Népal : comment se portent les élèves 5 ans après le tremblement de terre ?
18 février 2020 par Aya Kibesaki, Global Partnership for Education |
Lecture : 5 minutes
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Dipesh et Matisha sont deux jeunes dont la vie et l'éducation ont été perturbées par les tremblements de terre de 2015. Découvrez où ils vivent désormais et où ils en sont avec leur scolarité.

J'ai rencontré Dipesh pour la première fois en 2015, juste après qu'un séisme de magnitude 7,9 ait frappé le district de Sindhupalchowk au Népal, où il vit.

Sindhupalchowk a été l'une des régions les plus touchées par le tremblement de terre, qui a tué plus de 9 000 personnes. Dipesh avait alors 11 ans. Il en a maintenant 15 et est élève en classe de 5e au lycée Shree Mahendrodaya.

Après avoir vécu dans un refuge de fortune pendant trois ans, Dipesh et sa famille ont emménagé dans leur nouvelle maison, reconstruite avec le soutien financier du gouvernement.

« J'ai réalisé que j'aurais pu mourir. Alors maintenant, j’ai le sentiment de vivre une deuxième vie, d’avoir eu une autre chance de vivre afin de mieux étudier. C'est plus difficile, mais cette pensée me motive. »

Dipesh

Des cadres d’apprentissage toujours changeant

Depuis le tremblement de terre, Dipesh a dû changer plusieurs fois de classe. Tout d'abord, il a fréquenté un centre d'apprentissage de transition (salle de classe temporaire) fait de bambou, bois et bâche, et maintenant son école est un bâtiment de cinq étages qui ne s'est pas effondré après le tremblement de terre certes, mais a bien subi quelques dommages.

Lorsque sa salle de classe actuelle subira des réparations, il devra à nouveau changer de salle de classe, soit pour une autre structure de transition, soit pour le nouveau bâtiment à deux étages capable de résister aux tremblements de terre actuellement en construction.

Malgré tous ces défis, Dipesh est le meilleur élève de sa classe. J'étais extrêmement heureuse de le retrouver dans sa classe quatre ans plus tard, ce d'autant plus que Dipesh est issu d'un milieu défavorisé et qu'à son âge, il n'est pas rare que des garçons travaillent déjà.

Dieu merci, c'est arrivé un samedi. Nous ne pouvons pas imaginer ce qui se serait passé si nous étions en classe à ce moment-là.

Dhruba Lal Shrestha, directeur de l’école
 Carte des parcours de réussite

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Tout comme Dipesh, Matisha est élève dans le district de Sindhupalchowk. Avec sa sœur et sa mère Binita, elles étaient à la maison lorsque le tremblement de terre s’est produit il y a près de cinq ans. Les escaliers et l'arrière de leur maison sont tombés le long de la colline escarpée.

Pris au piège dans la maison, elles ont été secourues par le père de Matisha et ses voisins, qui les ont aidées à sortir de leur maison par la fenêtre.

À l’école de Matisha qui accueillait 1 400 élèves, 44 salles de classe sur 50 ont été détruites.

Mais en un mois, les filles ont pu retourner à l'école dans un centre d'apprentissage temporaire sur le terrain de l'école, un exploit remarquable du gouvernement et des partenaires au développement étant donné l'ampleur de la destruction.

Nous ne nous sentions pas très en sécurité, alors nous avons déménagé et sommes allés vivre là où d'autres personnes s’étaient installées, c’est-à-dire dans un champ tout près. Après quelques semaines, de l'aide a commencé à arriver, nous avons donc eu de la nourriture, puis nous avons commencé à nous demander ce qu'il adviendrait de l'éducation de nos enfants. Rentreraient-ils bientôt à l'école ou non ?

La maman de Matisha
Matisha se tenant sur l'escalier de leur ancienne maison familiale.
Matisha Napit, 15 ans, sur le nouvel escalier de ce qui était le centre de leur maison familiale. Lorsque le séisme s’est produit, Matisha, sa mère Binita et sa sœur Alisha étaient dans la maison. Matisha, alors âgée de 11 ans, a tiré sur la main de sa mère, lui demandant d’aller avec elle aux toilettes à l’extérieur. « Pour une raison quelconque, je l'ai tirée en arrière et lui ai dit de ne pas partir », explique Binita. À ce moment, l'escalier s'est effondré. « Si nous étions sortis, ils se seraient effondrés avec nous dessus. » Chautara, quartier 5, district de Sindhupalchowk au Népal.
PME/Kelley Lynch

Une réponse rapide après le séisme

Depuis les tremblements de terre, le gouvernement du Népal a fait des progrès considérables en fournissant des espaces d'apprentissage à ses élèves. Les deux tremblements de terre qui ont frappé le pays en 2015 ont endommagé plus de 35 000 écoles, laissant 1,5 million d'élèves aux prises avec des difficultés extrêmes pour poursuivre leurs études. Ce qui est remarquable, c'est qu'en dépit du choc et de l'impact sur leurs propres maisons, les familles et les communautés ont réagi si rapidement pour s'assurer que les enfants retournent rapidement à l'école, afin que leur scolarisation ne soit pas perturbée.

