5 raisons d'investir 5 milliards de dollars : entretien avec Atsuko Toda

Dans le cadre de sa campagne de financement, le GPE a posé à Atsuko Toda 5 questions sur le pouvoir de l'éducation. La campagne de financement du GPE vise à collecter au moins 5 milliards de dollars sur cinq ans pour transformer l'éducation de près d'un milliard d'enfants dans 90 pays et territoires.

10 juillet 2021 par Secrétariat du GPE
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Lecture : 4 minutes
5 raisons d'investir 5 milliards de dollars : entretien avec Atsuko Toda

Atsuko Toda est la vice-présidente par intérim chargée de l'agriculture et du développement humain et social à la Banque africaine de développement (BAD).

1. L’édition 2020 des Perspectives économiques en Afrique s’est concentrée sur le financement national de l'éducation et l’efficacité limitée des dépenses publiques comme causes du retard des résultats du continent en matière d’éducation. Comment les gouvernements peuvent-ils protéger et améliorer les dépenses d'éducation, même en ces temps de pandémie de COVID-19 ?

Les craintes de coupes dans les budgets de l'éducation sont fondées. En Afrique, la pandémie d'Ebola de 2013-2016 a été associée à des réductions des budgets de l'éducation dans des pays comme la Sierra Leone et le Libéria.

Malheureusement, les coupes budgétaires que connait le secteur de l'éducation actuellement surviennent à un moment où l'Afrique a besoin de 40 milliards de dollars ou plus par an pour combler son déficit de financement de l'éducation d'ici 2030.

L'éducation n'est pas seulement une victime de la pandémie de COVID-19, mais aussi un moteur du processus de reprise, car des travailleurs qualifiés sont essentiels pour lutter contre les effets socio-économiques négatifs de la pandémie.

Face à la baisse des sources de financement de l'éducation, les gouvernements nationaux et les bailleurs de fonds externes doivent mobiliser des ressources supplémentaires auprès de sources nationales innovantes et les compléter par des fonds de donateurs provenant de partenaires de développement externes.

Dans le sillage de la pandémie, les entreprises privées du secteur des « technologies » ont répondu à des appels urgents pour aider les systèmes éducatifs à « s’améliorer » dans leur transition vers un apprentissage à distance prolongé. Les gouvernements devraient faire davantage pour attirer et accroître ces investissements privés dans l'éducation.

2. La BAD et le GPE soutiennent l'éducation dans certains pays africains. Alors que la BAD élabore un nouveau plan d'action pour le développement des compétences, comment envisage-t-elle de travailler avec les dirigeants et partenaires africains comme le GPE pour améliorer le financement national et soutenir la transformation de l'éducation ?

Une bonne reprise du secteur de l'éducation post-COVID-19 nécessite des partenariats dans le développement de programmes de financement innovants pour l'éducation en Afrique. La BAD joue un rôle de premier plan dans ce sens, notamment dans la mise en place de deux mécanismes de facilités de financement.

Le premier est l’International Finance Facility for Education (IFFEd), un mécanisme de financement des banques multilatérales de développement visant à débloquer environ 10 milliards de dollars de financement de l'éducation d'ici 2030.

Le deuxième est l’African Education Science Technology and Innovation Fund (AESTIF), qui est développé en partenariat avec les gouvernements africains et l'Union africaine. L'AESTIF mobilisera environ 300 millions de dollars américains auprès des banques multilatérales de développement partenaires, des fondations, des fiducies et des philanthropes pour stimuler les investissements dans le développement des compétences en Afrique, ainsi que dans la recherche et l'innovation dans l'enseignement supérieur.

Pour renforcer cet effort, la BAD est en train de conclure un partenariat avec le GPE qui facilitera les actions conjointes visant à intensifier l'éducation et le développement des compétences en Afrique.

3. La COVID-19 a perturbé l'éducation et la formation de millions de jeunes africains, dont 121 millions d'élèves en Afrique subsaharienne qui n'ont pu avoir accès à du matériel d'apprentissage à distance. Pourquoi la campagne de financement du GPE « Lève la main » est-elle décisive dans ce contexte ?

Les fermetures d'écoles signifient que les enfants ne peuvent plus avoir accès aux éléments essentiels que les environnements scolaires leur garantissent, notamment les espaces pour apprendre et jouer avec leurs camarades et l'accès aux repas scolaires et aux soins de santé.

Les filles sont également confrontées à des risques uniques d'exposition aux violences basées sur le genre lorsqu'elles restent longtemps non scolarisées. Cela appelle un besoin urgent d'organiser, de mobiliser et de galvaniser le soutien politique, local et international au financement de l'éducation.

« Lève la main », la campagne de financement du GPE intervient à un moment critique, alors que la solidarité régionale et mondiale est indispensable pour soutenir la reprise du secteur de l'éducation.

À notre avis, le GPE est bien placé pour mettre en place un tel soutien au niveau mondial, étant donné qu'il détient le plus grand fonds mondial dédié à la transformation de l'éducation dans les pays à faible revenu.

4. La BAD a récemment publié les Perspectives économiques en Afrique 2021. Pouvez-vous nous parler des principales conclusions de ce rapport et de leurs implications pour les dépenses dans les domaines de l'éducation et de la santé en Afrique ?

Selon le rapport, en 2020, l'Afrique a traversé sa pire récession économique en un demi-siècle avec une contraction de son PIB réel de 2,1 %. Le PIB réel devrait se redresser de 3,4 % en 2021 mais, il doit encore affronter de nombreux vents contraires, dont la pandémie de COVID-19 qui continue de sévir.

Une grande partie des dépenses budgétaires des pays africains sera principalement allouée aux soins de santé d'urgence et à la protection sociale, ce qui implique généralement que moins de ressources seront allouées aux aspects critiques non urgents de la santé et de l'éducation en général.

Le rapport exhorte les gouvernements à reprendre l'apprentissage en présentiel dans la mesure du possible, ou à mettre en place des mesures pour l'apprentissage en ligne si celui en présentiel n'est pas pratique.

5. Quel.s souvenir.s gardez-vous de vos années passées à l'école ? Y a-t-il eu des moments ou des enseignants qui vous ont particulièrement marquée ?

J'ai grandi et fait toutes mes premières années d'école aux États-Unis, puis j’ai dû retourner à l'école au Japon.

Je me souviens que quand je suis rentrée au Japon, j'ai d'abord dû apprendre le japonais mais aussi, dû m’habituer à porter un uniforme, à aller à l'école à pied, à nettoyer les couloirs et les toilettes de l'école. J’ai également dû rejoindre une équipe de sport à l'école et étudier très dur après les cours. J'ai appris à essayer de faire comme tout le monde.

Plus tard dans la vie, on comprend mieux la liberté d'expression. Dans mon cas, cela m'a aidée à comprendre très tôt que les outils dont on dispose dans la vie sont si différents, parce que les systèmes éducatifs sont aussi différents selon l'endroit où l’on vit.

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Atsuko Toda lève la main pour soutenir la campagne de financement du GPE.
Atsuko Toda lève la main pour soutenir la campagne de financement du GPE.

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