Limiter l'impact des fermetures d'écoles sur l'apprentissage grâce à des stratégies de réajustement adéquates

Les effets de la crise du COVID-19 sur l'apprentissage sont particulièrement inquiétants, surtout au niveau de l’enseignement primaire, les compétences de base étant les éléments constitutifs de toute éducation, et leur maîtrise essentielle pour saisir les opportunités tout au long de la vie. Si les pertes d'apprentissage sont inévitables, elles peuvent être réduites si les bonnes décisions et les interventions bien conçues à l'échelle du système, incluant les enseignants, les familles et les tous les autres maillons de la chaîne éducative.

29 juillet 2020 par Silvia Montoya, UNESCO Institute for Statistics
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Lecture : 4 minutes
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Des tables-bancs vides alignées dans une salle de classe d’une école primaire au Nicaragua.
Des tables-bancs vides alignées dans une salle de classe d’une école primaire au Nicaragua.
Crédit : Banque mondiale/Arne Hoel

Les effets de la crise du COVID-19 sur l'apprentissage sont particulièrement inquiétants, comme le souligne un article récent de The Economist (en anglais). Cela se vérifie particulièrement au niveau du primaire car, les compétences de base sont les fondements de toute éducation et des bases essentielles à tout processus éducatif futur.

Ces compétences sont les plus faciles à perdre en cas d’interruption de la scolarité, comme le montrent des études sur les pertes de capacité de lecture par les élèves pendant les périodes de vacances scolaires. Elles sont également les plus difficiles à acquérir de nouveau une fois qu’ils reprennent les cours. Pourtant, ils présentent un domaine d’amélioration fertile car les techniques d’acquisition des compétences fondamentales sont mieux connues que celles utilisées pour accroître les compétences au niveau de l’enseignement secondaire ou dans des matières plus spécialisées.

Les pertes d'apprentissage mesurées peu après une période de perturbation, comme le montre une étude sud-africaine (en anglais), sont plus importantes que ce que suggèrent les jours réels de scolarité perdus. Il est difficile de savoir si ces pertes s'aggravent, restent inchangées ou diminuent avec le temps.

Cependant, il est probable que les impacts s'aggravent avec le temps si les pertes d'apprentissage ne sont pas corrigées, car l'apprentissage est cumulatif et les enfants laissés pour compte seront encore plus à la traîne. C'est ce que des recherches ont montré au Pakistan, des années après le tremblement de terre de 2005.

Ainsi, une hypothèse prudente et raisonnable veut que ces pertes s'aggravent si des actions spécifiques telles que des cours de rattrapage et l’allocation de temps supplémentaire pour terminer les cours ne sont pas mises en œuvre.

Les chiffres projetés illustrent les lacunes en matière d'apprentissage et simulent les pires des scénarios sur les systèmes éducatifs qui n'adoptent pas de stratégies de rattrapage par rapport et ceux qui le font.

Figure 1. Projections des pertes d'apprentissage dans les pays qui disposent ou pas d'une stratégie de rattrapage dans l'enseignement primaire.

Dans ce graphique, la courbe verte « pré-COVID » suppose une tendance raisonnable de 2 % de gains par an dans l’enseignement primaire sur la base de travaux antérieurs de l’ISU (en anglais). Les trajectoires violettes et jaunes présentent respectivement des scénarios dans lesquels des mesures de rattrapage sont prises ou non.

Ils prévoient que les apprenants subiront des pertes d'éducation pendant la pandémie en raison des jours d'école perdus. Cependant, les systèmes éducatifs qui mettent en œuvre des stratégies de rattrapage de ces pertes permettront au moins à certains apprenants de rattraper les niveaux envisagés avant la pandémie de coronavirus. Ceux-là n'auront pas à attendre que la cohorte d'élèves touchés par la pandémie passe au niveau de l’enseignement secondaire.

Ce scénario suppose qu'il n'y aura pas de nouvelle pandémie ou crise sanitaire susceptibles de causer de nouvelles interruptions de l'apprentissage. Les épidémiologistes, cependant, ont depuis longtemps prédit une pandémie de type COVID et préviennent qu'il pourrait y avoir plus de pandémies à l'horizon.

