Les programmes de santé scolaire : de l’argent bien dépensé

Des élèves de l'école publique Atu à Calabar, au Nigeria, reçoivent des médicaments contre les maladies tropicales négligées durant une campagne. Crédit: RTI International/Ruth McDowall

Des élèves de l'école publique Atu à Calabar, au Nigeria, reçoivent des médicaments contre les maladies tropicales négligées durant une campagne.

Credit: RTI International/Ruth McDowall

En matière de développement, peu d’interventions réussissent l’épreuve de la synergie comme les programmes de santé scolaire. Les écoles sont en effet le lieu idéal pour se saisir des besoins sanitaires des enfants toutes classes confondues, et de nombreuses données empiriques montrent que cela peut avoir des retombées impressionnantes en termes d’éducation.

Cependant, la relation dynamique entre la santé et l'éducation, si elle est de plus en plus reconnue, est trop souvent négligée dans les plans de l'éducation nationaux. Or, les pays à faible revenu sont ceux qui ont particulièrement à gagner en mobilisant cette synergie.

Un nouveau rapport démontre que la santé scolaire fonctionne

Une nouvelle publication des Priorités en matière de lutte contre les maladies (Disease Control Priorities), la Banque mondiale et le GPE vise à convaincre les décideurs politiques et leurs partenaires de développement que les programmes de santé scolaire peuvent engendrer d'importants bénéfices en termes de développement.

Le rapport intitulé : L’optimisation des résultats de l’éducation : retours sur investissement élevés de la santé scolaire en termes d’amélioration de la participation et de l’apprentissage présente les dernières données empiriques sur la façon dont la santé affecte les résultats de l’éducation et propose des interventions sanitaires pratiques et économiques pouvant être appliquées dans les écoles.

Au GPE, nous espérons que le rapport trouvera un écho dans les pays en développement partenaires. Le GPE est bien conscient que dans ces pays, confrontés à des contraintes en matière de dépenses et un perpétuel éventail de défis à relever en termes de développement, les décideurs ont à faire des choix difficiles sur l’allocation de ressources précieuses. Le rapport plaide avec force pour l’investissement dans les programmes de santé scolaire.

L’optimisation des résultats de l’éducation : retours sur investissement élevés de la santé scolaire en termes d’amélioration de la participation et de l’apprentissage

Nous savons par exemple que les interventions en matière de santé scolaire pour les filles et les garçons défavorisés fortement touchés par les parasites et l’anémie peuvent engendrer 2,5 années de scolarisation supplémentaire. Les données empiriques montrent également que les activités de prévention de la malaria peuvent mener à une réduction de l’absentéisme scolaire de 62 %.

Un recours rapide aux programmes de santé scolaire, mais un financement insuffisant

Ce n’est qu’en 2000, lors du Forum mondial de l’éducation au Sénégal, qu’un engagement officiel a été pris par les pays pour améliorer les programmes de santé scolaire en vue d’obtenir de meilleurs résultats de l’éducation. À l’époque, la prise de conscience était faible et les ministères de l'éducation de seulement 10 % des pays d’Afrique subsaharienne possédaient des politiques et des programmes reflétant l’importance de la santé et de la nutrition dans les résultats de l’éducation.

En 2010, les programmes de santé scolaire étaient quasiment universels, même si leur qualité et leur portée variaient énormément. En 2015, avec le Forum de l’éducation d’Incheon, de grands progrès ont été réalisés pour faire évoluer notre compréhension de l'interaction entre l’éducation et la santé.

Mais cette reconnaissance croissante des bénéficies de la santé dans l’éducation ne se reflète cependant toujours pas dans les dépenses sectorielles, ce qui constitue une énorme déception. Sur les 210 milliards de dollars dépensés chaque année dans l’éducation par les pays à faible revenu et ceux de la tranche inférieure des pays à revenu intermédiaire, seuls 2 milliards de dollars financent les besoins de santé des enfants et adolescents d’âge scolaire (entre 5 et 19 ans). En revanche, 29 milliards de dollars sont dépensés pour les besoins en santé des enfants de moins de cinq ans.

De même, dans les recherches sur la santé des enfants, on estime que les enfants en âge d’être scolarisés concentrent moins de 10 % de cet effort.

Une augmentation des dépenses en matière de santé pour ces enfants, si les ressources sont existantes, pourrait jouer un rôle significatif pour aider à surmonter la crise de l’apprentissage qui frappe les pays à faible revenu, et dont une grande partie de la population est jeune.

Sur les 240 millions d’élèves scolarisés dans les pays à faible revenu, seuls 23 % sont susceptibles d’acquérir les compétences de base du niveau secondaire. La maladie, souvent causée par des conditions qu’il est possible de prévenir, et la malnutrition empêchent un grand nombre d'enfants d‘aller à l'école ou d’y aller de façon régulière. C’est un argument fort pour l’introduction des programmes de santé scolaire dans les boîtes à outils ou kits proposés en vue d’améliorer les résultats de l’éducation.

Ce sont les filles qui bénéficieraient le plus des programmes de santé scolaire

Le rapport comprend un ensemble complet d’interventions pour ces programmes, à la fois économique et au rapport coûts-bénéfices élevé, conçu pour les enfants de 5 à 19 ans. Ce « kit essentiel » comprend le vaccin contre le tétanos et le VPH, la promotion de la santé bucco-dentaire, le dépistage des troubles de la vue et leur traitement, la promotion de l'utilisation des moustiquaires, le traitement antiparasitaire et des repas scolaires enrichis en micronutriments.

En termes de développement, les bénéfices de ce kit sont particulièrement prometteurs pour les filles, compte tenu de l’effet démultiplicateur, puisqu’il est non seulement bénéfique pour leur propre santé et perspective économique, mais également pour celles de leurs enfants par la suite.

Cette publication détaille le coût des composantes du kit, le kit complet représentant, pour les pays à faible revenu, un coût annuel de 10 $ par enfant entre 5 et 14 ans et de 9 $ pour les adolescents entre 10 et 19 ans.

Depuis février, le GPE soutient 52 pays partenaires dans la conception d'interventions en santé scolaire et leur intégration dans les plans sectoriels de l’éducation afin de cibler les enfants les plus pauvres et les plus marginalisés. Nous sommes également prêts à fournir un financement à 22 pays afin de mettre en œuvre ces programmes.

Dans le cadre de notre soutien technique et financier aux pays partenaires, et riches des données supplémentaires présentées dans ce rapport, nous allons poursuivre nos efforts pour promouvoir les programmes de santé scolaire comme une des interventions clés que les pays peuvent entreprendre pour améliorer à la fois la santé et l’apprentissage de leurs enfants.

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Le Secrétariat du Partenariat mondial pour l'éducation a son siège à Washington D.C. et compte environ 100 employés. Le Secrétariat fournit un soutien administratif et opérationnel à tous ses partenaires,...

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