COP27 et mouvement pour l’éducation : les cinq points à retenir

Avec des liens clairement établis entre l'éducation et la protection de l’environnement, le potentiel de l'éducation pour assurer la durabilité et atténuer les impacts du changement climatique est indéniable. 5 points clés à retenir de la COP27 pour la communauté éducative.

22 novembre 2022 par Sarah Beardmore, GPE Secretariat
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Lecture : 6 minutes
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Crédit : GPE/Sarah Beardmore
Credit: GPE/Sarah Beardmore

Alors que la première édition africaine de la Conférence des Parties (COP) à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) prend fin à Charm el-Cheikh, le monde retient son souffle pour savoir si la « COP de la mise en œuvre » débouchera sur des actions concrètes qui permettront de limiter le réchauffement en dessous de 1,5 degré.

Alors que 165 pays n’ont toujours pas présenté de nouvelles contributions déterminées au niveau national pour atteindre cet objectif malgré les engagements pris l’année dernière à Glasgow et que les négociations s’enlisent en ce dernier jour, de nombreux doutes planent sur les perspectives de progrès.

L’espoir reste néanmoins permis. Car ce qui m’a profondément marquée pendant cette COP27, c’est l’immense mouvement en faveur du changement qui monte de la base et qui continue à faire pression sur les gouvernements pour qu’ils agissent, mais aussi à prendre les choses en main — de la réduction des émissions à la restauration des écosystèmes en passant par la mobilisation des jeunes.

La possibilité que l’éducation joue un rôle beaucoup plus important à l’avenir est également prometteuse. Voici donc les cinq principaux enseignements que la communauté éducative peut tirer de cette COP :

1. L’éducation gagne en importance au-delà du programme d'action pour l’autonomisation climatique

Bien que l’éducation ait été mentionnée dans les négociations officielles de la COP au moins 32 fois depuis 1998, cette question a été essentiellement traitée dans le cadre du programme d'action pour l’autonomisation climatique.

Ce programme a pour objectif général de donner à tous les membres de la société les moyens de participer à l’action climatique, dans le cadre de ses six composantes : l’éducation et la sensibilisation du public au changement climatique, la formation, la participation du public, l’accès du public à l’information et la coopération internationale sur ces enjeux.

Il a certes permis d’attirer l’attention sur le besoin impératif de changer les mentalités et les comportements pour atteindre les objectifs d’atténuation des émissions et d’adaptation au changement climatique, mais l’éducation ne remplit pas encore le rôle moteur et en première ligne qu'elle pourrait jouer dans la recherche de solutions systémiques aux crises climatiques et environnementales.

La COP27 a toutefois été marquée par la toute première « plateforme pour l'alphabétisation climatique », avec des évènements quotidiens sur l’éducation, en plus d’une multitude d'évènements proposés dans le cadre officiel ou en marge de la conférence.

La réunion inaugurale du Partenariat pour une éducation verte de l’UNESCO, tenue le 10 novembre, témoigne également d’une dynamique croissante au sein de la communauté éducative en faveur d’un examen plus complet des moyens à mettre en œuvre pour accélérer la mobilisation de l'éducation face à l’urgence climatique.

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Sarah Beardmore s'exprimant lors du panel de discussion sur "L'innovation politique menée par les femmes pour l'action climatique : les leçons du monde de l'eau et de l'assainissement" à la COP27.
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2. On assiste à une montée en puissance des innovations en matière d’éducation climatique

Même si la conférence a donné lieu à pléthore de tables rondes, stands, évènements et discours, il ne fait aucun doute que l’innovation et l’action locale connaissent un immense dynamisme dans le monde entier.

J’ai eu l’honneur de participer à un débat avec l’équipe de Earthday dédiée à l'éducation et d'en savoir plus sur ses réalisations en Ouganda, au Zimbabwe, en Indie et en Tanzanie grâce à des actions citoyennes dans les écoles, les universités et les communautés.

J’ai pris part à une table ronde avec Brenda Mwale, directrice des opérations de la Green Girls Platform qui a présenté le travail réalisé par l’organisation au Malawi afin de renforcer la place des jeunes filles et des femmes dans la gestion des effets du changement climatique et leur participation à des actions d’adaptation et d’atténuation au niveau local.

L'Office for Climate Education, créé il y a tout juste cinq ans, gagne en influence en promouvant l’intégration de l’éducation climatique dans les programmes scolaires, selon des approches éducatives élaborées à partir des données scientifiques des rapports du GIEC et adaptées à chaque pays. Le manque de cohésion de ces efforts a toutefois été noté, tout comme la difficulté de savoir où trouver des ressources et informations, et comment partager les bonnes pratiques, collaborer les uns avec les autres et travailler avec les responsables nationaux qui peuvent transposer ces efforts à plus grande échelle.