En quelques jours, les ingénieurs du gouvernement ont effectué des visites dans les écoles répertoriant ainsi plus de 15 000 écoles qui n'étaient plus sûres. Je me souviens que, bien que le tremblement de terre se soit produit un samedi, lundi, des données sur l'étendue des dégâts ont commencé à arriver des districts, montrant à quel point les gens étaient bien préparés.

Les membres de la communauté ont commencé à construire des centres d'apprentissage temporaires comme salles de classe de fortune. Les partenaires au développement, y compris les ONG, ont soutenu la construction de bon nombre de ces projets, fourni du matériel et un soutien psychosocial.

Une fois les écoles rouvertes, une évaluation plus détaillée de toutes les écoles touchées a été réalisée et le cadre de redressement de celles-ci a identifié 45 000 salles de classe nécessitant des réparations ou des reconstructions.

Avec le soutien de partenaires au développement, le gouvernement s'est engagé à mieux reconstruire en construisant et en modernisant les écoles conformément aux normes parasismiques élaborées après le tremblement de terre et appliquées depuis.

Jusqu'à présent, 6 646 écoles sur 7 500 dans les 14 districts les plus touchés ont été reconstruites pour remplacer des écoles qui n'ont pas pu être réparées.

La construction des écoles restantes prévue pour l'exercice 2019/2020 a commencé.

Intégrer la reprise dans le plan sectoriel

Le plan de développement du secteur scolaire (SSDP) du Népal, qui était en cours d'élaboration lorsque le séisme s’est produit, a été révisé pour refléter les objectifs et les stratégies de reconstruction des écoles et de résilience face aux catastrophes dans le cadre de l'effort global de reconstruction.

Le plan comprend non seulement des objectifs d'atténuation des catastrophes, mais aussi des programmes pour soutenir la résilience des communautés, un élément important car les écoles sont au centre de nombreuses communautés.

Des évaluations structurelles des districts et des écoles non touchés ont été effectuées et la rénovation permettra de minimiser les dommages lors de la prochaine catastrophe. Le programme et les manuels du Népal incluaient déjà les risques de catastrophe tels que les tremblements de terre certes, mais cela sera renforcé.

Conformément aux principes d'un dialogue inclusif et efficace sur les politiques éducatives au sein du gouvernement tel que prôné par le PME, les processus de revues sectorielles conjointes du Népal ont été renforcés au fil des ans.

Les efforts de reconstruction demeurent au menu des discussions au niveau sectoriel, fournissant ainsi aux partenaires de développement des mises à jour régulières sur les efforts de relèvement et de reconstruction après un tremblement de terre.

De nouveaux financements du PME pour soutenir un système éducatif plus solide

Le PME continue de soutenir le Népal et a attribué au pays 24,2 millions de dollars en mars 2019, qui seront versés à un fonds commun avec le gouvernement et 8 autres partenaires au développement. Le financement du PME soutient directement la mise en œuvre du programme gouvernemental, le SSDP, qui vise à améliorer la qualité, l'accès et l'efficacité de l’éducation de la petite enfance, de l'éducation de base et de l’enseignement secondaire, et comprend également la réduction des risques de catastrophe.

Une partie du financement (9,2 millions de dollars) est consacrée à la mise en œuvre régulière du programme et le reste (15 millions de dollars) s’inscrit dans le cadre du fonds à effet multiplicateur du PME, obtenu grâce à un cofinancement supplémentaire de 164 millions de dollars de la Banque asiatique de développement et de 3,5 millions de dollars de USAID. Le financement de la Banque asiatique de développement soutient la réduction des risques de catastrophe et la sécurité scolaire.

Grâce aux efforts du gouvernement et de ses partenaires, le Népal est non seulement dans la phase finale de remise sur pied des dommages et de l'impact de la catastrophe de 2015, mais a également renforcé la résilience de son secteur éducatif. Le pays est maintenant prêt à faire face aux catastrophes naturelles et à veiller à ce que l'éducation ne soit pas perturbée.

