Faire taire les armes passe aussi par une meilleure éducation de la jeunesse africaine

Aya Chebbi, émissaire de l'Union africaine pour la jeunesse, explique pourquoi investir dans une éducation de qualité, l'éducation des filles ainsi que le leadership intergénérationnel devrait être une priorité pour les gouvernements africains qui cherchent à établir une paix et une prospérité durables.

07 avril 2020 par Aya Chebbi
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Lecture : 4 minutes
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Aya Chebbi, émissaire de l'Union africaine pour la jeunesse
Aya Chebbi, émissaire de l'Union africaine pour la jeunesse.
Commission de l'Union africaine

Je viens d'un pays dont la population est très instruite, avec un taux d'alphabétisation des jeunes supérieur à 80 % (en anglais). Pendant la révolution tunisienne de 2011, ce sont surtout les personnes instruites, mais sans emploi qui ont manifesté dans la rue.

Après la révolution, l'éducation a eu un impact sur la transition démocratique. Les jeunes qui avaient pris part au mouvement se sont organisés en collectifs de médias, en groupes de plaidoyer, certains sont entrés au parlement. L'éducation a joué un rôle clé dans l'engagement des citoyens et leur participation à la gouvernance.

Le dividende démographique est une opportunité pour l'Afrique

La démographie de l'Afrique, avec une population jeune qui devrait augmenter de 42 % d'ici 2030, est un atout, pas une menace.

Au niveau local et avec les responsables communautaires, nous devons recadrer le discours sur l'éducation des filles. Les dirigeants craignent qu’éduquer les filles ne menace les valeurs culturelles et sociales. Notre rôle en tant que jeunes consiste à aider les dirigeants à le comprendre différemment, afin qu'ils investissent dans l'éducation et qu’il y ait la volonté politique nécessaire pour maintenir ces investissements.

Dans notre système actuel, les apprenants n'ont pas voix au chapitre. Il leur est donc difficile de demander des comptes à leurs dirigeants. Dans la plupart des pays que je visite, il existe des parlements de jeunes et des syndicats d'étudiants, mais ils n'ont pas le pouvoir de demander des comptes au gouvernement.

Il faut que les jeunes aient plus de pouvoir pour qu’ils puissent exiger des comptes dans le processus.

Nous avons besoin d'un mécanisme de responsabilité efficace tant au niveau national que continental en faveur des dépenses dans les secteurs sociaux tels que l'éducation. Nous devons utiliser des cadres au niveau continental et mondial pour pousser nos États membres à tenir leurs engagements.

Inadéquation entre les politiques et leur mise en œuvre

On note un écart entre les politiques et leur mise en œuvre dans la majorité des secteurs en Afrique. L'Afrique dispose de plusieurs politiques progressistes aux niveaux national, régional et continental mais, leur mise en œuvre a toujours été une faiblesse. Le rôle du gouvernement est de traduire ces grandes politiques en actions concrètes et efficaces.

En matière de budget, les jeunes nous disent qu'ils veulent que davantage de fonds soit alloués à l'éducation et moins à la militarisation. Ils veulent que les gouvernements accordent une attention particulière et fassent preuve d’un leadership soutenu en faveur de l'éducation.

Les jeunes veulent savoir pourquoi nous investissons notre argent dans d'autres domaines au lieu de l'investir dans ce qui va réellement construire un avenir pour notre génération et l'avenir des économies africaines, c'est-à-dire l'éducation.

Je suis un produit de l'éducation publique. Je suis allée à l'école publique en Tunisie du primaire jusqu'à mon diplôme universitaire de premier cycle. Si je n'étais pas un produit de ce système, je ne serais pas l'envoyée de la jeunesse aujourd'hui.

Nous ne devons pas sous-estimer nos systèmes d'éducation publique en Afrique, mais plutôt les consolider et renforcer leurs capacités à devenir les moteurs de la croissance et du développement, comme ils le sont dans d'autres régions du monde.

Comment la violence et les conflits affectent les jeunes

Les conflits violents ont un impact énorme sur les jeunes : ils perturbent leur éducation. Lorsqu'ils sont déplacés, leurs qualifications ne sont souvent pas reconnues dans le pays d'accueil.

En raison des conflits et des déplacements, les jeunes se voient retirer la sécurité de leur éducation.

Les enfants sont également touchés négativement du fait que parfois, ils ne terminent même pas leur éducation de base avant de se retrouvés pris dans un contexte de violence qui devient leur seul repère.

Mais, j'ai vu beaucoup de ces anciens enfants soldats ou d’enfants profondément touchés par la violence devenir des bâtisseurs de paix et c'est très stimulant. Cela montre la résilience des jeunes.

L'éducation, en particulier celle des filles, peut favoriser la paix et la stabilité

L'éducation est l'un des instruments les plus puissants pour promouvoir la paix. C'est pourquoi je parle toujours de Jeunesse, Paix et Développement, au lieu de parler de Jeunesse, Paix et Sécurité.

Si le développement est au centre du programme des Conseils de sécurité de l'UA et de l'ONU, alors peut-être que davantage de pays augmenteront le financement en faveur de l'éducation.

J'espère que nous pourrons recentrer la conversation sur l'autonomisation des jeunes, qui passe par l'éducation et l'emploi, en particulier pour les filles.

Si nous nous concentrons sur le développement plutôt que sur la sécurité et que nous mettons en place les financements et les infrastructures nécessaires, nous pourrons alors investir dans l'emploi, l'éducation, l'engagement et l'esprit d'entreprise - principaux piliers de l'autonomisation que réclament les jeunes.

« Faire taire les armes », thème du récent 33e sommet de l'UA, ne signifie pas uniquement de bâtir une Afrique exempte de conflit. Cela suppose également d’éliminer l'analphabétisme, le chômage des jeunes, les violences sexistes, éliminer tous les défis auxquels les jeunes sont confrontés.

Crédit : PME/Victoria Egbetayo
PME/Victoria Egbetayo

L'analphabétisme, la marginalisation et l'absence d'égalité des chances sont à l’origine de nombreux conflits. Pour assurer la sécurité, les dirigeants doivent tenir compte de ces divers aspects. La militarisation n'est qu'une réponse. Elle n'a rien à voir avec de la prévention ou de la transformation.

Mon message aux jeunes et aux dirigeants africains

N'attendez pas qu’on vous le demande. Invitez-vous dans les débats et posez les questions qui vous tiennent à cœur. Nous n'avons pas besoin de permission pour servir notre continent.

Aux dirigeants africains : vous avez la responsabilité d'agir pour cette génération et pour le continent. C'est votre mandat. Ouvrez l'espace afin que les jeunes puissent co-diriger avec vous.

Lorsque vous serez entourés de jeunes qui font preuve d’innovations et apportent des solutions, vous aurez l'air plus cools et plus intelligents !

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