Le lancement de la Coalition for Climate Education pourrait être un pas décisif dans la bonne direction, alors que les jeunes s’attèlent à la tâche — elle rassemble déjà plus de 100 organisations et militants engagés dans la défense de l’éducation climatique. Ainsi, quel que soit l’état des négociations intergouvernementales, des actions sont menées chaque jour dans le monde tandis que le mouvement de l’éducation climatique se renforce.

3. Si les gouvernements sont conscients de la valeur de l’éducation et de la collaboration intersectorielle, les coûts de l’adaptation sont élevés

Lors de mes échanges avec des représentants des gouvernements de la Tanzanie, du Malawi, du Zimbabwe et du Nigéria, j’ai été frappée par l’importance catégorique qu’ils attachent à l’éducation en tant qu’élément essentiel des stratégies climatiques.

Même si certains pays continuent d’investir davantage dans les subventions aux combustibles fossiles que dans l’éducation, dans d’autres, le rôle essentiel de l’éducation est déjà largement reconnu dans les contributions déterminées au niveau national, les plans d’adaptation nationaux ainsi que dans la politique et la législation nationales en matière d’éducation climatique.

L’éducation est non seulement considérée comme un vecteur essentiel de la transition vers des économies plus vertes, mais aussi comme un secteur important pour la résilience des populations locales, alors même que l’éducation est vulnérable aux impacts croissants du changement climatique.

Parce que les écoles desservent presque toutes les communautés dans toutes les régions de tous les pays du monde, le potentiel de l’éducation pour stimuler l’action et la résilience à l’échelle planétaire est de plus en plus reconnu.

Il n’en reste pas moins que, dans les pays à faible revenu, les pressions cumulées de la contraction économique, de l’augmentation des prix des denrées alimentaires et des carburants et de la flambée de la dette freinent le rythme et réduisent l’ampleur des mesures nécessaires pour exploiter ce potentiel. Selon le PNUE, les coûts annuels d’adaptation dans les pays en développement s’élèveraient actuellement à 70 milliards de dollars et atteindront jusqu’à 300 milliards en 2030.

Vue de quelques pavillons accueillant les activités de la COP27. Crédit : GPE/Sarah Beardmore
Vue de quelques pavillons accueillant les activités de la COP27.
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GPE/Sarah Beardmore

4. Il existe un énorme potentiel d’investissements intersectoriels entre les fonds pour l’éducation et le climat

Toutes les discussions avec les pays partenaires ont fait apparaître clairement le besoin urgent de financements — pour l’adaptation afin de pouvoir mieux résister aux chocs environnementaux, mais aussi pour les pertes et les préjudices inévitables qu’ils subissent.

Des progrès ont été enregistrés lors de la COP27 concernant l’aide financière en faveur des pays les plus durement touchés, y compris des engagements concernant les pertes et dommages et pour un nouveau bouclier mondial contre les risques climatiques, mais ces efforts sont encore loin des milliards nécessaires.

Dans l’ensemble, les fonds climatiques n’ont alloué qu’une petite fraction des ressources disponibles aux pays à faible revenu, et encore moins à l’adaptation, aux enfants ou à l’éducation. De fait, seulement 0,03 % de tous les financements climatiques (estimés à 540 milliards de dollars en 2018) seraient investis dans l’éducation. Cela pourrait toutefois changer.

Lors d’une session parallèle organisée par Save the Children, Jerry Velasquez, du Fonds vert pour le climat, a interpelé la communauté de l’éducation : « La vraie question est la suivante : comment se fait-il, puisqu’il existe un Cadre global de sécurité scolaire que vous mettez en place à titre pilote dans quelques pays, que ce cadre ne nous soit pas proposé ? Je me réjouirais qu’un projet s’empare du Cadre global de sécurité scolaire et le mette en œuvre à plus grande échelle. »

Le GPE se félicite de cet appel à l’action et des possibilités de cofinancement entre les fonds mondiaux pour l’éducation et le climat.

5. La COP28 laisse entrevoir d’immenses promesses quant à la place de l’éducation dans l'agenda climatique

Les Émirats arabes unis accueilleront la prochaine COP, qui se tiendra à l’Expo City Dubaï. Al Gurg, directeur et vice-président de Dubai Cares, a annoncé qu’une journée sera consacrée à l’éducation lors de la COP de l’année prochaine, en s’appuyant sur le programme RewirEd 2021, qui « vise à servir de catalyseur pour la redéfinition de l’éducation afin de garantir un avenir prospère, durable, innovant et accessible à tous. »

Pour tirer parti de cette occasion sans précédent, le principal défi pour la communauté mondiale de l'éducation sera de faire en sorte que les 12 prochains mois débouchent sur des actions concrètes visant à intégrer dans les processus officiels de négociation sur le climat un programme solide et clair de transformation climato-intelligente du système éducatif— et à renforcer la volonté politique d’investir dans ce qui constitue la plus importante solution humaine à notre crise planétaire.

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