Le rôle de la société civile dans l’éducation en situation de déplacements : favoriser un débat mondial

En 2020, le nombre de personnes déplacées dans le monde a atteint de nouveaux records, mettant en évidence la nécessité d'une action immédiate pour garantir leur éducation. Quel rôle la société civile joue-t-elle dans la lutte contre les effets dévastateurs des déplacements sur la poursuite de l'apprentissage des enfants ?

29 septembre 2021 par Clara Lindhard Neltoft, Education Out Loud
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Lecture : 5 minutes
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Un enseignant et ses élèves dans une salle de classe au Bangladesh pendant la pandémie. Crédit : Street Child
Un enseignant et ses élèves dans une salle de classe au Bangladesh pendant la pandémie.
Credit: Street Child

Ce blog a été précédemment publié sur le site de L'Éducation à voix haute.

Pour la neuvième année consécutive, le nombre de personnes déplacées de force a atteint de nouveaux records. En effet, selon le HCR une personne sur 95 dans le monde est aujourd'hui déplacée de force en raison d'un conflit, d’une situation de violence ou de persécution et, le nombre de personnes déplacées en raison du changement climatique ne cesse de croître.

Les enfants de familles déplacées font face à de sérieux défis dans la poursuite de leur éducation, tels que les pertes d'apprentissage, la discrimination à l'école, les barrières linguistiques et la pauvreté. Les enfants réfugiés et déplacés sont parmi les plus susceptibles d'abandonner l'école.

« Les conséquences des déplacements sur l'éducation des enfants sont nombreuses et variées. Face à l’augmentation des conflits et des impacts négatifs du changement climatique, travailler à assurer l’éducation dans les zones vulnérables touchées par les déplacements, est une préoccupation essentielle de L’Éducation à voix haute et nombre de nos partenaires » déclare Lars Udsholt, responsable de programme mondial à L'Éducation à voix haute.

En effet, 41 % des nombreuses coalitions nationales de l'éducation soutenues par L’Éducation à voix haute travaillent avec des organisations membres représentant des personnes déplacées à l’intérieur de leur pays (déplacés internes) et des personnes réfugiées.

En outre, l’intersection entre le déplacement et d’autres formes de vulnérabilité et de marginalisation est une question essentielle pour deux des alliances transnationales de la société civile soutenues par L’Éducation à voix haute.

Les déplacements forcés dans le monde fin 2020.
Les déplacements forcés dans le monde fin 2020.

Les effets multidimensionnels des déplacements

Au Burkina Faso et au Niger, les conflits qui ravagent la région du Sahel et les catastrophes dues au changement climatique se sont multipliés.

L’ONG Filles, Pas Épouses (plus connue sous son appellation anglaise Girls Not Brides) est l’une des alliances de la société civile qui s’attaque aux facteurs de vulnérabilité auxquels sont exposées les femmes et les enfants déplacés.

Dans le cadre de son projet financé par L’Éducation à voix haute, elle travaille sur l'intersection entre l'éducation et le mariage des enfants dans les pays francophones d'Afrique de l'Ouest.

En réalité, de plus en plus de recherches montrent que les adolescentes sont particulièrement vulnérables aux mariages précoces en temps de crises humanitaires, ce qui interrompt souvent brutalement leur éducation.

Les déplacements ayant tendance à accentuer la pauvreté et à créer une insécurité extrême, le mariage des enfants peut être considéré comme un moyen, pour de nombreuses familles, de sortir les filles de la pauvreté ou de les protéger de la violence.

« Les crises exacerbent les facteurs contribuant au mariage des enfants, notamment l'insécurité et le non-accès à des services comme l'éducation. Puisque l'éducation peut aider à prévenir les conflits, sa perturbation peut avoir des conséquences à long terme sur les communautés, notamment une augmentation de la violence contre les enfants et la crainte pour eux d’aller à l’école » explique Girls Not Brides dans sa note thématique sur le mariage des enfants dans les situations de crise humanitaire.

L'impact des déplacements sur l'éducation et la vie des enfants n'est cependant pas seulement lié au genre. Il est multidimensionnel et souvent intergénérationnel.

