Comment réaliser l’égalité entre les sexes dans et à travers l’éducation ?
Atteindre l’égalité des sexes dans et à travers l’éducation ne se limite pas à accroître l’offre en matière d’éducation des filles et espérer que cela corrigera cette injustice sociale. Des réformes susceptibles d’entraîner un changement institutionnel profond doivent être initiées au niveau des systèmes. Cela est essentiel à l'atteinte de l'ODD 4.
25 septembre 2019 par Jane Davies, Global Partnership for Education Secretariat|
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Des élèves dans leur salle de classe dans une école à Madagascar.
CREDIT: GPE/Carine Durand

Ce blog est le dernier d’une série de six portant sur les Documents de consultation du KIX commandés par le Secrétariat du PME, dans le but d’éclairer la conception et la mise en œuvre du mécanisme de Partage de connaissances et d’innovations du PME (KIX). Cet article met en lumière les résultats thématiques pertinents du Rapport sur les résultats de 2019 et les informations fournies par les évaluations réalisées au niveau des pays.

Atteindre l’égalité des sexes dans et par l’éducation est au cœur du programme des droits de l’homme. Cela est également essentiel à la réalisation du Programme pour un développement durable à l’horizon 2030.

Investir dans l’éducation des filles, notamment des adolescentes et surtout celles vivant dans des situations de crise ou de conflit, s’avère nécessaire si l’on souhaite réaliser tous les objectifs de développement durable.

Certes, des progrès ont été enregistrés ces dernières années dans la réduction de l’écart entre les sexes en matière d’accès et d’apprentissage, mais des disparités importantes subsistent en ce qui concerne les possibilités et les résultats obtenus en matière d’éducation au sein des pays, des régions et des groupes.

Ces disparités ont des liens avec d’autres aspects de ce désavantage, tels que la pauvreté, l’appartenance ethnique, le handicap et la situation géographique, et favorisent la marginalisation des filles dans le secteur de l’éducation, des résultats inégaux en matière de santé, une vulnérabilité à la violence sexiste en milieu scolaire et des possibilités limitées d’autonomisation après leurs études.

Les disparités sont encore plus exacerbées dans les zones touchées par un conflit, où les filles ont deux fois et demie moins de chances d'être scolarisées que les garçons.

C’est pourquoi l’égalité des sexes est une des priorités du PME. Le nouveau mécanisme de Partage de connaissances et d’innovations (KIX) constitue un moyen puissant de faire progresser l’égalité des sexes dans et par l’éducation. Bien que l’égalité des sexes soit un domaine d’intervention prioritaire du KIX, il s’agit également d’un thème transversal à l’ensemble du portefeuille du KIX.

Le PME soutient une planification du secteur de l'éducation intégrant la notion de genre

De nombreux pays en développement partenaires du PME prennent des mesures visant à promouvoir l'égalité des sexes dans leurs plans sectoriels de l'éducation, notamment en augmentant les possibilités d'éducation des filles.

La Revue du portefeuille 2018 du PME montre que l’égalité des sexes est le thème principal en matière d’équité dans les financements pour la mise en œuvre de plans sectoriels de l’éducation en cours : en 2018, 60 millions de dollars ont été alloués à des activités axées sur la promotion de l’égalité des sexes.1

L’intégration d’indicateurs ventilés par sexe dans les cadres de suivi et d’évaluation, ou l’introduction d’une approche sexospécifique dans la collecte de données statistiques, contribue également à rendre compte de ces progrès.

La clé pour un changement profond consiste à veiller à ce que l’égalité des sexes soit intégrée dans le schéma directeur de l’éducation d’un pays, le plan national du secteur de l’éducation. Le partenariat entre le PME et l’Initiative des Nations Unies pour l’éducation des filles (UNGEI) a permis d’œuvrer en faveur de ce programme grâce à une série d’ateliers régionaux sur la planification sectorielle de l’éducation tenant compte de la problématique de l’égalité des sexes, avec l’appui de partenaires tels que Plan International, l’IIPE-UNESCO, le FAWE, l’Union africaine/CIEFFA et ANCEFA.

Ayant déjà été mise en œuvre dans 26 pays à ce jour, cette approche a récemment été adoptée par les dirigeants des pays du G7, sous la présidence française, dans le cadre de l'Initiative « Priorité à l’égalité », avec l'appui technique du PME et d'autres partenaires.

