Financement de l'éducation des filles : à quoi exactement l'argent doit-il être alloué ?

Pour atteindre l'ODD 4, nous devons non seulement nous concentrer sur l'accès des filles à l'éducation, mais surtout veiller à ce qu’elles restent scolarisées le plus longtemps possible, évoluent dans leur apprentissage, soient capables de trouver un emploi ou de poursuivre leurs études.

15 juillet 2021 par Margaret Butler, Amplify Girls, et Anika Jane, Amplify Girls
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Lecture : 6 minutes
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Des jeunes filles dans leur salle de classe à l'école de Makamba, en Ouganda, en novembre 2017. Crédit : GPE/Livia Barton
Des jeunes filles dans leur salle de classe à l'école de Makamba, en Ouganda, en novembre 2017.
GPE/Livia Barton

L'éducation des filles, partout dans le monde, est reconnue comme étant la clé pour atteindre l'égalité des genres. Elle n'est cependant pas non plus la solution miracle. L'Agenda 2030 reconnaît que parvenir à l'égalité des genres nécessite une approche qui « garantisse que les filles et les garçons, les femmes et les hommes non seulement aient le même accès aux différents cycles d’enseignement, jusqu’à leur terme, mais aussi qu’ils aient les mêmes possibilités de s’épanouir dans l’éducation et grâce à l’éducation. »

Pour atteindre l'ODD 4, nous devons non seulement nous concentrer sur l'accès des filles à l'éducation, mais surtout veiller à ce qu’elles restent scolarisées, évoluent dans leur apprentissage et puissent obtenir des emplois ou poursuivre leurs études.

Pour ce faire, les jeunes femmes ont besoin d'un soutien en dehors du système éducatif et cela nécessite un financement accru des systèmes et des structures qui soutiennent l'éducation des filles.

Résultats d’une étude sur l’éducation des adolescentes dans 4 pays

En octobre 2020, l’ONG AMPLIFY a lancé une étude dans quatre pays (le Kenya, l’Ouganda, le Rwanda et la Tanzanie), axée sur les causes d’abandons scolaires chez les adolescentes et le rôle des organisations communautaires. L'étude visait à comprendre les obstacles auxquels les adolescentes seraient confrontées lorsqu'elles retourneraient à l'école après la pandémie de COVID-19 et les moyens de les surmonter.

L’étude fournit une évaluation approfondie au niveau communautaire des obstacles qui menacent de restreindre l'éducation des adolescentes tout en rassemblant des preuves sur les meilleures pratiques quant aux éventuelles interventions à mener au niveau régional.

Au plus haut niveau, nos résultats indiquent que les expériences des filles pendant la pandémie sont diverses et accentuent chez elles un sentiment d'isolement, de peur et de désespoir quant à l'avenir.

L'écrasante majorité des filles enceintes pendant l'étude ont déclaré l’être devenue après avoir eu des relations sexuelles de nature transactionnelle contre l’acquisition des biens de base, notamment des produits de premières nécessité.

61 % des mentions de relations sexuelles de nature transactionnelle faisaient état de rapports sexuels contre de la nourriture, des vêtements, du savon ou du lait de toilette ; 19 % contre des produits d'hygiène menstruelle ; 9 % contre d'autres produits tels que des friandises, de l’argent pour payer les frais de scolarité ou des vêtements de luxe ; 6 % contre des téléphones portables ou autres outils technologiques ; et 5 % en raison de la pression sociale.

Ceci montre donc que, la principale raison pour laquelle les filles abandonnent leurs études est qu’elles n’ont pas accès à des aux produits de première nécessité, ce qui les pousse à avoir des relations sexuelles de nature transactionnelle avec des hommes qui les exploitent et leur promettent de l'argent ou des biens matériels, le tout se terminant par des grossesses non désirées.

Les filles subissent également un traumatisme prolongé en cette période de pandémie, qui est beaucoup plus important et dure plus longtemps que la période de fermeture des écoles elle-même. L'expérience quotidienne de la violence, de la pauvreté aiguë, du stress, de l'anxiété, de la stigmatisation et de l'insécurité a contribué à détériorer la santé psychologique et émotionnelle des filles, rendant le retour à l'école improbable sans une prise en charge durable et holistique des multiples aspects de leur bien-être.

