3 recommandations pour un enseignement à distance intégrant la notion de genre lors des futures perturbations scolaires dues à la COVID-19

La COVID-19 étant sur le point de perturber une troisième année scolaire consécutive, comment les gouvernements et les professionnels de l'éducation peuvent-ils améliorer l'apprentissage à distance quand et où les écoles sont fermées ? Comment la crise sanitaire affecte-t-elle l'éducation des filles et que suggèrent la recherche comme meilleurs moyens d'éduquer les filles dans les pays à faible revenu dans des moments comme celui-ci ?

16 septembre 2021 par Christina Kwauk, Dana Schmidt, Echidna Giving, et Erin Ganju, Echidna Giving
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Lecture : 5 minutes
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Des élèves en rang dans la cour de l'école de Miritini dans le comté de Mombasa au Kenya en avril 2017. Crédit : GPE/Kelley Lynch
Des élèves en rang dans la cour de l'école de Miritini dans le comté de Mombasa au Kenya en avril 2017.
Credit: Crédit : GPE/Kelley Lynch

Tous les liens dans cet article renvoient à des ressources originales en anglais.

La pandémie de COVID-19 est en passe de perturber une troisième année scolaire consécutive. La perspective d'une fermeture continue des écoles a renforcé les inquiétudes concernant les pertes d'apprentissage, en particulier pour les filles les plus vulnérables et les plus difficiles à atteindre. Comment les gouvernements et les praticiens de l'éducation peuvent-ils améliorer l'apprentissage à distance lorsque les écoles sont fermées ?

Nous avons examiné des preuves émergentes, notamment sur la base de plusieurs recherches sur les plans de riposte à la pandémie de COVID-19 financés par Echidna Giving, un bailleur de fonds privé qui soutient les meilleurs moyens d’éduquer les filles dans les pays à faible revenu. Nous sommes arrivés à trois conclusions :

  1. Concevoir des stratégies pour recenser et atteindre les élèves qui sont le moins à même de s'engager à distance ;
  2. Privilégier les solutions d'apprentissage à distance nécessitant l’usage de peu ou pas de technologie ;
  3. Mettre l'accent sur la sensibilisation personnalisée et l'interaction en face à face, en particulier pour les personnes les plus difficiles à atteindre.

Voici pourquoi :

L'apprentissage à distance est un défi aussi bien pour les filles que pour les garçons.

Les élèves passent beaucoup moins de temps à apprendre à distance que lorsque les écoles sont ouvertes - environ 5,7 heures de moins par jour en Afrique occidentale et centrale. Ce phénomène s’explique en partie par le faible accès à la technologie.

Une enquête menée auprès de plus de 1 000 adolescents, filles et garçons, à Wajir, au Kenya, a révélé que seuls 20 % des adolescents possèdent un téléphone portable. En Ouganda, 35 % des ménages ne possèdent pas de radio.

Les familles peuvent également ne pas être au courant des possibilités d'apprentissage à distance et/ou ne pas avoir le temps d'aider les enfants à accéder à ces possibilités.

Au Pakistan, alors que 60 % des ménages interrogés possédaient une télévision, seul un tiers des enfants de ces familles regardaient réellement les programmes d’enseignement et d’apprentissage par la télé proposés par le gouvernement. En Afrique occidentale et centrale, 42,9 % des ménages interrogés avaient accès à Internet, mais moins d'un quart des enfants de ces ménages ont utilisé Internet pour l'apprentissage à distance.

Là où l'apprentissage à distance est pratiqué, les craintes initiales selon lesquelles il serait beaucoup plus difficile pour les filles que pour les garçons ont été partiellement dissipées.

Une étude menée au Pakistan suggère que les filles effectuent plus d'heures d'apprentissage à distance que les garçons (environ 0,3 heure de plus par jour, en moyenne).

Au Ghana, au Libéria et en Sierra Leone, les parents sont plus nombreux à faire la lecture à leurs filles (40 %) et à leur parler de l'école (63 %) pendant leur période de fermeture qu'à leurs fils (28 % et 53 %, respectivement).

Abramala Ruhainatu, 14 ans et élève au collège de Gbimsi à Savelugu, une ville située dans le nord du Ghana. Mai 2016. Crédit : GPE/Stephan Bachenheimer
Abramala Ruhainatu, 14 ans et élève au collège de Gbimsi à Savelugu, une ville située dans le nord du Ghana. Mai 2016.
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GPE/Stephan Bachenheimer

Cependant, les exigences liées au genre sur le temps des filles sont préjudiciables à l'apprentissage à distance, en particulier pour les adolescentes.

Des études menées au Kenya et dans d'autres pays d'Afrique de l'Est montrent que les adolescentes sont moins engagées dans l'apprentissage à distance que leurs homologues masculins. Dans certains cas, les garçons font une heure supplémentaire d'apprentissage à distance.