Les cadres de politique et de résultats du PME guident et suivent les progrès accomplis en matière d’égalité des sexes

La Politique et la stratégie sur l’égalité entre les sexes 2016-2020 du PME souligne le rôle central de l’intégration de la problématique de l’égalité des sexes dans l’ensemble de ses travaux.

Pour mesurer les progrès, le cadre de résultats du PME dispose de deux indicateurs spécifiques à la parité entre les sexes en matière d'achèvement du primaire et du premier cycle du secondaire et des taux de non-scolarisation des enfants en âge d’être inscrits dans le primaire et le premier cycle du secondaire. Un troisième indicateur évalue la manière dont les plans sectoriels de l’éducation abordent les questions d’équité de manière plus large, notamment l’égalité entre les sexes. Les indicateurs sont également ventilés par sexe, lorsque cela est pertinent.

Selon le Rapport sur les résultats 2019 du PME, des progrès significatifs ont été accomplis, mais il reste encore beaucoup à faire pour combler les écarts persistants en matière de disparité entre les sexes. Le rapport indique notamment que la parité entre les filles et les garçons qui achèvent leurs études s'améliore certes, mais reste incertaine au premier cycle de l'enseignement secondaire.

Une synthèse des évaluations en cours au niveau des pays indique que la plupart des pays ont amélioré les mesures fondamentales visant à renforcer l’égalité des sexes dans l’accès à l’éducation et elle rend également compte de changements positifs dans la parité entre les sexes pour les taux de scolarisation et d’abandon au primaire. Cependant, l’analyse était moins claire en termes d’améliorations de la qualité et des aspects au niveau du système.

Biens publics à disposition pour améliorer l'égalité et les écarts entre les sexes

Outre le Guide pour l’élaboration de plans sectoriels de l’éducation favorisant l’égalité des sexes (GRESP), un certain nombre d’autres biens mondiaux disponibles aident à renforcer l’égalité des sexes dans et par l’éducation.

Ils comprennent des cadres politiques au niveau mondial, tels que la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW), et des stratégies régionales, telles que la Stratégie pour l'égalité des sexes dans l'éducation continentale en Afrique, ainsi que dans les pays du Commonwealth et du G7.

Même si de nombreuses recherches sont disponibles sur les inégalités entre les sexes en matière d'accès, de participation et d'apprentissage à l’école, une attention moindre a été portée aux interventions qui se sont avérées efficaces au niveau des systèmes. En outre, la recherche est restée centrée sur un public académique plutôt que sur un auditoire politique.

Il existe des éléments d’analyse fondée sur des éléments concrets limitée, et parfois contradictoires qui examinent l’ensemble des interventions visant à améliorer les systèmes éducatifs et ce qui fonctionne dans des contextes spécifiques, notamment dans les pays touchés par la fragilité et les conflits.

Les mécanismes de mise en réseau, de rassemblement et de coordination incluent UNGEI, FAWE, GENIE, le groupe régional de coordination dirigé par l’UNESCO pour l’égalité des sexes et une éducation inclusive en Afrique de l’Ouest et centrale, et le Centre international pour l’éducation des filles et des femmes en Afrique (UA/CIEFFA) de l’Union africaine. Cependant, il existe peu d’occasions pour les décideurs politiques, praticiens et chercheurs de partager leurs expériences sur la manière dont l’égalité des sexes dans l’éducation peut être entravée ou facilitée dans leur propre contexte.

L’écart en matière de renforcement des capacités et d’apprentissage entre pairs aux niveaux mondial et national est considérable, et le nombre de personnes expertes en matière de genre est limité, avec des possibilités limitées d’apprentissage entre pairs et de partage d’expérience dans les forums et ateliers régionaux et multinationaux.

Bien que les innovations qui existent tendent à réduire l'inégalité en matière d'accès et de qualité de l'éducation des filles, il est nécessaire de mieux comprendre comment des innovations spécifiques ont conduit à un changement institutionnel et quels facteurs contextuels ou autres ont contribué à, ou ont entravé, l'utilisation réussie dans les systèmes gouvernementaux de solutions durables pour lutter contre les inégalités liées aux questions de genre.

