Sierra Leone : miser sur les données pour limiter l’impact du changement climatique sur les écoles

Les données peuvent considérablement améliorer la prise de décision et permettre d'hiérarchiser les interventions en faveur des populations les plus vulnérables. C'est pourquoi en Sierra Leone, le ministère de l'Éducation travaille avec Fab Inc. pour développer un outil de collecte des données permettant d'estimer et de répertorier les localités où de nouvelles écoles sont vraiment nécessaires.

07 novembre 2022 par Adama Momoh, Ministry of Basic and Senior Secondary Education in Sierra Leone, et Paul Atherton, Fab Inc.
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Des élèves de l'école méthodiste de Kailahun en Sierra Leone préparant leur examen final. 2016. Crédit : George Lewis/Banque mondiale
Des élèves de l'école méthodiste de Kailahun en Sierra Leone préparant leur examen final. 2016.
Credit: George Lewis/Banque mondiale

Comment décider où implanter de nouvelles écoles et quel appui apporter aux établissements existants quand les besoins sont grands et les moyens financiers limités ? Et comment le faire tout en assurant la résilience des établissements scolaires au changement climatique ?

La réponse à ces questions est la clé d’une meilleure répartition des milliards de dollars d’investissement consacrés à la construction et à la rénovation des écoles, et d’un meilleur ciblage de l’aide en général.

Les demandes des parents portent le plus souvent sur la construction de nouvelles écoles, la réparation des locaux existants ou l’amélioration des conditions d’accès aux écoles tout au long de l’année. Chacun souhaite que l’école soit proche de son domicile, dispose d’excellents locaux et soit desservie par une route correctement entretenue.

La Sierra Leone, qui a pour ambition de réaliser l’ODD 4, est soumise à une pression croissante en la matière en raison de l’augmentation du nombre des enfants aspirant à accéder au primaire et à poursuivre ensuite leurs études dans l’enseignement secondaire.

Alors même qu’un cinquième du budget public est consacré à l’éducation, le gouvernement doit procéder à des arbitrages difficiles sur les constructions prioritaires. Ces choix doivent être guidés par les besoins et éclairés par des données précises, afin de tirer le meilleur parti de chaque dollar dépensé.

Pourquoi est-ce important

De nouvelles politiques et directives fondées sur les données

Dans ces conditions, la Direction de la planification et de la politique (DPP) du ministère de l’Éducation primaire et secondaire a travaillé, en collaboration avec la société Fab Inc., à l’élaboration d’une nouvelle politique de planification des infrastructures et des secteurs scolaires, qui s’accompagne de directives de mise en œuvre et d’un outil en ligne d’analyse des données.

Ces dernières années, la Sierra Leone a procédé à des investissements considérables dans la planification de l’éducation et la réforme des politiques, et la DPP a entrepris de fusionner les données des recensements scolaires de 2015 à 2021 dans une base de données sécurisée.

Cette centralisation des données (dont notamment les données recueillies au niveau des établissements au fil du temps) permettra à la DPP de les intégrer dans le processus d’élaboration des politiques et les plans d’éducation.

La prise en compte des données est un important moyen d’amélioration du processus décisionnel et un outil d’aide à la hiérarchisation des interventions au profit des populations les plus vulnérables. L’exploitation des données permet, par exemple, d’améliorer la planification en apportant une aide ciblée et graduée dans les lieux où les écoles sont exposées à un risque d’inondation et à des problèmes d’accès.

En 2021, le ministère, épaulé par Fab. Inc., a entrepris de mettre sur pied un programme d’extension et de rénovation des locaux scolaires et de déterminer, sur la base des données, quels établissements devraient être agréés et bénéficier d’une aide prioritaire.

Après de larges concertations avec les parties prenantes, ce processus a abouti à l’approbation d’une nouvelle politique de planification des secteurs scolaires (assortie de directives d’application en cours d’élaboration) et de directives d’agrément des établissements scolaires. La politique de planification des infrastructures et des secteurs scolaires est une initiative porteuse de transformation, qui prépare la voie à la généralisation de l’accès à l’éducation.

