14 millions de raisons de prendre en compte l'éducation des réfugiés
À peine 2 % de l’aide humanitaire est destinée à l’éducation, une infime partie de ce qui est nécessaire. Et ce sont les pays les plus pauvres de la planète qui en supportent le fardeau
09 février 2016 par Alice Albright, GPE Secretariat
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Lecture : 10 minutes
A group of children gather around in the Kyriandongo refugee settlement in Uganda. Uganda hosts more than half a million refugees, most of them from South Sudan. Credit: GPE/Chantal Rigaud

Il y a dans le monde autant de personnes déplacées de force par les guerres et les persécutions que la population d'un pays comme l'Italie. Selon les estimations les plus récentes du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), leur nombre s’élève à 59,5 millions de personnes. 

Un panneau permet d'identifier le camp. En Ouganda, le département pour les réfugiés est placé directement sous l'égide du bureau du Premier Ministre.

Un panneau permet d'identifier le camp. En Ouganda, le département pour les réfugiés est placé directement sous l'égide du bureau du Premier Ministre.

Photo : GPE/Henry Bongyereirwe

Les pays en développement en accueillent plus de 86 %. Ce sont en effet des pays déjà en difficulté pour assurer à leur propre population les services de base qui supportent le fardeau supplémentaire que représente l’accueil de millions de personnes ayant fui leur pays.

Le mois dernier, j’ai visité le camp de réfugiés de Kiryandongo en Ouganda, à près de trois heures au nord de Kampala et à une distance à peu près égale de la frontière du Soudan du Sud. Chaque jour voit débarquer par car son lot de nouveaux arrivants. Il s’agit essentiellement de mères et d’enfants (85 % des nouveaux arrivants), parfois des familles entières. Le nombre d’arrivées quotidiennes augmente régulièrement depuis des mois, du fait de la détérioration de la stabilité et de la sécurité au Soudan du Sud.

Un large flux de réfugiés en provenance du Soudan du Sud

Le camp de Kiryandongo accueille une population de 45 000 personnes, provenant en majorité du Soudan du Sud. Soixante-cinq pourcent de la population enregistrée ont moins de 18 ans et 50 % sont d'âge scolaire. Cela fait plus de 20 000 enfants en âge d’être scolarisés.

L’Ouganda accueille plus d'un demi-million de réfugiés, et c’est le troisième plus grand pays d’accueil d’Afrique.   

L’an dernier seulement, 90 000 réfugiés sont arrivés en Ouganda en provenance du Soudan du Sud, de la République démocratique du Congo et de Somalie. Le gouvernement accorde aux réfugiés des petits terrains et les effets de première nécessité pour démarrer une nouvelle vie. Les réfugiés sont libres de leurs mouvements et ont le droit de travailler. Ces conditions leur permettent de reconstruire leur vie en toute légalité et indépendance.

Ceux qui possèdent le moins sont ceux qui donnent le plus

L’Ouganda est un des pays les plus pauvres au monde : il est en effet classé 164e sur 187 pays en termes d'Indice de développement humain du PNUD. Le pays a l’une des populations les plus jeunes au monde, avec 53 % de ses habitants âgés de moins de 15 ans. 

Les nouveaux réfugiés arrivent chaque jour à la cellule d'accueil. Ils sont inscrits puis subissent un contrôle d'hygiène, et reçoivent les produits de première nécessité avant de se voir attribuer une parcelle de terrain où s'installer.

Les nouveaux réfugiés arrivent chaque jour à la cellule d'accueil. Ils sont inscrits puis subissent un contrôle d'hygiène, et reçoivent les produits de première nécessité avant de se voir attribuer une parcelle de terrain où s'installer.

Photo : GPE/Henry Bongyereirwe

Le gouvernement ougandais a réussi à scolariser la quasi-totalité des enfants dans le primaire, avec un taux de scolarisation dans ce cycle de 94 % (2013), mais de nombreux enfants décrochent avant d’achever le cycle, et ceux qui le poursuivent bénéficient souvent d’une éducation de qualité médiocre.  En 2012, seul 1 enfant sur 10 évalué dans l'ensemble du territoire national était capable de lire et comprendre un texte correspondant au niveau de la 2e année (Uwezo Ouganda, 2012).

Malgré ces difficultés, le gouvernement ougandais reconnaît que le coût de la protection et de l’aide aux 250 réfugiés qui arrivent chaque jour dans le pays est minime comparé à celui de l'inaction. 

Conscient que le déplacement de populations constitue un problème de développement à long terme, le pays a intégré la question des réfugiés dans son Plan national de développement. Les écoles des camps de réfugiés sont administrées par le Ministère de l’Éducation.

