Protéger les plus vulnérables des effets du changement climatique est une responsabilité morale

Les communautés les plus vulnérables sont les plus touchées par la gravité et la fréquence accrues des catastrophes naturelles telles que les ouragans, les tempêtes et les inondations.

07 décembre 2021 par Divy Bhagia
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Lecture : 5 minutes
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Le changement climatique a entraîné une irrégularité des pluies, ce qui rend l'agriculture possible seulement quatre mois par an. Crédit : Divy Bhagia
Le changement climatique a entraîné une irrégularité des pluies, ce qui rend l'agriculture possible seulement quatre mois par an. Chaque membre de cette famille participe au labourage de la ferme du propriétaire en échange d'un quart des produits, ce qui leur permet à peine de tenir quelques mois.
Credit: Divy Bhagia

Pour moi, l'expression « changement climatique » a toujours été fortement associée à des images. Cependant, les images qui me venaient à l'esprit représentaient des réalités très éloignées des miennes. Comme un ours polaire se tenant sur le dernier morceau de glace ou le corail blanchi de la Grande Barrière de Corail, causé par la hausse des températures de la mer.

Je n'avais jamais réalisé à quel point les gens autour de moi étaient touchés par le changement climatique, jusqu'à ce que je commence à travailler sur un projet photographique visant à documenter les traditions des communautés tribales en Inde. C'était surréaliste de vivre avec l'une des familles les plus vulnérables et d'être le témoin direct des effets du changement climatique sur leur vie.

Des filles d'un village du Rajasthan sur le chemin pour aller chercher de l'eau. Crédit : Divy Bhagia
Des filles d'un village du Rajasthan sur le chemin pour aller chercher de l'eau.
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En discutant avec les femmes et les jeunes filles de la région, j'ai été surpris d'apprendre que la notion du changement climatique ne leur était pas familière, alors que ce sont elles qui doivent faire face à son adversité au quotidien.

Une femme de la tribu Rathwa cueillant des fleurs de mahua. Crédit : Divy Bhagia
Une femme de la tribu Rathwa cueillant des fleurs de mahua. Les communautés tribales comme les Rathwa utilisent la forêt non seulement comme une ressource pour satisfaire leurs besoins fondamentaux, mais aussi comme un moyen de subsistance.
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La majorité des personnes dans ces tribus ne sont jamais allé à l’école, en particulier les femmes et les filles. Leur résilience face aux aléas climatiques et leur capacité à survivre avec le strict minimum sont une véritable source d'inspiration.

Rupa, 93 ans, est issue de la communauté de Tadvi et vit seule au sommet d'une colline, sans électricité. Crédit : Divy Bhagia
Rupa, 93 ans, est issue de la communauté de Tadvi et vit seule au sommet d'une colline, sans électricité. Elle utilise des tiges de coton pour construire les murs de sa maison.
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« Durant cette saison, je n'ai pas pu récolter grand-chose. J'étais occupée à réparer le toit de ma maison, qui a été endommagé par les pluies hors saison », explique Rupa, une agricultrice de 93 ans, qui vit seule au sommet d'une colline dans les poches tribales du Gujarat.

Rupa se repose pour reprendre son souffle alors qu'elle grimpe la colline pour se rendre chez elle. Crédit : Divy Bhagia
Rupa se repose pour reprendre son souffle alors qu'elle grimpe la colline pour se rendre chez elle. Sa maison est située au sommet de cette colline. Aller chercher les 5 litres d'eau qu’elle consomme chaque jour est une routine quotidienne à laquelle elle ne doit pas faillir pour survivre.
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Les revenus de Rupa se limitent à une pension mensuelle de 800 roupies (environ 11 USD) versée par le gouvernement et au peu qu'elle gagne en vendant ses légumes. L'eau est un luxe, et elle doit se rendre chaque jour au bas de la colline pour s’en procurer.

« Il y a 10 ou 15 ans, l'agriculture était bien meilleure. Dans une région comme celle-ci, où l'on ne peut que cultiver pendant la mousson, il est très important que les pluies arrivent à temps ».

Rupa

Chaque année, les tempêtes, les pluies, les périodes de sécheresse et autres catastrophes naturelles s'aggravent sensiblement.