Malheureusement, ce n’est pas un luxe car le pays est situé dans l’une des zones sismiques les plus actives du monde et les tremblements de terre ne sont pas une question de « si » mais plutôt une question de « quand ».

Les élèves touchés par le tremblement de terre, comme Dipesh et Matisha, espèrent pouvoir poursuivre leurs études dans une salle de classe sûre et espèrent avoir un avenir meilleur.

Dipesh Nepali, 15 ans, dans sa classe au lycée Shree Mahendrodaya dans le district de Sindhupalchowk au Népal
Malgré les défis, Dipesh est le meilleur de sa classe
Dipesh Nepali, 15 ans, dans sa classe au lycée Shree Mahendrodaya dans le district de Sindhupalchowk au Népal. Quatre ans après le tremblement de terre, et après avoir vécu et étudié dans des structures de fortune, Dipesh est un bon élève et toujours classé premier de sa classe.
Credit: PME/Kelley Lynch
Le centre d'apprentissage temporaire
Le centre d'apprentissage temporaire
Les élèves du lycée Shree Mahendrodaya jouant au football dans la cour devant les centres d'apprentissage temporaires. Derrière, le nouveau bâtiment de l'école (toit rouge) est en construction.
Credit: PME/Kelley Lynch
Dipesh rentrant de l'école
Dipesh rentrant de l'école
Dipesh rentrant de l'école.
Credit: PME/Kelley Lynch
Dipesh à la maison avec sa mère
Dipesh à la maison avec sa mère
La maison familiale, située bien au-dessus du fond de la vallée, a été détruite lors du tremblement de terre de magnitude 7,9 qui a frappé le Népal le 25 avril 2015. Il y a moins d'un an, sa famille a emménagé dans cette nouvelle maison. Elle est plus petite que l’ancienne, mais plus sûre.
Credit: PME/Kelley Lynch
Dipesh faisant ses devoirs dans sa nouvelle maison
Dipesh faisant ses devoirs dans sa nouvelle maison
Dipesh étudie après l'école dans sa nouvelle maison. Sans bureau, il improvise et s'agenouille sur le côté du lit : « J'étudie comme ça parce que j'ai l'impression d'être assis à l'école sur un banc », explique-t-il.
Credit: PME/Kelley Lynch
Une vue de Chautara, lotissement N°5 dans le district de Sindhupalchowk au Népal
Une vue de Chautara, lotissement N°5 dans le district de Sindhupalchowk au Népal
Credit: PME/Kelley Lynch
Construction de nouvelles écoles plus sûres
Construction de nouvelles écoles plus sûres
Le directeur Dhruba Lal Shrestha supervise la construction du nouveau bâtiment de l'école Shree Krishna Ratna à Chautara dans le lotissement N°5 dans le district de Sindhupalchowk au Népal. Sindhupalchowk était parmi les districts les plus durement touchés par le tremblement de terre du 25 avril 2015 ainsi que par la réplique qui s'est produite le 12 mai. L'école, qui comptait plus de 1 400 élèves, a perdu 44 de ses 50 salles de classe. « Dieu merci, c'est arrivé un samedi », a déclaré le directeur de l'école, Dhruba Lal Shrestha. « Nous n’imaginons pas ce qui se serait passé si nous étions en classe à ce moment-là. »
Credit: PME/Kelley Lynch
Un centre d'apprentissage temporaire
Un centre d'apprentissage temporaire
Professeur de mathématiques et élèves de l'école Shree Krishna Ratna de Chautara. Alors que la nouvelle école est « reconstruite en mieux », les élèves ont passé les trois dernières années à étudier dans des salles de classe en tôle ondulée.
Credit: PME/Kelley Lynch
Matisha Napit dans un centre d'apprentissage temporaire
Matisha Napit dans un centre d'apprentissage temporaire
Matisha Napit, à gauche, est en « class 10 » à l'école Shree Krishna Ratna de Chautara dans le lotissement N°5 dans le district de Sindhupalchowk au Népal. « Je serai heureuse de déménager dans la nouvelle école », dit-elle. « Cette école est aérée et il ne fait pas trop chaud, mais quand il pleut, elle est très bruyante et l'eau entre dans les salles de classe. J'ai hâte de fréquenter dans une salle de classe appropriée. »
Credit: PME/Kelley Lynch
Matisha, sa sœur Alisha et leur mère Binita Napit devant leur maison.
Matisha, sa sœur Alisha et leur mère Binita Napit devant leur maison.
Bien que toujours en construction, la famille a pu intégrer sa maison depuis un an. Les escaliers et l'arrière de leur maison étaient tombés sur la colline escarpée pendant le tremblement de terre.
Credit: PME/Kelley Lynch
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