L’UNHCR a fait l’éloge des politiques mises en place par l’Ouganda en matière de protection et d’assistance aux réfugiés, politiques qui vont au-delà de l’aide d’urgence.   

Un problème qu’on ne saurait ignorer

Œuvrer à combler le fossé existant entre aide humanitaire et assistance au développement est une grande priorité du Partenariat mondial pour l’éducation. Ce dernier soutient les pays dans le renforcement et la reconstruction de leur système éducatif pendant et après les crises, de façon à ce que les enfants puissent poursuivre leur scolarisation.

J’ai donc l’immense plaisir de constater la consolidation des liens entre le Partenariat mondial pour l’éducation et l’UNHCR et d’annoncer la signature d’un Protocole d’accord entre les deux organisations au cours des prochains mois.

Créé en 1950, l’UNHCR comprend un personnel fort de 9 700 membres basés dans 126 pays, dont l’objectif est d’apporter protection et assistance à près de 55 millions de personnes réfugiées, rapatriées, déplacées internes et apatrides, notamment en leur fournissant eau potable et sanitaires, services de santé, refuge et éducation.  

J'ai visité une école maternelle gérée par Save the Children dans ce camp de réfugiés avec des collègues de l'UNHCR et de l'UNICEF.

J'ai visité une école maternelle gérée par Save the Children dans ce camp de réfugiés avec des collègues de l'UNHCR et de l'UNICEF.

Photo: GPE/Chantal Rigaud

L’UNHCR reconnaît l’éducation comme essentielle pour les réfugiés et leurs communautés. Non seulement elle représente un élément crucial de son mandat de protection, mais il s’agit également d’un investissement pour un avenir sécurisé et durable.

Fin 2014, 51 % des réfugiés dans le monde étaient âgés de moins de 18 ans, chiffre le plus élevé pour cette catégorie depuis plus d'une décennie. La durée moyenne des déplacements causés par un conflit est de 17 ans, c’est-à-dire la véritable durée d’une enfance (Strohmeyer, 2015). Ne pas prendre en charge les services de base pour ces enfants les prive non seulement de leur enfance mais également d’un avenir.

Le financement de l’éducation dans les situations d’urgence est insuffisant

Cela ne signifie pas que l’offre de services d’éducation aux enfants réfugiés ne représente pas un défi à plusieurs niveaux. Les fonds sont imprévisibles et souvent accordés à court terme, ce qui complique la planification, la conception et la mise en œuvre des projets.

Les services éducatifs souffrent particulièrement des limites constituées par les cycles de financement annuels : le temps nécessaire à la mobilisation communautaire sur le terrain et au recrutement du personnel laisse peu de temps à l’enseignement et à l’apprentissage, et donc à la production de résultats probants.

Les financements sont également largement insuffisants. Le secteur souffre d’une pénurie de fonds récurrente de 50 % voire plus, ce qui rend impossible la conformité aux normes minimales de scolarisation. Les flux de financement se font sur plusieurs niveaux et sont complexes, ce qui constitue une source inutile d'inefficacité. Le financement de l’éducation en situation de crise est souvent relégué au bas de l’échelle des priorités par les bailleurs, car il n’est pas jugé comme « vital ».

La conception d’une réponse éducative dans ce type de situation relève également du défi. L'étendue exacte des besoins est difficile à estimer, car les personnes se déplacent dans des contextes instables évoluant rapidement. Même dans un camp installé depuis quelque temps, les gens vont et viennent pour de nombreuses raisons.

Les renseignements de base tels que le nombre exact d’enfants, leur âge, leur langue maternelle et  leur niveau d’éducation sont ainsi souvent difficiles à rassembler. La conception d’un projet éducatif efficace n'en est que plus compliquée. Surtout lorsqu’il faut réagir rapidement.

14 millions d’enfants ont besoin de notre aide

À peine 2 % de l’aide humanitaire est destinée à l’éducation, une infime partie de ce qui est nécessaire. Et ce sont les pays les plus pauvres de la planète qui en supportent le fardeau. Selon l’UNHCR, il y a au moins 14 millions d’enfants réfugiés et déplacés internes dans 35 pays touchés par des crises.

En 2014, la moitié des décaissements du Partenariat mondial pour l’éducation a soutenu des pays fragiles et touchés par un conflit ; en 2015, cette part a augmenté, passant à deux tiers. Sur les 61 pays aidés par le Partenariat mondial, 28 sont des pays fragiles ou touchés par un conflit.

L’éducation peut apporter aux réfugiés de la confiance dans l’avenir. Elle peut leur donner l’espoir d’une vie meilleure pour leurs enfants.

Ce problème est trop grand pour être ignoré, et nous devons faire davantage.

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