Comment mettre fin aux violences sexistes en milieu scolaire ?
Des pistes de solutions pour mettre fin à la violence dans et autour des écoles.
19 juin 2019 par Heather Saunders, Global Partnership for Education|
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Des participants du « Symposium international sur l’apprentissage : des solutions pour mettre fin à la violence sexiste en milieu scolaire ».
CREDIT: UNGEI/Sarah Winfield

Fin mars, j’ai participé à une réunion unique qui a regroupé des membres de gouvernements, d’acteurs de la société civile, de membres de syndicats d’enseignants, de représentants d’agences du système des Nations unies et d’autres organisations multilatérales à Johannesburg. Il s’agissait du Symposium international sur l’apprentissage dont le thème portait sur « des solutions pour mettre fin à la violence sexiste en milieu scolaire ».

Organisé par l’Initiative des Nations unies en faveur de l’éducation des filles et l’UNESCO, l’événement offrait aux gouvernements et à leurs partenaires une plateforme pour partager des données probantes sur des approches prometteuses pour mettre fin à la violence dans et autour des écoles.

De la prévalence de la violence sexiste en milieu scolaire (VSMS)

La VSMS peut être définie comme étant : « tout acte ou menace de violence sexuelle, physique ou psychologique se produisant dans ou autour d’une école, résultant de normes et stéréotypes liés au genre et mis en œuvre par un rapport de force inégal ».1

Elle affecte des millions d’enfants, de familles et de communautés et se produit dans toutes les régions du monde. Cette violence est liée à des modèles de violence perpétués au sein de la société au sens large et, bien que les filles comme les garçons puissent être à la fois des victimes ou des auteur.e.s de cette violence, son étendue et sa forme diffèrent.

Les participants ont discuté des approches possibles pour prévenir et réagir à la violence sexiste à laquelle sont confrontés les élèves à l’école, sur le trajet de l’école ou même sur Internet (brimades, violence et harcèlement sexuel, violence conjugale, etc.). Si chaque pays est confronté à un contexte et un niveau de violence différents, tous conviennent de l’importance de son impact négatif sur l’apprentissage et le bien-être des élèves.

Et l’absence de données fiables n’aide pas

Malgré des progrès depuis le lancement du Groupe de travail mondial sur la lutte contre la VSMS en 2014, les données sur ce problème sont encore rares. Le rapport de l’UNESCO intitulé Derrière les chiffres : mettre fin à la violence et au harcèlement scolaire propose une analyse complète à partir d’un ensemble de sources.

Comprendre la complexité et les différences entre la façon dont sont touchés les filles et les garçons reste un défi, comme de savoir si les données dont nous disposons disent tout. Les violences sexuelles et sexistes ne sont pas toujours signalées par les victimes par peur de la stigmatisation, de la honte, de la peur des réactions des autres, et parce que des mécanismes de signalement et de traitement sécurisés font défaut.

Les enquêtes sur la violence perpétrées envers des enfants menées par l’ONG Together for Girls cherchent également à traiter du problème, en particulier de la violence sexuelle, et à identifier les facteurs de risque, de protection et les conséquences de cette violence.

Les participants à l’atelier ont partagé nombre de ressources, notamment le Guide de l’UNGEI : ‘A whole school approach to prevent school-related gender-based violence: Minimum standards and monitoring framework’. Ce guide comble un vide sur la question de la VSMS et répond au besoin d’une plus grande sensibilisation sur la violence en milieu scolaire pour atteindre la cible de l’Objectif de développement durable N°4 qui est d’assurer un cadre d’apprentissage sécurisé, inclusif et favorisant l’égalité des sexes.

Les gouvernements ont partagé leur expérience en termes de travail de prévention et de traitement de la violence sexiste en milieu scolaire, et bon nombre des partenaires ont évoqué comment ils avaient intégré ce travail aux plans et aux débats sectoriels de l’éducation. Les gouvernements présents ont montré un vif intérêt à poursuivre ce partage d’idées, afin de tirer des enseignements des stratégies des uns et des autres sur cette question essentielle.

