Nous pouvons – et devons – éduquer les enfants déplacés
Le rapport mondial de suivi sur l'éducation 2019 montre à suffisance que l'éducation des enfants déplacés est un problème complexe. Toutefois, il présente également des mesures concrètes - dont beaucoup sont déjà soutenues par le GPE - qui peuvent être prises pour résoudre ce problème.
2 décembre 2018 par Nidhi Khattri, Global Partnership for Education|
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Des garçons levant la main pendant une leçon dans une école au Tchad.
CREDIT: Educate a Child

Comme le documente à l’aide de détails riches et faisant autorité l’Édition 2019 du rapport mondial de suivi sur l'éducation « Migration, déplacement et éducation : bâtir des ponts, pas des murs », les enfants contraints de quitter leur foyer à la suite d'un conflit ou d'une crise humanitaire se heurtent à des obstacles importants pour accéder à l’éducation.

C’est particulièrement vrai dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, où vivent 90 % des personnes déplacées et où les gouvernements peinent déjà à dispenser une éducation de qualité aux enfants nés dans le pays, et ne se préoccupent pas des enfants déplacées. C’est la raison pour laquelle le Partenariat mondial pour l’éducation a privilégié l’aide aux pays fragiles accueillant un grand nombre d’enfants déplacés.

Cette priorité est plus urgente que jamais, car le nombre d’enfants victimes du traumatisme provoqué par les déplacements a atteint des niveaux sans précédent. Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a calculé qu'à la fin 2017, il y avait 87,3 millions de personnes déplacées dans le monde, soit le niveau le plus élevé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Parmi elles, environ 28,5 millions étaient des réfugiés ou des demandeurs d'asile qui avaient franchi une frontière internationale pour fuir un conflit ou des persécutions. En outre, 58,8 millions de personnes supplémentaires ont été déplacées dans leur propre pays en raison d’un conflit ou d’une catastrophe humanitaire.

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Plus de la moitié des réfugiés dans le monde ont moins de 18 ans. A l’échelle globale, seuls 61 % des enfants réfugiés sont inscrits à l’école primaire et 23 % au secondaire. Mais dans les pays à faible revenu, la situation est encore plus alarmante : moins de la moitié des enfants réfugiés vont à l’école primaire et seulement 11 % au secondaire.

Il est beaucoup plus difficile d'obtenir des chiffres fiables sur la situation en matière d’éducation des enfants déplacés à l'intérieur de leur propre pays, mais il y a tout lieu de croire qu’elle est également sombre. Comme l’indique le rapport mondial de suivi sur l’éducation, « dans de nombreux pays touchés par un conflit, les déplacements internes ont mis à rude épreuve les systèmes [d'éducation] déjà en difficulté ».

Parmi ses nombreuses recommandations, le rapport mondial de suivi sur l’éducation appelle les pays fragiles qui abritent un grand nombre de personnes déplacées à mettre en place des « plans de transition pour l’éducation » opportuns, fondés sur des données probantes et présentant des schémas directeurs concrets pour l'éducation des enfants dont la vie a été perturbée par une crise. Plusieurs pays le font par le biais d’un financement et des orientations du GPE.

Le rapport insiste également sur une politique d’« inclusion », à savoir intégrer les enfants réfugiés et nés dans le pays dans les mêmes classes et les mêmes systèmes scolaires, élargir le bassin d'enseignants et proposer des programmes alternatifs permettant d'aider les enfants réfugiés à combler leurs lacunes en matière d'apprentissage. La recommandation reflète un consensus largement reconnu selon lequel, séparer les réfugiés des systèmes éducatifs nationaux traditionnels les prive d'enseignants qualifiés, de matériel d'apprentissage de qualité, d'examens diplômant et d'autres facteurs qui améliorent leurs progrès d'apprentissage personnels.

Certains pays donnent déjà l'exemple en s'attaquant à ces défis difficiles. Le rapport cite le Tchad, qui a déployé de grands efforts pour éduquer les centaines de milliers d'enfants arrivés dans le pays ces dernières années, fuyant les conflits voisins. En réponse, le gouvernement du Tchad, s'appuyant sur un financement accéléré du GPE, a inclus les réfugiés dans sa planification de transition de l’éducation. Le pays a aussi résolu la question de la langue d'enseignement, de la reconnaissance des diplômes et de la menace de perte de culture et d'identité nationale. Il a également lancé un programme d'urgence visant à offrir des repas scolaires, a construit de nouvelles écoles, distribuer plus de matériel pédagogique et de meilleure qualité et, a transformé cette année 108 écoles situées dans 19 camps de réfugiés en écoles publiques traditionnelles.

Le rapport mondial de suivi sur l’éducation appelle également les pays à protéger les migrants et les personnes déplacées des violations de leurs droits, à former les enseignants et à adopter des programmes adaptés aux différents contextes ainsi qu’à développer l'éducation et la protection de la petite enfance, un domaine d’intervention clé du soutien du GPE, car elle est la base du développement et de la réussite scolaire des enfants – et pourtant trop souvent hors de la portée des enfants déplacés.

Ces recommandations, ainsi que d'autres visant à ce que davantage d'enfants déplacés aient accès à l’éducation, dépendront d'un financement suffisant. Comme le rapport en fait état, des progrès ont été réalisés ces dernières années pour accroître la part historiquement basse du financement de l'éducation par les budgets de l'aide humanitaire. Même dans ce cas, ces efforts ne seront probablement pas à la hauteur des besoins des pays pour répondre aux besoins éducatifs les plus élémentaires des enfants en situation de crise : une part multipliée par 10 de l'aide humanitaire destinée à l'éducation.

Une autre option pour les bailleurs de fonds consiste à réserver une part plus importante des budgets d’aide au développement des donateurs pour l’éducation des réfugiés, au lieu de compter davantage sur l’aide humanitaire. Depuis 2013, le GPE a permis aux pays touchés par la fragilité et les conflits de mobiliser jusqu'à 20 % de ses fonds précédemment alloués, pour répondre aux besoins d'urgence.

L’édition 2019 du rapport mondial de suivi sur l’éducation montre à suffisance que l'éducation des enfants déplacés est un problème complexe et difficile, non seulement pour ces enfants ou les pays d'accueil, mais également pour le monde entier. Et il est clair que, aussi difficile que soit le problème, de nombreuses étapes concrètes – déjà appuyées par le GPE – peuvent et doivent être entreprises par le monde entier pour le résoudre.

 

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Afrique sub-saharienne: Tchad

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