Le KIX se concentre sur le changement au niveau des systèmes

Le document de consultation du KIX sur la réalisation de l'égalité des sexes dans et par l'éducation présente les difficultés, les biens publics mondiaux disponibles, et met en évidence les lacunes et les possibilités. Il détaille trois opportunités majeures que le KIX peut saisir pour apporter un changement dans les systèmes éducatifs :

  1. Générer des connaissances et renforcer les données et la recherche
  2. La base de données factuelles existante est limitée, notamment en ce qui concerne les spécificités contextuelles. Si de grands programmes ont été élaborés sur « ce qui fonctionne », ils reposent sur de petites études dans quelques pays et portent sur l’enseignement primaire. La base de données factuelles des politiques au niveau national peut être renforcée par des investissements mondiaux et régionaux visant à déterminer quels ensembles d’interventions en faveur de l’égalité des sexes dans l’éducation appuient le plus efficacement la mise en place de systèmes intégrant la notion de genre.

    Les activités potentielles dans ce domaine comprennent des études portant sur plusieurs pays avec des données comparatives permettant d’enquêter sur la relation entre les interventions et les systèmes dans divers contextes régionaux, notamment les environnements touchés par la fragilité et les conflits.

  3. Renforcer les capacités à travers les échanges de connaissances, la formation et l'apprentissage systématiques entre pairs
  4. S'appuyant sur des éléments concrets solides, le renforcement des capacités pour améliorer l'analyse, la planification, la budgétisation et la mise en œuvre sectorielles tenant compte de l’égalité des sexes pourrait accélérer les progrès, en particulier dans les contextes où les besoins sont les plus importants.

    Des pistes pourraient être explorées pour développer des plateformes mondiales et régionales qui promeuvent le leadership en matière de genre, fournissent des opportunités de réflexion critique sur la recherche et les éléments concrets relatifs au genre, et créent une demande pour une analyse plus approfondie.

    Les possibilités pour aider les pays en développement partenaires à suivre la mise en œuvre de leurs plans et à renforcer la responsabilisation, ceci en vue de respecter leurs engagements en matière d'égalité des sexes pourraient être étudiées.

    Les investissements pourraient également inclure la mise au point d’outils et de paramètres permettant d’évaluer la capacité institutionnelle en matière d’égalité des sexes et d’en mesurer les résultats.

  5. Innover pour changer les systèmes
  6. Nous devons approfondir nos recherches sur les innovations existantes et leurs liens avec la réforme du système. Les innovations peuvent souvent être utiles et produire des avantages pour des bénéficiaires spécifiques dans des contextes de niche, mais elles peuvent rester des interventions isolées qui ne sont ni mises à l’échelle ni institutionnalisées dans le système.

    Ce flux d’investissement chercherait à identifier les innovations prometteuses et à examiner leur pertinence pour une mise à l’échelle et une institutionnalisation. Dans les cas où le passage à une plus grande échelle dans le système élargi porterait ses fruits, on examinerait les facteurs clés à la base de cette réussite.

    Étant donné que l'appel à propositions dans le cadre de l'appel à projet à l'échelle mondiale du KIX court jusqu'au 1er octobre - et celui des propositions au niveau régional jusqu'en avril/mai 2020 -, nous sommes impatients de voir la manière dont les investissements du KIX offriront des possibilités pour un développement concret des capacités, un soutien à la recherche et des pratiques innovantes visant à aider les pays à réaliser une plus grande égalité entre les sexes dans leurs systèmes éducatifs pour un monde plus équitable.

    En outre, les centres régionaux du KIX fourniront aux pays la possibilité d’apprendre de leurs pairs sur les approches novatrices permettant de respecter leurs engagements en matière d’égalité entre les sexes et de veiller à ce que tous les enfants, filles comme garçons, puissent bénéficier de leurs droits à une éducation de qualité et puissent jouir pleinement des bénéfices que l'éducation apporte.

Ce blog s’appuie sur le document du KIX intitulé « Réaliser l’égalité des sexes dans et par l’éducation » rédigé par Elaine Unterhalter, professeure en éducation et développement international à l’Institut d’Éducation de l’University College de Londres.

Lire les autres blogs de cette série :

  1. Les approches du PME pour renforcer l'éducation et la protection de la petite enfance
  2. Renforcer les systèmes de données en investissant dans la connaissance et l'innovation
  3. Améliorer les systèmes d'évaluation de l'apprentissage pour améliorer la qualité de l'éducation
  4. Ce que nous devons savoir et faire pour rendre l'éducation plus juste et plus inclusive
  5. La crise de l'enseignement est une crise de l’apprentissage
  1. Il se peut que d’autres activités tenant compte de la problématique de l’égalité des sexes, telles que la formation des enseignants intégrant la notion de genre, ou des toilettes séparées pour les filles et les garçons, ne soient pas inclues dans ce chiff
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