Ainsi, en œuvre dès maintenant une réponse adéquate du secteur de l’éducation face à la pandémie actuelle, servirait au moins trois objectifs. Cela nous aiderait notamment à :

  • faire face ses effets actuels
  • améliorer les systèmes éducatifs dans leur ensemble, et
  • nous aider à nous préparer à la prochaine crise.
Figure 2. Projections des pertes d'apprentissage dans les contextes qui disposent ou pas de stratégies de rattrapage pour l'enseignement secondaire.

Dans l’enseignement secondaire, comme le montre ce graphique, les niveaux d’apprentissage devraient revenir aux tendances pré-pandémie d’ici 2024, en supposant que les pays déploient des stratégies de « réajustement ».

Cependant, dans les contextes ou les systèmes éducatifs se passent de ces stratégies, le retour à la normale ne se fera pas avant au moins 10 ans pour les apprenants car, leur retard affectera les diplômés de l'enseignement primaire qui n'ont reçu aucun soutien pour leur remise à niveau.

Les stratégies d'atténuation de l’impact de la crise incluraient, entre autres :

  • les retours à l’école par vague, pour qu’il y’ait moins d'élèves dans les salles de classe afin de renforcer la distanciation sociale et améliorer l'apprentissage ;
  • des programmes de tutorat en ligne individualisé ayant recours à davantage d’élèves des classes de niveaux supérieurs ;
  • des séances de rattrapage en classe pour un nombre réduit d'élèves et ;
  • le recours à des programmes télédiffusés et des podcasts radiophoniques pour couvrir toutes les matières. Pour en savoir plus sur les stratégies de rattrapage innovantes, vous pouvez consulter cet autre article The Economist.

Tout échec doit être évité à tout prix durant le processus de déploiement de ces stratégies de rattrapage pédagogique pour ne pas entraver les efforts visant à générer les compétences vitales dont les citoyens ont besoin pour fonctionner dans les sociétés et les économies.

Une étude menée conjointement par l’UNESCO, l’UNICEF et la Banque mondiale sur les mesures de riposte du secteur de l’éducation au COVID-19 au niveau des pays a été réalisée en mai pour saisir l'impact des fermetures massives d'écoles à travers le monde.

L'étude, financée en partie par le GPE dans le cadre de sa réponse à la pandémie de COVID-19, fournit un premier aperçu de l’impact de la pandémie sur l'apprentissage.

Les résultats préliminaires de cette enquête sur les réponses nationales montrent que de nombreux pays n'envisagent toujours pas de mesures réajustement, telles que l'augmentation du temps d'apprentissage ou l'accélération de l'apprentissage (via des cours ou programme accéléré), malgré le risque de pertes d'apprentissage.

Comme pour aggraver la crise de l'éducation, les limites des programmes de scolarisation à distance se sont avérées plus importantes pour les ménages les plus pauvres, en partie parce qu'ils ont moins accès à Internet.

Pourcentage de pays prévoyant de mettre en œuvre des stratégies de rattrapage en réponse aux fermetures d'écoles, par région et niveau de revenu.

Figure 3. Pourcentage de pays prévoyant de mettre en œuvre des stratégies de rattrapage en réponse aux fermetures d'écoles

Le fossé numérique crée clairement des écarts d'apprentissage plus larges dans les pays en développement, en particulier dans ceux où les enseignants n'étaient pas préparés à utiliser des plateformes d'apprentissage en ligne et à distance.

Les enseignants jouent un rôle clé en guidant les élèves tout au long du processus d'apprentissage numérique, et le graphique ci-dessous illustre le nombre d'enseignants formés à l'avance pour assumer la tâche d'enseigner via des plates-formes d'apprentissage à distance pendant la pandémie.

Figure 4. Pourcentage de pays disposant d'enseignants formés à l'utilisation des plateformes numériques.

Selon nos estimations, les dommages à l'apprentissage causés par les fermetures d'écoles peuvent être atténués ou réparés grâce à l'utilisation de stratégies de rattrapage.

En plus de combler le fossé numérique, pour veiller à ce que les disparités en matière d'apprentissage ne se creusent davantage dans les pays à faible revenu (compte tenu notamment de la probabilité de nouvelles fermetures d'écoles dues à cette pandémie ou à celles à venir), il est essentiel de préparer les apprenants et les enseignants à l'apprentissage à distance.

En fin de compte, les pertes d'apprentissage sont inévitables certes, mais elles peuvent être réduites si les bonnes décisions sont prises, grâce à des interventions bien conçues à l'échelle du système qui incluent les enseignants, ainsi que les familles et les divers intervenants de la chaine.

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