financement du PME, géré par l'UNESCO, les deux ministères qui supervisent le secteur de l'éducation au Bangladesh sont en train d'élaborer un plan sectoriel de l'éducation exhaustif. Ce plan sera le fondement de tout programme à venir.

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