4 options d'enseignement à distance à envisager durant cette pandémie de COVID-19
Passons en revue quatre des technologies les plus utilisées par les entrepreneurs, les bailleurs de fonds et les éducateurs lorsqu’ils se trouvent dans l'obligation d'explorer des options d'apprentissage à distance, notamment en Afrique subsaharienne.
01 avril 2020 par Mary Burns, Education Development Center
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Lecture : 8 minutes
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Des élèves de Juba, au Soudan, se préparant à participer à un programme interactif d'enseignement par la radio. Crédit: Education Development Center
Des élèves de Juba, au Soudan, se préparant à participer à un programme interactif d'enseignement par la radio.
Education Development Center

Comment les systèmes et projets éducatifs financés par des bailleurs de fonds internationaux peuvent-ils assurer la continuité de l’apprentissage des élèves dans le contexte actuel de la pandémie de COVID-19 ?

Avoir recours à l'enseignement à distance apparait comme étant la réponse la plus logique. Heureusement, la plupart des pays disposent d'une forme ou d’une autre d'infrastructure d'enseignement à distance, qu'ils peuvent immédiatement utiliser pour offrir des possibilités de formation continue.

Avec une attention particulière portée à l'Afrique subsaharienne, cet article examine les quatre technologies les plus couramment utilisées par les prestataires, les bailleurs de fonds et les éducateurs lorsque ces derniers doivent avoir recours à l’enseignement à distance.

    1- La radio

    À une époque saturée par les technologies numériques et mobiles, la radio demeure la technologie la plus facile d’accès dans le monde. Selon l’UNESCO, au niveau mondial, au moins 75 % des foyers ont accès à la radio et, en Afrique subsaharienne, entre 80 et 90 % d’entre eux ont accès à un poste de radio en état de marche.

    Diffusion de cours par la radio

    Pour de nombreux pays à l’heure actuelle, la diffusion de cours par la radio serait l'option la plus rapide à utiliser pour permettre aux élèves de poursuivre leur scolarité. La plupart des pays disposent de stations de radio publiques, privées et communautaires qui peuvent potentiellement être utilisées (et le sont probablement) pour continuer à enseigner aux élèves qui se retrouvent soudainement déscolarisés.

    Un certain nombre de pays utilisent la radio à des fins éducatives, notamment le Cabo Verde, probablement l’un des meilleurs exemples dans ce sens, qui diffuse des pièces de théâtre radiophoniques, des leçons, des cours particuliers et d'autres émissions éducatives pour atteindre les élèves de ses dix îles.

    Instruction interactive par radio

    Personne ne peut prédire à ce jour l'évolution de cette pandémie, mais à supposer qu'elle se poursuive au cours des prochains mois, il est probable que certains systèmes éducatifs passent à l'instruction radiophonique interactive (IRI). L'IRI est une approche pédagogique unidirectionnelle par radio qui permet d'atteindre les élèves et les enseignants (ou dans ce cas, les élèves et leurs parents) par le biais de leçons interactives préenregistrées.

    L'IRI a été utilisée avec succès à travers le monde (Honduras, Nicaragua, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Guinée, Liberia, Somalie, Cabo Verde, Angola, Mozambique, Guinée-Bissau, Zanzibar, Sao Tome et Principe, Mali, Afrique du Sud, Inde et République démocratique du Congo) pour favoriser l’apprentissage des élèves. L'infrastructure et le savoir-faire en la matière existent donc dans de nombreux pays.

    Depuis 30 ans, l'Education Development Center (EDC), structure prédominante en matière de conception et de mise œuvre de programmes d’IRI, en a produit pour plus de 25 pays dans plusieurs langues et disciplines. Elle tient un catalogue des programmes passés, qu'il met à la disposition du public en réponse à cette crise (pour plus d'informations à ce sujet, bien vouloir contacter Rachel Christina.

    2- La télévision

    Malgré des coûts de production élevés, la télévision a une portée considérable et présente l'avantage d'être un support visuel familier et attrayant. Il existe une longue tradition du recours à la télédiffusion comme moyen d'éducation à distance dans les pays qui disposent d'une infrastructure de radiodiffusion ou de satellite bien développée (Cuba et le Royaume-Uni, par exemple) et qui couvrent une vaste étendue géographique (Canada, Australie, Chine, Mexique, Brésil, Indonésie et États-Unis) (Burns, 2011).

    En 2018, 1,67 milliard de foyers dans le monde (en anglais) avaient accès à la télévision (dont 75 millions en Afrique subsaharienne). Un examen rapide de la liste des médias de diffusion établie par la CIA (en anglais) révèle que la plupart des pays africains possèdent au moins une chaîne de télévision publique et que plusieurs d'entre eux disposent de chaînes publiques et privées. Des pays comme le Nigeria, le Kenya, l'Afrique du Sud et l'Éthiopie disposent d'une solide infrastructure technique et humaine, et sont connus pour leur industrie télévisuelle qui produit des programmes télévisés attrayants tant pour la télévision traditionnelle que pour internet.