Réformer les systèmes éducatifs pour prévenir la violence sexiste en milieu scolaire, c’est un peu comme « reconstruire un avion en plein vol », a expliqué un participant. Car le système repose sur des lois et politiques sexistes que les élèves intègrent. Il est donc urgent de faire preuve de volonté politique et d’intégrer dans les programmes scolaires visant à dénoncer ces pratiques.

Des participants au « Symposium international sur l’apprentissage : des solutions pour mettre fin à la violence sexiste à l’école ». Crédit: UNGEI/Sarah Winfield
Des participants au « Symposium international sur l’apprentissage : des solutions pour mettre fin à la violence sexiste à l’école ».
CREDIT: UNGEI/Sarah Winfield

Partage d’expériences entre pays

Les représentants des Ministères de l’Éducation d’Eswatini, du Kenya, du Malawi, d’Afrique du Sud, du Soudan du Sud, d’Ouganda et de Zambie ont partagé leurs programmes et enseignements, et appelé les bailleurs à coordonner leur soutien aux gouvernements sur cette question.

Au Soudan du Sud, la politique d’éducation des filles comprend un axe sur la violence sexiste en milieu scolaire. Ester Akumu Ahire, Conseillère en matière d’égalité entre les sexes au Ministère de l’Éducation du Soudan du Sud, a également évoqué la nécessité de produire davantage de données et de mener plus d’études sur la question.

Au Kenya, le gouvernement mène une action trans-sectorielle pour répondre à la violence sexiste en milieu scolaire. Des procédures d’exploitation normalisées sont en place pour signaler et réagir aux incidents dans les écoles, et il existe une volonté de faire plus, afin d’impliquer les écoles plus activement dans la prévention de la violence.

En Zambie la VSMS est intégrée dans le plan sectoriel de l’éducation, notamment grâce à un budget et un plan d’action sur cette question cruciale. Un aperçu des travaux pilotes réalisés jusqu’ici a été présenté. Ce programme de transformation vise à faire évoluer les normes et les relations entre les filles et les garçons, afin de prévenir la violence sexiste en milieu scolaire.

En Ethiopie, le Ministère de l’Éducation a collaboré avec l’UNICEF, dans le cadre du plan sectoriel de l’éducation, pour développer un code de déontologie relatif à la violence à l’intention des enseignants et des élèves, qui précisait le comportement accepté et les sanctions des auteurs de violence.

En Ouganda, Raising voices et RTI travaillent avec le Ministère de l’Éducation sur des interventions clés à mener en rapport avec l’apprentissage socio-affectif et la réponse aux violences. L’Ouganda est également un pays pilote pour la campagne Safe to Learn et a lancé cette année son enquête sur la Violence contre les enfants.

D’autres partenaires, dont Education International, les syndicats nationaux d’enseignants, l’UNICEF, Raising Voices, Plan International, RTI International, FAWE et World Education ont partagé leur expérience en matière de lutte contre la VSMS. Des progrès sont accomplis pour faire évoluer les normes sociales, prévenir la violence et améliorer les mécanismes de signalement et de traitement par ces acteurs, en partenariat avec les gouvernements, les établissements scolaires et les enseignants.

Mutualiser les efforts pour lutter contre la VSMS

Dans l’ensemble, il est apparu clairement que pour être efficaces, les efforts pour lutter et éliminer la VSMS doivent adopter une approche globale et nécessitent un leadership politique trans-sectoriel, non seulement de la part des ministères de l’éducation, mais également dans le soutien et la coordination des bailleurs et de la société civile.

Le GPE poursuivra son action dans ce domaine grâce à sa participation au Groupe de travail mondial sur la VSMS et en tant que partenaire de la campagne Safe to Learn campaign qui œuvre à mettre fin à la violence en milieu scolaire. Nous soulignerons l’importance de l’élimination de la violence sexiste en milieu scolaire grâce à notre action avec le Conseil consultatif sur l’égalité des sexes du G7, à la conférence internationale Women Deliver, et à d’autres moments clés cette année.

Par ailleurs, notre mécanisme de partage de connaissances et d’innovations financera des approches trans-sectorielles pour renforcer les résultats en matière d’égalité des sexes et traiter des questions multiformes liées au genre, telles que la VSMS.

 

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ODD 4, Éducation des filles

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