Lutter pour l’éducation des filles dans le nord de l’Ouganda
Un rapport de l'ONG VSO analyse les données provenant de 20 écoles et mettant en évidence certains des obstacles (notamment la pauvreté, les représentations sociales du genre, les mariages et les grossesses précoces) à l'éducation des filles dans les districts de Moroto et de Kotido en Ouganda.
14 octobre 2016 par Pauline Faughnan, VSO
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Lecture : 8 minutes
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Des élèves à l'école de Kabembe en Ouganda - Décembre 2015 Crédit : GPE/Henry Bongyereirwe

En Ouganda, dans les districts de Moroto et Kotido, l’éducation des filles n’est pas une priorité.

À Moroto, seulement 6,4 % des filles achèvent le cycle primaire. Selon le recensement de 2014, il y a à Moroto 23 154 filles âgées de 6 à 12 ans, mais seules 4 786 (soit 20,7 %) d’entre elles sont actuellement scolarisées. D’après les chefs d’établissement, entre janvier 2014 et avril 2015, 445 filles ont décroché du système scolaire à Moroto, et 752 à Kotido.

Dans mon nouveau rapport intitulé From the Ground Up, commandé par VSO; j’ai enquêté pour savoir pourquoi il était si difficile pour ces filles d’aller à l’école.

La pauvreté, principal obstacle à la scolarisation

Les données recueillies auprès de 20 établissements scolaires suggèrent que le principal obstacle à l’éducation des filles est la pauvreté. Contraints par des moyens financiers limités, les parents en difficulté voient en leur fille une source vitale de revenu.

Au lieu d’étudier, leurs filles brassent et vendent de la bière, se rendent en ville pour vendre du charbon de bois, travaillent dans les restaurants, arrachent les mauvaises herbes ou élèvent des animaux. Bref, les familles ne peuvent tout simplement pas se permettre d'envoyer leurs filles à l'école quand des bras supplémentaires peuvent rapporter un peu d’argent.

Les filles sont également forcées à se marier jeunes, question d’avoir un « prix » correct. Les adolescentes sont souvent vendues en mariage en échange de bétail.

À Karamoja, moins les filles sont éduquées, plus le prix de la fiancée est élevé. La meilleure préparation au mariage est donc de rester à la maison et d’aider, plutôt que d’obtenir une éducation à l’école.

Environ 35 % des filles décrochent de l’école pour cause de mariage précoce, et 23 % pour cause de grossesse. Plus de 15 % des femmes mariées âgées de 20 à 49 ans l’ont été avant l’âge de 15 ans, et près de la moitié (soit 49 %) avant 18 ans.

Le taux de grossesse chez les adolescentes est élevé – 24 % pour la moyenne nationale, mais dans certaines régions, 34 % des adolescentes des ménages les plus pauvres sont enceintes, comparé à 16 % des adolescentes issues des ménages plus aisés.

La répartition traditionnelle des rôles entre les sexes empêche la scolarisation des filles

Pauline Faughnan collectant des données sur ce qui empêche les filles d’aller à l'école dans les districts de Moroto et de Kotido en Ouganda. Crédit : VSO

L’éducation des filles n’est pas perçue comme un bon investissement, et le simple achat d’un stylo peut suffire à décourager certains parents d’envoyer leurs filles à l’école. S'il y a de l’argent disponible, c’est le garçon qui bénéficie d’une éducation. Conformément à la tradition locale, une fille peut toujours se marier pour de l’argent.

Une société dominée par les hommes perpétue l’inégalité entre les sexes, et les tâches domestiques, le soin des enfants et des malades sont perçues comme des priorités pour les femmes. Ces tâches sont si chronophages que les filles n’ont plus le temps d’aller à l’école.

De nombreuses écoles ne favorisent pas la scolarisation des filles et ne les encouragent pas à participer. Au mieux, les filles qui vont à l’école sont traitées comme des citoyens de seconde zone, au pire, elles risquent d’être agressées sexuellement.

Avec peu de modèles féminins favorables à l'éducation, il est difficile de rompre un tel cycle de préjudices nuisibles.

Certaines filles tentent d’accomplir toutes leurs tâches et d’aller à l’école, mais elles finissent par travailler le soir et sont si fatiguées le lendemain, qu’elles arrivent en retard à l’école ou sont tout simplement absentes. Contrairement aux garçons, elles n'ont pas le temps de faire leurs devoirs.

L’absentéisme et les devoirs non achevés entraînent des lacunes en termes de connaissances, les filles accumulent du retard et finissent par décrocher. En échec dans leur éducation, elles subissent la pression du mariage. Un cercle vicieux existe également, dans la mesure où il faut travailler pour pouvoir se payer une éducation.

Par ailleurs, la promiscuité est perçue comme une menace, même entre les enseignants et les filles : l’école « corrompt » les élèves filles. Selon une croyance populaire, la plupart des élèves filles « couchent », ce qui fait chuter par conséquent le prix de la fiancée. Ainsi, le milieu scolaire ne peut pas protéger la vertu d'une fille aussi efficacement que son foyer.

Certaines filles persistent dans leur désir d'éducation malgré ces obstacles

Pauline Faughnan collectant des données sur ce qui empêche les filles d’aller à l'école dans les districts de Moroto et de Kotido en Ouganda. Crédit : VSO

Les quelques filles qui ont le temps d’aller à l’école sont confrontées à d’autres difficultés. Les écoles sont souvent éloignées, et il leur faut donc un temps considérable pour s’y rendre à pied. Il y a également la question de la faible qualité de l’enseignement, des salles de classe et des infrastructures inadéquates, du nombre limité de livres et de ressources, du manque de sécurité, du manque de toilettes ou d'eau courante, du moral en berne des enseignants et des faibles performances en termes d'acquis scolaires : rien de tout cela ne favorise une bonne éducation.

Près de trois quarts des chefs d’établissement interrogés ont reconnu que les installations de leur établissement n'étaient pas adéquates pour les filles. Aller à l’école pendant la période de menstruation s’avère particulièrement difficile, car les salles pour se changer, les toilettes et même les portes manquent, ce qui signifie une absence quasi totale d'intimité.

En outre, le manque de lavabos, de savon et de produits sanitaires entraîne une mauvaise hygiène. En l’absence d’installations aussi élémentaires, il est peu surprenant que les filles restent à la maison pendant leurs règles. Compte tenu de telles conditions, il n’est pas non plus étonnant que la performance scolaire des garçons soit supérieure à celle des filles.

Après avoir cerné les principaux domaines à améliorer, VSO travaille aux côtés des partenaires locaux pour transformer l’éducation des filles dans le nord de l’Ouganda.

VSO collabore également avec des écoles et les autorités des districts à Karamoja pour renforcer l’éducation. Les filles et les enseignants que nous avons formés là-bas ont ainsi témoigné d’un traitement plus favorable et inclusif. De nouvelles études montrent que davantage d’efforts sont nécessaires.

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