    En outre, les pays d'Afrique subsaharienne disposent de services de télévision par abonnement qui offrent un bouquet de chaînes nationales et internationales : RFI et France 24 dans les pays francophones ; RTP dans les pays lusophones et la BBC en Afrique anglophone. Ces services pourraient éventuellement fournir aux élèves des programmes éducatifs globaux, en portugais et en anglais.

    L'une des utilisations les plus anciennes et les plus réussies de la télévision à vocation pédagogique, et qui mérite d’être consultée si l'on considère ce média, est le programme « telescundaria » du Mexique. La « telesecundaria » propose des programmes d'enseignement tout au long de l'année aux écoles secondaires de premier cycle des zones rurales du Mexique (et plus récemment du Guatemala), grâce à une programmation combinant des émissions en classe, assorties de textes et de discussions dirigées par des surveillants en classe (qui ne sont pas des enseignants ayant reçu une formation officielle).

    En Afrique subsaharienne, la télévision nationale du Botswana (BTV) propose des programmes éducatifs quotidiens, principalement en mathématiques et en sciences, diffusés sur 90 % du territoire national grâce à son émetteur terrestre et sur 100 % du territoire national grâce au satellite. Comme tout le monde au Botswana ne dispose pas du décodeur nécessaire pour avoir accès aux contenus des chaînes de télévision numériques, BTV continue d’utiliser la transmission analogique.

    Le ministère sud-africain de l'Éducation de base propose également des programmes télévisés éducatifs (Burns et al, 2019).

    Un certain nombre de pays - la France, le Kenya, l'Afrique du Sud et les États-Unis - considèrent que la télévision est sans doute le moyen le plus direct et le plus efficace de poursuivre la scolarisation des élèves. Ils utilisent donc leurs services de radiodiffusion publics (France 4, Kenya Broadcasting Corporation et South Africa Broadcasting Corporation) à cette fin.

    Aux États-Unis, le département de l'Éducation primaire et secondaire du Massachusetts diffuse des programmes éducatifs à domicile aux élèves des écoles primaires et secondaires via la chaîne WORLD Channel, en semaine de midi à 17 heures.

    3- Les téléphones portables

    Étant donné le nombre élevé de personnes possédant un téléphone portable partout dans le monde, y compris en Afrique subsaharienne où le nombre de smartphones achetés à bas prix a augmenté progressivement ces dernières années, les téléphones devraient être considérés comme un autre outil éducatif important pour assurer la continuité de la scolarisation pendant cette pandémie.

    Voici quelques exemples de la manière dont les téléphones portables peuvent fournir aux élèves des possibilités d'apprentissage :

    • L’accès à des contenus, aux programmes d'études, à l'enseignement des langues et aux plans de cours : Au Niger, les SMS ont été utilisés pour l'enseignement de la lecture, de l'écriture et du calcul. L'Afrique du Sud a été la première à diffuser des romans en série (en anglais) au moyen de simples téléphones portables. L'Institut sud-africain pour l'éducation numérique propose des livres d'histoires sur téléphone portable.
    • Les applications éducatives peuvent aider les élèves à acquérir des compétences de base (lecture, écriture, calcul). Il existe aussi de nombreuses applications qui couvrent presque tous les domaines d’enseignement. De nombreux sites web éducatifs (Khan Academy, par exemple) proposent des applications reprenant leur contenu. Plusieurs applications éducatives permettent également aux élèves non seulement de consulter, mais aussi de créer du contenu.
    • Les médias sociaux : Les enseignants peuvent utiliser les médias sociaux pour organiser des discussions sur Twitter, diffuser des informations, partager des vidéos, etc. Les enseignants peuvent organiser des groupes WhatsApp pour chaque classe et partager des contenus et des ressources numériques grâce à cette application populaire (en supposant qu'ils y ont accès).
    • Le tutorat : L'Afrique subsaharienne a une longue tradition de tutorat par téléphone et d’accompagnement scolaire par SMS. Il existe dans toute la région (notamment au Nigeria, au Kenya et en Afrique du Sud) une multitude de structures fournissant, à des fins commerciales, des programmes proposant un tutorat par vidéo ou SMS en temps réel.
    • Les programmes éducatifs : Les jeunes enfants dont les familles ont un smart phone peuvent accéder à des émissions comme Ubongo et Akiki and Me sur leur téléphone (certaines données montrent que les enfants qui regardent ces émissions sont mieux préparés à entrer à l’école primaire que les autres). Les SMS sont également un moyen éprouvé de « pousser » les gens à adopter des comportements proactifs tel que se laver les mains, lire des histoires à leurs enfants, etc.

    4- L’apprentissage en ligne

    Dans les endroits disposant d'une infrastructure technique, humaine et éducative (contenu numérique, évaluation, etc.) et où les élèves ont accès à des ordinateurs à domicile et à une connexion Internet suffisante, l'apprentissage en ligne est le plus judicieux car, il se rapproche le plus de l'expérience interactive, en temps réel et multimodale, attendue de l’apprentissage à l’école.

    Un certain nombre de pays et de systèmes scolaires se tournent vers l'apprentissage en ligne, par le biais de cours en ligne (via un système de gestion de l'apprentissage) ou de plateformes d'enseignement virtuel (webinaires en face à face via Google Hangouts ou Zoom).