En Sierra Leone, les projets de construction d’écoles étant souvent d’initiative locale, il fallait définir clairement le cadre du système d’agrément du gouvernement. C’est la raison pour laquelle la DPP et Fab Inc. ont travaillé à l’élaboration de directives sur les modalités d’agrément des établissements scolaires en vue de l’obtention de fonds.

La politique de définition de la carte scolaire et les directives relatives à la politique d’agrément ont un fil directeur commun : la volonté de guider les décisions relatives aux infrastructures par l’analyse de données locales, disponibles en temps réel. L’équipe a mis au point un outil web d’analyse des données géré par la DPP.

Aide à la micro-planification

Compléter les données scolaires par des données sur les risques climatiques

L’outil effectue quatre opérations : il détermine les lieux d’implantation de nouveaux établissements scolaires et classe par ordre de priorité les établissements pour l’agrément, la construction de nouvelles salles de classe et les travaux de rénovation.

S’agissant des nouveaux établissements, un outil simple d’optimisation a été élaboré à l’appui de la politique. Il indique aux parties prenantes le meilleur site où implanter une école en tenant compte non seulement de la densité de population, mais aussi du niveau de pauvreté et des distances séparant les habitants des établissements scolaires les plus proches.

En quoi cela est-il important ? Grâce à cet outil, les organismes publics et les organisations non gouvernementales sont en mesure de s’assurer que les fonds publics seront dépensés au bénéfice des populations les plus défavorisées et que les établissements scolaires seront construits là où les enfants n’ont pas d’autre possibilité à proximité.

Le cadre de base étant en place, l’équipe s’emploie maintenant à améliorer l’outil pour y intégrer des données climatiques.

Fab Inc. apporte son assistance au ministère pour peaufiner les directives et les outils en y intégrant les risques liés aux dérèglements du climat. Cela implique de répertorier les écoles les plus exposées à un risque d’inaccessibilité pendant la saison des pluies et de déterminer où les nouveaux établissements doivent être implantés, en faisant en sorte que les outils tiennent compte des risques climatiques pour exclure les sites les moins propices.

Il faut aussi améliorer les normes de construction afin de favoriser la conception de bâtiments « climato-intelligents », notamment en privilégiant l’emploi des matériaux les plus indiqués pour assurer la protection contre les chaleurs extrêmes, optimiser la lumière pour la lecture et améliorer l’acoustique en cas de pluie.

Utiliser les données pour guider la prise de décision

Renforcer la résilience par une meilleure planification

Fab Inc. a employé des données satellitaires et des techniques géospatiales avancées pour déterminer quels étaient les établissements scolaires les plus exposés au risque d’inondation du fait de leur vulnérabilité à des évènements extrêmes et à des problèmes d’accès pendant la saison des pluies, dans des zones où ce risque se concrétise tous les ans.

Cette méthode combine les informations sur l’historique des inondations à l’analyse isochrone des routes empruntées par les enfants pour se rendre en classe.

Elle sert à la fois à la micro-planification (notamment pour déterminer les routes à améliorer en priorité) et au ciblage des interventions de renforcement de la résilience au niveau des écoles et des collectivités.

Des études en cours visent à analyser les stratégies actuelles des collectivités afin d’optimiser l’aide qui peut leur être apportée pour faire face à des évènements climatiques violents.

Il s’agit aussi d’apporter une aide ciblée intégrant les impacts climatiques, afin de décider, par exemple, du lieu où construire des logements destinés aux enseignants ou des sites où implanter de nouveaux centres d’examen de manière à réduire au minimum les risques de perturbation.

Compte tenu du nombre des écoles à construire et de l’impact croissant des pluies et des inondations, il est plus crucial que jamais d’améliorer les processus de planification, une tâche à laquelle le ministère de l’Éducation primaire et secondaire s’est attelé avec détermination.

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