Pas de temps à perdre sur le chemin de l’enseignement primaire et secondaire pour tous
Malgré toutes les promesses, les déclarations et tous les efforts véritables déployés à ce jour, on compte encore environ 262 millions - soit un sur cinq - d'enfants, d'adolescents et de jeunes âgés de 6 à 17 ans qui ne vont pas à l'école.
27 septembre 2018 par Silvia Montoya, UNESCO Institute for Statistics
|
Lecture : 5 minutes
|
Des enfants s'amusant avec une "voiture" fabriquée par eux-même au Libéria. Crédit: GPE/Kelley Lynch
Des enfants s'amusant avec une "voiture" fabriquée par eux-même au Libéria

Ce blog a également été publié par l’ISU

LLes derniers chiffres sur les enfants non scolarisés sont décevants et montrent qu’au mieux, les progrès sont extrêmement lents.

Malgré toutes les promesses et les déclarations, ainsi que les efforts sincères faits jusqu’à ce jour, on dénombre encore près de 262 millions (soit un sur cinq) enfants, adolescents et jeunes âgés de 6 à 17 ans non scolarisés. Ce chiffre atteint malheureusement un enfant sur trois dans les pays les plus pauvres du monde. Pire, les nouvelles données de l’Institut de la Statistique de l’UNESCO (ISU) montrent que les progrès sont au point mort, les taux et les chiffres restant plus au moins au même niveau depuis des années.

Cela n’est pas suffisant. Chaque enfant qui ne va pas en classe représente un potentiel gâché et des opportunités perdues malgré l’engagement mondial à atteindre l’Objectif de développement durable 4 (ODD 4) – un enseignement primaire et secondaire de qualité pour chaque enfant et adolescent d’ici 2030.

Le monde a promis de prendre le problème à bras le corps, et cette semaine l’Assemblée générale des Nations unies à New York est l’occasion de le faire pour les gouvernements réunis.

Total mondial d'enfants, d'adolescents et de jeunes non scolarisés

Les nouvelles données de l’ISU sur l’ODD 4

Les derniers chiffres proviennent de la publication annuelle de l’ISU sur les données relatives aux avancées sur la voie de l’ODD 4, qui couvre 32 indicateurs mondiaux et thématiques. L’ISU vient de mettre à jour sa base de données mondiales sur l’éducation pour l’année scolaire achevée en 2017, qui comprend des séries chronologiques historiques, des moyennes régionales et des indicateurs sur un ensemble de questions politiques clés liées à l’accès à l’école, la participation scolaire et l’achèvement par niveau d’études, acquis scolaires, équité, enseignants et financement de l’éducation.

Le tableau est alarmant. Si de nombreux pays ont fait d'impressionnants progrès pour éliminer les obstacles à l’éducation au fil des ans, 64 millions d’enfants en âge de fréquenter le primaire (soit entre 6 et 11 ans) demeurent non scolarisés, tout comme 61 millions d'adolescents en âge de fréquenter le premier cycle du secondaire (soit entre 12 et 14 ans) et 138 millions de jeunes en âge d'être scolarisés au deuxième cycle du secondaire (c’est-à-dire un sur trois entre 15 et 17 ans).

On remarque là un véritable enflement de la pénurie d’éducation, les jeunes ayant quatre fois plus de risques de ne pas être scolarisés que les enfants en âge de fréquenter le primaire, et plus de deux fois plus que les jeunes en âge d’être scolarisés au premier cycle du secondaire – une augmentation qui n'a pas diminué au cours de l’année écoulée.

Taux mondial d'enfants non scolarisés par groupe d’âge et par sexe

Une fois de plus, l’Afrique subsaharienne affiche les chiffres les plus élevés en matière d'enfants et de jeunes non scolarisés. La région compte ainsi encore plus de la moitié (34 millions) des 64 millions d’enfants en âge de fréquenter le primaire et non scolarisés. L’Asie du Sud affiche le deuxième chiffre le plus élevé en matière d’enfants non scolarisés, soit 12 millions.

Les obstacles auxquels sont confrontées les filles en Afrique subsaharienne

Les filles rencontrent encore des obstacles en matière d’éducation dans la plupart des régions, et particulièrement en Afrique subsaharienne, où quel que soit leur âge, elles risquent davantage que les garçons d'être exclues de l’éducation. Pour cent garçons en âge de fréquenter le primaire et non scolarisés, 123 filles se voient nier leur droit à l'éducation.

Ce déni d’éducation continue d’être lié à la richesse, avec de graves écarts continus en matière de taux de non scolarisation entre les pays les plus riches et les pays plus pauvres du monde. Ces écarts apparaissent au cycle primaire, avec quasiment tous les enfants scolarisés en primaire dans les pays les plus riches du monde, et seulement 80 % dans les pays les plus pauvres. Et ils augmentent avec l’âge : 60 % des jeunes en âge de fréquenter le deuxième cycle du secondaire ne sont pas scolarisés dans les pays les plus pauvres, contre seulement 6 % dans les pays les plus riches.

Simultanément, certains problèmes persistent en matière d’acquis scolaires, un enfant ou adolescent sur six (dont la plupart va en classe) n’atteignant pas le niveau de compétence minimal en lecture et en mathématiques. Le manque d’accès associé aux faibles résultats de l’apprentissage perpétue la non scolarisation.

S’il faut veiller à ce que chaque enfant ait accès à l’école, il y a également un besoin urgent de garantir une éducation de qualité à chaque enfant, avec à l’appui, les meilleures données possibles en matière d’acquis scolaires.

Travailler ensemble à produire des données sur l’accès et l’apprentissage plus nombreuses et de meilleure qualité

Il y a toutefois une bonne nouvelle : les données arrivent enfin avec le travail effectué grâce à l’Alliance mondiale pour la mesure de l’apprentissage (GAML), qui se réunira le mois prochain à Hambourg. Au mois de novembre, les pays, les bailleurs et les partenaires du Groupe de coopération technique GCT) se réuniront à Mexico afin de poursuivre leur examen des indicateurs de l’ODD 4 et de leur état.

L’ISU travaille sans relâche à l’amélioration de l’exactitude de ces données. Par exemple, les estimations actuelles sur le nombre d’enfants non scolarisés comprennent tous les enfants en âge de fréquenter le primaire et non-inscrits à l’école primaire. Dans certains pays, les parents peuvent cependant choisir de maintenir leur enfant pour un an ou deux de plus dans un centre préscolaire, or ces enfants sont actuellement comptabilisés comme non scolarisés. S'il s’agit là d’un problème pour les économies plus développées ayant des systèmes préscolaires robustes, l’ISU étudie l’impact potentiel sur les données et les modifications possibles en termes de méthodologie dans un document analytique à paraître avec le Rapport mondial de suivi sur l’éducation.

L’alarme a été sonnée de nombreuses fois, chaque nouvelle publication des données sur les enfants non scolarisés de ces dernières années confirmant à nouveau un manque d’élan. Si nous ne nous saisissons pas sérieusement du problème pour atteindre cet objectif réaliste, le monde risque d’échouer à l'une de ses promesses les plus essentielles, à savoir offrir un enseignement primaire et secondaire à tous les enfants dans les douze années à venir. Il serait tragique de rater cette échéance et de voir de nouvelles générations d’enfants privés d’une éducation.

Remarques : IAPS = indice ajusté de parité entre les sexes (taux de non scolarisation filles/garçons).

Laisser un commentaire ou
Enfants non scolarisés

Derniers blogs

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas divulguée. Tous les champs sont requis

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.

Texte brut

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
  • Global and entity tokens are replaced with their values. Explorer les jetons disponibles.