    Certains pays disposent de plateformes d'apprentissage numériques qui semblent offrir un contenu et un enseignement numériques aux enseignants et aux élèves. Beaucoup n'existent qu'en théorie certes, mais l'infrastructure est bien disponible et peut être utilisée comme point de départ pour fournir du contenu et des instructions aux élèves.

    Dans l’univers des cours en ligne ouverts à tous (MOOC, du sigle en anglais), tant Coursera qu'EdX offrent actuellement gratuitement leurs cours aux universités affectées par la pandémie de COVID-19. De nombreux MOOC sont déjà gratuits et certains contenus pourraient potentiellement être utilisés pour les élèves du secondaire. Pour effectuer une recherche, allez sur cette page ou sur celle-ci (en anglais).

    L'apprentissage en ligne offre d'énormes avantages, mais nécessite également une infrastructure, une conception et des exigences pédagogiques considérables. Il se peut que pour l'instant, les pays diffusent des contenus et des ressources en ligne dans le cadre de programmes d'enseignement par la radio ou par la télévision (ou dans le cadre de programmes d’apprentissage autonome), mais cette « mise en ligne » de contenus et l'espoir que les élèves apprennent par eux-mêmes ne devraient pas constituer en soi une stratégie d’apprentissage à moyen ou long terme.

    Dans le prochain article, j'aborderai plus en détail comment procéder pour l’apprentissage en ligne.

Un processus de planification à la fois rapide et lent

Il n'y a pas de « bon » choix en matière d'enseignement à distance en ce moment. Chaque pays doit choisir le meilleur moyen ou un mélange de moyens en fonction de l'accès, de l'infrastructure technique, du contenu, de la capacité à adapter ce contenu au(x) moyens(s) approprié(s) dont il dispose, et de sa capacité à donner accès aux élèves à ces possibilités d'apprentissage le plus rapidement possible.

Outre les exigences en matière d'infrastructures, chacun des outils d'enseignement à distance examinés dans cet article présente des avantages et des inconvénients. La radio et la télévision sont des médias passifs, mais qui sont présents dans le monde entier, ont une grande portée, sont faciles à utiliser et permettent un apprentissage à partir d’un emplacement centralisé.

Les téléphones sont des technologies « ascendantes », largement utilisées et appréciées par leurs propriétaires. Néanmoins aucun enseignement à grande échelle n'a jamais été spécifiquement conçu pour les téléphones et l'apprentissage y est plus décentralisé et nécessite une implication plus importante des formateurs et des élèves.

L'apprentissage en ligne est peut-être le moyen le plus adapté pour continuer à apprendre, mais il demande du temps, un contenu approprié, de l'argent, des outils de planification et de conception, et est contraignant tant pour les formateurs que pour les élèves. Même dans les pays qui disposent des infrastructures les plus solides, internet n'a jamais été autant testé qu’actuellement.

Alors que nous nous tournons rapidement vers l'enseignement à distance, nous devons également veiller à ne pas nous laisser prendre à nouveau au dépourvu. Tous les systèmes éducatifs doivent commencer à planifier et à mettre en place des systèmes d'enseignement à distance à long terme, afin que nous soyons prêts à faire face à la prochaine et inévitable situation d’urgence.

S'il y a une leçon à tirer de la pandémie de COVID-19, c'est que l'enseignement à distance ne peut pas juste être considéré comme « une bonne option », développée parallèlement au système éducatif existant ; il doit en être une composante essentielle, incontournable et y être intégré.

Notes

  • (1) Si vous n’êtes pas familier au concept de « système de gestion de l'apprentissage », vous pouvez en savoir plus ici et (en anglais). Étant donné que la plupart des plateformes de webinaires impliquent un coût (Zoom est gratuit jusqu'à 40 minutes) ou un nombre limité de participants (Skype, par exemple, bien que ce ne soit pas techniquement une plateforme de webinaires), vous pourriez essayer deux plateformes de webinaires gratuites et adaptables en fonction des besoins : BigBlueButton (en anglais) ou Open Broadcaster Software (en anglais).
  • (2) J'écris, depuis 2014, pour E-Learning Industry. Ces articles traitent de manière complémentaire de la « construction de systèmes d'apprentissage en ligne » et peuvent être consultés ici (en anglais). L'ensemble du site E-Learning Industry contient des milliers d'articles gratuits sur tous les aspects de l'apprentissage en ligne.

Références

Burns, M. et al. (2019, November). ICTs in Secondary Education in Sub-Saharan Africa: Policies, Practices, Trends and Recommendations.

Burns, M. (2011). Distance Education for Teacher Training: Modes, Models and Methods.

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Commentaires

Merci à GPE et ses partenaires pour cet article que j'apprécie fortement. Je suis entièrement d'accord que l'enseignement à distance ne soit plus considéré comme une alternative pour les zones de conflits ou d'épidémies en Afrique sub-saharienne, il doit intégrer le dispositif pédagogique et les États doivent s'engager à le soutenir.

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