De plus, dans l'ensemble de la cohorte de l'étude, les filles ont déclaré que la grossesse était une expérience déterminante dans leur vie et leurs projets futurs. La stigmatisation, l'isolement, l'anxiété et la violence auxquels les filles enceintes étaient confrontées les empêchaient de retourner à l'école et ont contribué à accentuer leurs expériences d'autres obstacles économiques, sociaux et personnels communs à la population étudiée.

5 types d'obstacles au retour des filles à l'école

Nous classons les obstacles au retour à l'école comme suit :

  • Obstacles physiques : relocalisation et/ou déplacement, y compris l'accès inégal aux technologies d'apprentissage à distance et aux environnements d'apprentissage peu favorables ;
  • Obstacles économiques : pression pour gagner un revenu, perte du tuteur, insécurité alimentaire et/ou manque de ressources financières pour acheter le matériel scolaire et payer les coûts liés à leur scolarité ;
  • Obstacles sanitaires : cela inclut les grossesses, mais s’attarde plus particulièrement sur les expériences des filles en matière de violence physique et sexuelle, les mariages précoces, en plus des difficultés d'accès aux services de santé de base, aux informations ou aux ressources sur la santé sexuelle et reproductive ;
  • Obstacles sociaux : environnements familiaux hostiles et culture scolaire toxique (pour les filles enceintes), pression négative des paires et responsabilités familiales accrues ;
  • Obstacles personnels : la perte d'espoir, les peurs et angoisses de ne pas retourner à l'école ; l’absence de confiance en l’institution qu’est l’école (en cas de retour) ; l’absence de compétences techniques ; et un profond sentiment d'insécurité, d’absence de confiance en elles-mêmes et en leur potentiel.
Ivon Rubendefiele, 19 ans, est élève en première année d'installation électrique à l’Institut d’enseignement technique et de formation professionnelle de Mpanda. Crédit : GPE/Kelley Lynch
Ivon Rubendefiele, 19 ans, est élève en première année d'installation électrique à l’Institut d’enseignement technique et de formation professionnelle de Mpanda. Bien qu'elle ait obtenu d'excellentes notes au secondaire et aurait pu poursuivre ses études dans une université, Ivon a plutôt décidé d'aller dans cet établissement. Photo prise en Tanzanie en août 2019
GPE/Kelley Lynch

Les filles savent de quelles solutions elles ont besoin

Pour surmonter ces obstacles, ces filles ont proposé plusieurs solutions et mesures politiques potentielles qui pourraient soutenir la continuité de leur apprentissage. Les caractéristiques communes de ces recommandations étaient leur nature holistique et leur souci profond des aspects sociaux et émotionnels du bien-être des filles.

Il ne suffit pas que les gouvernements déclarent que les filles doivent retourner à l'école. Ils doivent investir dans des systèmes qui permettent la réintégration des filles à l'école et nous devons écouter leurs recommandations pour endiguer le décrochage et ramener les filles à l'école :

  1. Fournir des ressources matérielles et atténuer la vulnérabilité économique

    Le soutien économique sous la forme de biens de base ou de frais liés à l'école est apparu comme une recommandation transversale des filles dans les quatre pays. Il a été constaté que la précarité économique croissante était à l'origine de formes d'abus et d'exploitation sexuelle conduisant à des grossesses non désirées.

  2. Offrir aux filles enceintes et aux jeunes mères des moyens de poursuivre et terminer leurs études

    Étant donné les taux élevés de grossesse chez les adolescentes, les filles ont estimé qu'il était urgent d'offrir aux jeunes mères et aux adolescentes enceintes des options pour poursuivre leur apprentissage. Les recommandations portaient à la fois sur le retour des filles enceintes à l'école en rendant les écoles plus « amies des filles », ainsi qu'en offrant des possibilités d'apprentissage basées sur les compétences telles que la formation professionnelle et l'autonomisation économique.