Au Kenya, jusqu'à 74 % des adolescentes, contre 46 % des adolescents, ont déclaré que les tâches ménagères les distrayaient de l'apprentissage à distance. Cependant, 13 % des garçons ont déclaré que les activités génératrices de revenus constituaient une distraction, contre seulement 9 % des filles.

Les normes de genre peuvent avoir un effet plus prononcé sur le temps des adolescentes plus âgées. Dans une étude sur l'impact de la pandémie après les trois premiers mois de fermeture des écoles au Kenya, les chercheurs ont constaté que plus de 95 % des adolescentes plus âgées (ayant entre 15 et 19 ans), avaient étudié à la maison, contre 100 % des adolescentes plus jeunes (celles âgées de 10 à 14 ans).

Les décideurs et les praticiens ont besoin d'une vue d’ensemble par sexe et par âge pour comprendre les obstacles à l'apprentissage à distance et pour mieux adapter leur réponse aux différents sous-groupes d'apprenants.

De même, la participation des filles et des garçons à l'apprentissage à distance doit également être suivie dans le temps. Les données recueillies au Pakistan à trois moments différents de la pandémie montrent que le temps consacré à l'apprentissage peut fluctuer au fil des vagues de COVID-19 et des cycles de fermeture des écoles. Des résultats similaires ont été observés au Kenya aussi.

Des approches « low-tech » utilisant les SMS et les appels téléphoniques peuvent être des moyens rentables d'atténuer la perte d'apprentissage.

Au Botswana et au Népal, des essais contrôlés randomisés ont montré que l'envoi de problèmes de mathématiques par SMS aux parents pour que leurs enfants élèves dans des écoles primaires les résolvent, en plus des appels téléphoniques de 15 à 20 minutes des enseignants pour discuter des problèmes, peut améliorer les résultats d'apprentissage des élèves de manière équivalente à une année complète de scolarité corrigée en fonction de l'apprentissage par 100 dollars US dépensés.

Ils ont constaté que les effets étaient les mêmes pour les filles et pour les garçons.

Bien que nous ne sachions pas si des effets similaires pourraient être observés chez les adolescents, une telle intervention suggère que de simples coups de pouce à travers des approches nécessitant peu de technologie peuvent contribuer à renforcer l’apprentissage des élèves, en particulier les filles, en stimulant notamment leurs capacités scolaires et en leur rappelant qu’ils restent des élèves et ainsi maintenir leur intérêt pour l'apprentissage.

Un enseignant en pleine séance de travail avec son élève à l'école Shree Krishna Ratna à Chautara dans le quartier 5 du district de Sindhupalchowk au Népal. juin 2019. Crédit : GPE/Kelley Lynch
Un enseignant en pleine séance de travail avec son élève à l'école Shree Krishna Ratna à Chautara dans le quartier 5 du district de Sindhupalchowk au Népal. juin 2019.
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GPE/Kelley Lynch

L'accès aux technologies n'est que la partie émergée de l'iceberg lorsqu'il s'agit de comprendre les obstacles à l'apprentissage à distance et à l'engagement des filles pendant la pandémie.

Les filles n'ont pas bénéficié d'un soutien suffisant de la part des enseignants pour s'adapter aux méthodes d'apprentissage à distance, pendant la crise sanitaire. Il existe plein de distractions à la maison qui rendent les études difficiles : elles sont bruyantes, bondées et on exige des filles qu’elles s’occupent des autres membres de la famille et des tâches ménagères.

Il n'est donc pas étonnant que les adolescentes déclarent des niveaux élevés d'anxiété scolaire, des symptômes de dépression et une baisse de motivation pour poursuivre leur apprentissage. Dans ces circonstances, les adolescentes risquent davantage de ne pas retourner à l’école lors de la réouverture des écoles.

Pour les filles les plus vulnérables, que même le recours à des technologies « low tech » ne permettrait pas d’atteindre, des témoignages montrent l'importance des visites à domicile par des mentors et des clubs de filles pour celles étant socialement éloignées.

Les organisations communautaires, dont les opérations sur le terrain n'ont pas été totalement entravées par les blocages liés à la pandémie, ont imprimé et remis en main propre du matériel d'apprentissage et des fournitures de base comme des produits d'hygiène menstruelle.

Elles ont apporté un soutien psychosocial et scolaire ainsi que des conseils à certaines des filles les plus difficiles à atteindre. Bien que l'impact de ces efforts ne soit pas encore clair, les premiers résultats montrent que les mentors jouent un rôle essentiel pour les adolescentes qui souhaitent aller à l'école et réaliser leurs aspirations scolaires.

La fermeture prolongée des écoles a eu des effets dévastateurs sur les élèves. Alors que nous sommes confrontés à la perspective de nouvelles perturbations scolaires liées à la pandémie cette année encore, le moins que nous puissions faire est d'appliquer les leçons tirées de ces fermetures - et tenir compte des recommandations exprimées par les adolescentes en Inde, en Afrique de l'Est et ailleurs - afin de limiter les pertes d'apprentissage

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