2,3 milliards $US nécessaires pour scolariser les enfants des pays déchirés par la guerre
Une nouvelle étude du Rapport mondial de suivi sur l’EPT montre que 34 millions d'enfants et les adolescents ne sont pas scolarisés dans les pays touchés par un conflit
Le Rapport mondial de suivi sur l’Éducation pour tous a publié un nouveau document qui montre que 34 millions d’enfants et d’adolescents sont déscolarisés dans les pays touchés par les conflits
6 juillet 2015 par Aaron Benavot, Global Education Monitoring Report|
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Cette semaine prochaine, les bailleurs de fonds se réunissent à Oslo pour étudier quatre domaines clés nécessitant une attention soutenue en matière d'éducation, notamment l’influence évolutive du conflit sur le secteur. Contributeur à la discussion, le Rapport mondial de suivi sur l’Éducation pour tous a publié un nouveau document qui montre que 34 millions d’enfants et d’adolescents sont déscolarisés dans les pays touchés par les conflits. Selon le Rapport, 2,3 milliards $US seraient nécessaires pour scolariser ces enfants et faire en sorte qu’ils achèvent le premier cycle de l'enseignement secondaire, soit dix fois le montant que l'éducation reçoit actuellement en termes d'aide humanitaire. 

Le dernier Rapport mondial de suivi sur l’EPT a montré que seul un tiers des pays avait atteint les objectifs éducatifs mondiaux fixés en 2000 et a identifié le conflit comme étant un des obstacles majeurs à l’obtention de meilleurs résultats. Le document Humanitarian Aid for Education: Why It Matters and Why More is Needed  (« L’aide humanitaire pour l’éducation : pourquoi elle est importante et pourquoi elle doit augmenter ») montre la mesure et la portée des conflits en tant que véritables obstacles. Les enfants des pays touchés par les conflits sont deux fois plus susceptibles (deux tiers pour les adolescents) d'être déscolarisés que dans les pays qui ne sont pas touchés par un conflit. 

Le document montre dans quelle mesure le conflit exacerbe des inégalités déjà existantes et fait des situations d’urgence une priorité pour l’après-2015. Les plus pauvres sont deux fois plus susceptibles d’être déscolarisés dans les zones de conflits armés que partout ailleurs ; il y a deux fois et demie plus de chances que les filles soient déscolarisées dans ces régions qu’ailleurs. Il y a également près de 90 pourcent de chances que les jeunes femmes ne suivent aucune scolarité secondaire dans les zones touchées par les conflits qu’ailleurs.

Une des principales raisons pour lesquelles les conflits entravent si lourdement l’éducation est le manque de financement. En 2014, l’éducation n’a bénéficié, en moyenne, que de deux pourcent de l’aide humanitaire. Notre analyse indique que même la cible suggérée de quatre pourcent, adoptée depuis 2011, est insuffisante. Si elle avait été atteinte en 2013, il serait resté rien de moins que 15,5 millions d’enfants et de jeunes à ne bénéficier d’aucune assistance humanitaire en matière d'éducation. 

Une nouvelle cible visant, dans une période de violence armée et de conflit, à diriger les fonds vers l’éducation est clairement nécessaire. Et quel meilleur moyen existe-t-il que de porter notre attention sur les véritables besoins des enfants et des jeunes sur le terrain ? Pour l’enseignement primaire, le Rapport mondial de suivi sur l’EPT montre que 38 $US de plus par enfant sont nécessaires dans les situations de conflit. Pour la scolarisation d'un adolescent dans le premier cycle du secondaire, il faut 113 $US. Au total, en prenant en compte le nombre d'enfants et d'adolescents non-scolarisés dans le monde, cela équivaut à 2,3 milliards $US, soit dix fois ce que perçoit actuellement le secteur en termes d’aide humanitaire. Ceci doit former le cœur de nos appels aux dons pour le futur de l’éducation en situation d’urgence. 

Il existe également une certaine asymétrie dans la façon dont les appels à l’aide humanitaire sont actuellement financés, qui doit être corrigée au moyen d'une meilleure coopération entre les branches distinctes impliquées dans l’assistance au développement et l’aide humanitaire. Ceci apparaît dans la différence entre les requêtes de financement et ce qui est perçu.  

En 2011, par exemple, l'appel de fonds humanitaires destinés à l'éducation en Haïti a pu satisfaire 110 % des requêtes ; au Tchad, qui a mis en place un Plan d’action humanitaire régulier depuis 2004, le groupe pour l’éducation n’a vu que 9 % de ses requêtes satisfaites. La République démocratique du Congo, qui a un Plan d’action humanitaire régulier depuis 2001, a vu ses appels aux dons pour l’éducation satisfaits de la façon la plus modeste en 2013 et 2014, avec, respectivement, 9 % et 3 % des requêtes exaucées.

L’attention des médias donne injustement la priorité à certains pays et conflits sur d’autres : plus de la moitié de l’aide humanitaire destinée à l'éducation a été allouée à 15 appels de fonds sur 342 entre 2000 et 2014. Ces appels sont évidemment ceux qui ont le plus attiré l'attention des médias

De plus, de nombreux appels ne couvrent pas la totalité des enfants et adolescents dans le besoin. En 2013, dans les zones touchées par les conflits, 21 millions d’individus ont été identifiés comme nécessitant une aide en matière d’éducation. À peine 8 millions ont été pris en compte dans les appels aux dons. Sur ceux-ci, à peine trois millions ont bénéficié d'une assistance une fois les fonds distribués, laissant 18 millions sans aucune aide. 

La Déclaration d’Incheon s’engage à satisfaire les besoins de tous les enfants et jeunes grâce à des systèmes éducatifs plus résistants et inclusifs et une réponse aux situations de crise qui intègre les phases d’urgence, de reprise et de construction. Espérons que les bailleurs présents au Sommet d’Oslo sur l’Éducation pour le développement, qui poursuivront avec la  Conférence d’Addis Abeba sur le financement du développement, reconnaîtront que l'éducation est au premier rang des secours en situation de crise et fait partie intégrante de toutes stratégie de construction de la paix. 

Plus précisément, le nouveau document du Rapport mondial de suivi propose une cible financière basée sur des faits probants et émet quatre recommandations pour resserrer la structure actuelle de l’aide en matière d’éducation dans les situations de crise : 

Une évaluation consistante et objective des besoins en termes d’éducation doit être menée afin de cerner véritablement les impératifs des enfants et adolescents en situation de conflit.

De meilleurs liens doivent exister entre le financement humanitaire et le développement : le Sommet mondial sur l’aide humanitaire de juillet 2016 et son panel de haut niveau sur le financement de l'aide humanitaire qui sera formé courant 2015 représentent de réelles occasions d'améliorer l’architecture du financement humanitaire grâce à davantage de pertinence et de réalisme. 

Les 2,3 milliards $US de financements nécessaire pour l’éducation dans les situations de conflit, soit dix fois plus que ce que l’éducation reçoit en termes d’aide humanitaire, doivent être levés.

Tout nouveau fonds mondial pour l’éducation dans les situations d’urgence doit garantir des ressources supplémentaires, flexibles et prévisibles pour l’éducation en cas de crise. Le financement doit correspondre aux besoins. Une étroite collaboration est nécessaire avec le Partenariat mondial pour l’éducation et le Pôle mondial d’éducation.

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