  3. Combattre la stigmatisation de la grossesse et de la maternité chez les adolescentes et sensibiliser aux droits et aux besoins des filles

    Les filles enceintes pensaient toutes que le retour à l'apprentissage serait insupportable en raison de la stigmatisation sociale associée à la grossesse et à la maternité chez les adolescentes. Les filles ont recommandé que les membres de la famille, les écoles et leurs paires soient sensibilisés aux droits et aux besoins des filles.

  4. Offrir un soutien psychosocial, des conseils et des programmes de mentorat

    Toutes les filles, enceintes ou non, étaient d’accord sur l’importance du soutien psychosocial. Les filles enceintes ont estimé qu'elles avaient besoin de mentorat et de conseils sur la maternité chez les adolescentes, et d'encouragements pour reprendre leurs études. Les filles non enceintes ont estimé que les conseils et le mentorat aideraient à encourager les filles enceintes à retourner à l’école, en dépit des absences prolongées et des angoisses accrues.

  5. Mettre en place des initiatives communautaires efficaces en matière de santé et de droits sexuels et reproductifs

    L'écrasante majorité des filles a déclaré que les écoles étaient le seul endroit où elles pouvaient accéder aux informations et aux ressources relatives à leurs besoins en matière de santé sexuelle et reproductive. Plusieurs d’entre elles ont d’ailleurs attribué l'augmentation des grossesses à l'incapacité d'accéder aux informations et au soutien en matière de santé sexuelle et reproductive à cause de la fermeture des écoles. Elles ont donc recommandé la mise en place d’activités de conseils, de services et de fourniture de conseils en santé sexuelle et reproductive au niveau des communautés, afin de prévenir de futures grossesses.

  6. Rendre l'apprentissage à distance accessible (via des approches « no-tech » ou « low-tech »)

    Très peu de filles, parmi celles interrogées dans le cadre de notre étude, ont pu participer de manière significative à l'apprentissage à distance, et ont estimé que ces interruptions prolongées de leur éducation rendaient leur retour à l'école extrêmement difficile. Les filles ont demandé de l'aide pour pouvoir continuer à apprendre à distance pendant les périodes de fermeture des écoles, que ce soit pendant l’actuelle pandémie ou même après.

Financer les organismes communautaires qui soutiennent les filles

Dans les pays du Sud, de nombreuses organisations communautaires représentent le dernier espoir pour de nombreux enfants d’accéder à l'éducation.

Ces organismes offrent des places en garderie, prennent en charge les cas de violence sexiste (y compris dans les écoles) et demandent justice au nom des filles. Ils les protègent des mutilations génitales féminines et leur redonnent pouvoir et autonomie grâce à des sessions de formation continue.

Les ressources allouées à l’éducation doivent tenir compte des environnements dans lesquels les filles évoluent en dehors des écoles.

Les gouvernements doivent recenser les organisations communautaires au service des filles et investir dans la création d'un partenariat durable pour suivre et retenir les filles dans les écoles.

L'accès à l'éducation dans les pays du Sud est nuancé et dépend de divers facteurs. Nous pensons qu'il est impératif de fournir des ressources aux organisations communautaires pour soutenir la réintégration holistique des filles dans l'enseignement public.

Certes, il est impossible que les écoles résolvent tous les problèmes auxquels chaque enfant fait face, mais il est possible de nouer des partenariats avec des organisations communautaires qui répondent aux besoins des enfants au niveau local. Ces organisations comprennent le contexte local, entretiennent des relations au sein des communautés qu'elles servent et peuvent fournir des services complémentaires en partenariat avec les écoles.

Nous devons développer une approche à plusieurs niveaux pour financer l'éducation des filles et écouter ce que les apprenants partagent avec nous à l’échelle mondiale.

Inscrivez-vous ici pour participer à une discussion sur la façon dont nous pouvons soutenir les adolescentes, de partout à travers le monde, dans leur lutte pour leur droit de retourner à l'école le 21 juillet 2021.

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