L’expression « changement climatique » leur semble inconnue, pourtant ces femmes et ces filles sont touchées plus lourdement que les hommes, car les normes sociales les obligent à parcourir de plus longues distances pour trouver de l'eau, de la nourriture et du carburant, ce qui réduit le temps dont elles disposent pour d'autres activités comme aller à l'école.

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(A gauche) Une femme marchant sur la seule route qui relie son village à la ville voisine dans le nord du Gujarat, en Inde. Il est courant de voir des femmes parcourir des kilomètres sous la chaleur du fait de l'absence de transports publics.
(A droite) Des jeunes filles vêtues de manière traditionnelle vont chercher de l'eau alors que des garçons du même village passent devant elles.
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La diminution des pluies et les mauvaises récoltes obligent les familles à migrer vers les zones urbaines pour y trouver du travail. Les familles sont souvent incapables de subvenir à leurs besoins et obligées de laisser leurs enfants dans les villages.

Dans ces cas, les enfants sont pris en charge par leurs grands-mères.

Une grand-mère qui s'occupe de sa petite-fille car ses parents ont migré vers la ville pour y chercher du travail. Crédit : Divy Bhagia
Une grand-mère qui s'occupe de sa petite-fille car ses parents ont migré vers la ville pour y chercher du travail.
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Cependant, il n'est pas rare que les familles migrantes se déplacent avec leurs enfants. Ces enfants n’ont souvent pas accès à l’éducation, ni aux soins de santé et vivent dans des lieux insalubres et surpeuplés. Pour beaucoup, les joies de l'enfance ne sont qu'un rêve lointain.

Lakshmi est assise à l'extérieur de sa maison de fortune, dans une rue de Chandisar, et donne le sein à son enfant sous un soleil de plomb. Crédit : Divy Bhagia
Lakshmi est assise à l'extérieur de sa maison de fortune, dans une rue de Chandisar, et donne le sein à son enfant sous un soleil de plomb. En tant que travailleurs migrants, leur travail consiste à creuser des routes et à poser des pipelines.
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Le rapport de l'UNICEF Asie du Sud intitulé « Youth Perspectives on Climate Change and Education in India » (Perspectives des jeunes sur le changement climatique et l'éducation en Inde) permet de dresser un tableau plus large.

Quatre-vingts pour cent des personnes interrogées ont déclaré que le changement climatique avait un impact sur leur éducation, dont 13 % qui ont indiqué que leur trajet jusqu'à l'école en était affecté et 12 % que la capacité de leur famille à payer leur scolarisation demeurait un défi.

Le constat le plus intéressant réside dans le fait que 84 % des personnes interrogées ont exprimé leur intérêt pour lutter contre le changement climatique se elles disposent du soutien nécessaire. Ces données montrent qu'il est impératif de donner les moyens d'agir à ceux qui sont prêts pour le changement.

Nous avons également beaucoup à apprendre des connaissances traditionnelles de ces communautés. Il est de notre responsabilité morale collective de protéger les plus vulnérables contre les effets néfastes du changement climatique.

La lutte contre le changement climatique ne limite pas à la sensibilisation. Elle passe aussi par l'adaptation.

Parmi les outils les plus efficaces pour y parvenir, l’accès équitable à l'éducation figure indéniablement en tête de liste. L'éducation donne aux gens les connaissances et les outils dont ils ont besoin non seulement pour s'adapter aux effets du changement climatique, mais aussi pour s'attaquer aux facteurs qui en sont la cause.

Cette éducation devra s'efforcer d'être complète et holistique, allant de la défense des intérêts pour une meilleure élaboration des politiques à la mise en œuvre et à la gestion au niveau local.

Elle devra s'appuyer sur des recherches exhaustives visant à analyser les insuffisances réelles des besoins des personnes les plus vulnérables. Cette éducation devra être audacieuse et non conventionnelle, de sorte qu’il n’y ait aucune hésitation à en redéfinir les buts et les objectifs, si nécessaire. Alors, et seulement alors, nous serons vraiment en mesure de réaliser le rêve d'un monde équitable.

Aujourd'hui, ceux qui ont le moins contribué au changement climatique sont ceux qui en sont les plus durement touchés.

Finalement, nous en ressentirons tous les effets. Il ne sera pas facile d'inverser le cours du changement climatique. L'heure est venue de prendre des mesures audacieuses et sans précédent. Ne laissons personne de côté.

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