La société civile joue un rôle clé dans la compréhension des effets multidimensionnels des déplacements sur les enfants et leur apprentissage.

Des recherches montrent d’ailleurs que la société civile comble souvent les lacunes critiques de la mise en œuvre, en sensibilisant et en faisant pression sur les décideurs pour qu’ils modifient leurs politiques et agissent.

La société civile peut fournir des perspectives essentielles sur la façon dont le déplacement et la perte d'apprentissage affectent différemment chaque groupe, en fonction du genre ou de l'identité ethnique.

Il est essentiel de permettre aux organisations de la société civile d'utiliser cette expertise et ces connaissances locales uniques pour faire pression sur les décideurs politiques, afin qu’ils prennent des engagements et des mesures immédiates en faveur de l'éducation pour tous les enfants, surtout en temps de crise.

Des évaluations pour faire face aux situations de déplacement

En Asie du Sud, l'Alliance sud-asiatique d’évaluation, financée par L’Éducation à voix haute, œuvre en faveur de l'éducation dans les situations d'urgence, notamment en Afghanistan et au Myanmar, deux des pays les plus touchés par les déplacements de population dans le monde.

Dans cette région, l'impact des conflits et des crises liés au changement climatique est dévastateur et les outils permettant d'évaluer la perte d'apprentissage et les niveaux d'éducation des enfants déplacés font souvent défaut. L’Alliance sud-asiatique d’évaluation s'efforce de combler cette lacune en plaidant pour des évaluations uniformisées, communes à toute la région.

Les évaluations de l'apprentissage sont particulièrement importantes pour comprendre le degré de perte d'apprentissage des enfants et fournissent des preuves pour susciter plus de responsabilisation.

« Créer des outils d'évaluation communs pour analyser l’état de l'éducation dans les situations de déplacements nous offre une opportunité. Nous pouvons utiliser l'évaluation et les données sur les niveaux d'apprentissage pour nous adresser aux décideurs politiques et les inciter à agir. »

Ramya Madhavan, responsable mondiale de l'éducation chez Street Child

Cependant, l'évaluation de l'apprentissage n'est pas un exercice neutre. La façon dont les évaluations sont interprétées a un impact considérable sur les acteurs étatiques et non étatiques qui peuvent être tenus pour responsables et la manière dont ils le sont.

La création d'une voix commune et d’un plaidoyer au-delà des frontières nationales sont d'une importance cruciale pour garantir cette responsabilité.

Le changement climatique : crise de notre époque

Les déplacements induits par le changement climatique sont en passe de devenir la crise majeure de notre époque. Actuellement, plus de 20 millions de personnes sont déplacées chaque année en raison d'événements climatiques extrêmes. Et au rythme d’évolution actuel, ce nombre va augmenter rapidement chaque année.

Les personnes les plus pauvres et les plus marginalisées du monde sont les premières contraintes à se déplacer en raison du changement climatique, alors que les émissions de gaz à effet de serre les plus importantes se produisent dans l’hémisphère nord. Les crises ont tendance à mettre en lumière les inégalités de manière déplaisante.

« Les mécanismes à l'origine des déplacements se trouvent souvent en nous-mêmes. Nous devons tous reconnaître notre rôle et notre responsabilité. Le transnationalisme est essentiel en ce moment, car le changement nécessaire va au-delà des pays dans lesquels nous travaillons », déclare Ramya Madhavan.

En facilitant l’implication de la société civile et en la soutenant, nous pouvons construire une réflexion transnationale et commencer à comprendre les causes complexes du déplacement. La société civile est essentielle pour entamer un débat mondial sur la façon de créer un changement à grande échelle.

C'est exactement ce dialogue mondial que l’ONG Filles, pas Épouses et l'Alliance sud-asiatique d'évaluation s'efforcent de créer, en invitant à un débat politique transnational et en promouvant des conditions plus réactives et plus responsables sur le plan social pour l'éducation dans les situations de déplacement, tant au niveau national, régional que transnational.

Travailler au niveau transnational et unir nos voix nous permet d’avancer vers un monde plus juste où aucun enfant n'est déplacé à cause d'un conflit, du changement climatique ou d’une guerre - et où le droit des enfants à l'éducation, à la sécurité et à un avenir est protégé.

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