Déplacement, éducation des filles et COVID-19

Vu que 10 millions de filles de plus pourraient ne plus fréquenter le secondaire après cette crise sanitaire - les réfugiées étant les plus à risque – il est impérieux de nous assurer que le soutien mis en place par les gouvernements pendant cette pandémie cible également bien les filles et les communautés de réfugiés.

28 juin 2020 par Naomi Nyamweya, Malala Fund
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Lecture : 4 minutes
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Des jeunes filles dans leur salle de classe à l'école publique de Klessoum, dans la région de Chari-Baguirmi au Tchad, en février 2019.
Crédit : PME/Carine Durand

Le rapport (en anglais) du Fonds Malala sur l’éducation des filles et le COVID-19 estime que jusqu'à 10 millions de filles de plus pourraient ne plus fréquenter le secondaire une fois la pandémie de coronavirus passée. Les filles réfugiées comptent parmi les plus à risque.

Plus de la moitié des 79,5 millions de personnes déplacées (en anglais) à l'intérieur de leur propre pays ou réfugiées sont des enfants. Forcées de fuir leur foyer en raison de conflits, de persécutions ou de catastrophes naturelles, les réfugiées vivent souvent des années dans l'insécurité.

Certaines ne retournent jamais à l'école. Les filles réfugiées ont statistiquement deux fois moins de chances d’accéder à l’enseignement secondaire que leurs équivalents masculins. Celles qui y retournent continuent à faire face à des problèmes tels que les mariages précoces, la pauvreté, la discrimination, les barrières linguistiques ou les salles de classes surpeuplées. Des problèmes qui sont exacerbés lorsque des crises sanitaires et financières éclatent.

Pour évaluer l’impact du COVID-19 sur l’éducation des réfugiées, nous avons appliqué la méthodologie utilisée pour élaborer notre rapport aux dernières données du HCR sur l’éducation des réfugiés.

En échantillonnant le nombre de réfugiées fréquentant le secondaire dans 10 pays qui disposent de données de qualité ventilées par sexe (Cameroun, Tchad, Éthiopie, Iraq, Kenya, Malaisie, Pakistan, Rwanda, Turquie et Ouganda), nous estimons que la moitié des filles ne retournera pas à l’école lorsque les écoles rouvriront.

Dans les pays où le taux brut de scolarisation des réfugiées est inférieur à 10 %, comme l'Éthiopie et le Pakistan, toutes les filles risquent de ne plus jamais retourner à l'école.

La bonne nouvelle est que nous faisons des progrès. En 2018, le taux de scolarisation des réfugiés dans le secondaire est passé de 23 à 24 %. Cela peut sembler insignifiant mais pourtant, cela représente des dizaines de milliers d'élèves.

Pour empêcher que le COVID-19 n’annihile les gains durement acquis jusqu’ici, nous avons besoin d’un soutien ciblé de la part des gouvernements en faveur de l’éducation des filles et des communautés de réfugiés.

Plusieurs gouvernements s'efforcent de mobiliser les élèves pendant la pandémie à travers des programmes d'apprentissage à distance. Mais, peu de ces plans répondent aux besoins spécifiques des élèves réfugiés.

Les réfugiés sont deux fois moins susceptibles (en anglais) que la population générale d'avoir un téléphone qui leur permette de se connecter à Internet. Les normes de genre néfastes et les problèmes de sécurité rendent certains parents réticents à autoriser les filles à accéder aux appareils électroniques. En plus, 29 % des réfugiés n'ont pas de téléphone.

Des militants locaux comme la championne de l'éducation du Fonds Malala, Nayla Fahed proposent des solutions créatives pour rendre l'éducation plus accessible. Son organisation, Lebanese Alternative Learning (LAL), offre aux enfants, en particulier aux réfugiés, un accès à leur programme numérique, Tabshoura.

Le programme est alimenté par une boîte qui fonctionne indépendamment d'Internet et de l'électricité, ce qui est essentiel pour les environnements à faibles ressources comme les communautés de réfugiés.

En dotant les filles de compétences en STIM, Nayla espère également défier les normes sociales et doter les réfugiées des outils dont elles ont besoin pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs communautés.

Nous avons besoin que davantage de gouvernements fassent preuve d’autant d’innovations dans leurs efforts pour assurer la continuité de l'apprentissage et préparer la reprise. À mesure qu'ils élaborent leurs plans de riposte au COVID-19, nous espérons des dirigeants :

  • qu’ils tiennent compte du genre et des communautés déplacées pendant la planification de la réouverture des écoles. C'est l'occasion d'améliorer les salles de classe en adoptant des politiques progressistes aux niveaux national, infranational et scolaire ;
  • qu’ils maintiennent le financement de l'éducation des réfugiés et veillent à ce qu'il profite également aux garçons et aux filles. L'intégration de la dimension de genre dans la planification et la budgétisation de l'éducation est essentielle pour atteindre les filles les plus touchées par la crise ;
  • qu’ils encouragent les filles à se réinscrire en leur assurant des transferts en espèces et en supprimant les frais d'examen. Cela contribue à éliminer les obstacles tels que la pauvreté et à compenser la perte de revenus des filles qui ne travaillent pas ;
  • qu’ils assurent aux filles des cours de rattrapage et des programmes de formation accélérée. Cela permettra à celles qui ont eu du mal à apprendre depuis leur maison pendant la pandémie à ne pas accuser trop de retard.

Les filles réfugiées à travers le monde sonnent l'alarme (en anglais) sur leurs expériences en matière de déplacement, notamment sur le fait de devoir choisir entre leur sécurité et leur scolarité.

Ces filles désirent apprendre et poursuivre leurs rêves. Ils veulent également faciliter la tâche à la prochaine génération de filles.

Alors que les dirigeants s'efforcent d'atténuer les effets du COVID-19, le Fonds Malala les encourage à investir dans l'éducation, afin de garantir un avenir où toutes les filles pourront apprendre et devenir elles-aussi les leaders de demain.

Note de l'éditeur : Une version précédente de ce blog notait qu'une fille sur 5 ne retournerait pas à l'école une fois que les écoles rouvriront. Cette estimation n'était pas correcte et a été modifiée en "la moitié des filles ne retournera pas à l'école.

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