Former la jeunesse africaine à l’informatique et à la robotique n’a jamais été aussi urgent

Seul un effort collectif et concerté de l’ensemble des forces vives du continent africain (ministères, fondations, ONG, prestataires de formation spécialisés et autres start-ups agiles) permettra de donner les clés du monde de demain à nos enfants, dont le potentiel de créativité ne demande qu’à être révélé.

19 mai 2020 par Evelyne Beguinot, Happy Coders Academy
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Lecture : 6 minutes
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Une classe de coding et robotique chez Happy Coders Academy à Abidjan en Côte d'Ivoire en 2019.
Une classe de coding et robotique chez Happy Coders Academy à Abidjan en Côte d'Ivoire en 2019.
Happy Coders Academy.

Ce billet est le 5e publié en 2020 dans le cadre d'une collaboration entre l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA) et le Partenariat mondial pour l’éducation (PME), lancée en 2017.

À l’heure où la révolution digitale est en marche, entrainant dans son sillage des mutations profondes de nos procédés de fabrication et nos circuits de distribution, les technologies numériques ne sont plus aujourd’hui la chasse gardée de spécialistes surdiplômés ou bien « geeks » opérant dans les départements des systèmes d'information.

Le rythme et l’ampleur de cette révolution sont inédits à l’échelle de l’histoire humaine et il est aujourd’hui inconcevable d’accentuer la fracture économique entre l’Afrique et le reste du monde, en créant une nouvelle fracture – numérique cette fois-ci – sur notre continent.

Ainsi, si le numérique fait de plus en plus partie de notre quotidien, notamment grâce à l’amélioration des réseaux téléphoniques sur notre continent qui investissent nos foyers et nos lieux de travail, y avoir simplement accès n’est plus suffisant, même s’il c’est évidemment nécessaire.

Pour exister et être compétitive sur la scène internationale, notre jeunesse ne peut se permettre d’être cantonnée à un rôle « d’exécutant ».

Il lui est indispensable de maîtriser l’essence de ces langages numériques et robotique pour être moteur et acteur du monde de demain et ne pas le subir. Cela veut dire être capable de comprendre comment ces technologies fonctionnent mais surtout de savoir créer avec et libérer son potentiel de créativité.

L’importance du coding pour l’éducation et la formation en Afrique

Les langages de programmation (coding) et la robotique sont aujourd’hui plus accessibles qu’auparavant, tant financièrement (la plupart des langages étant gratuits, en « open source ») que techniquement, grâce à leur « textualisation » (assemblage de blocs de commandes) et à la multitude d’outils et tutoriels en ligne rendant leur apprentissage basique et accessible à tous.

L’enjeu n’est pas tant dans leur accès mais dans leur usage : il faut apprendre à réfléchir avec ces outils, à créer, innover et les intégrer dans des réflexions beaucoup plus larges et profondes. En somme, il faut réapprendre à apprendre tout en capitalisant sur les effets positifs inhérents à l’apprentissage du code informatique et de la robotique.

L’initiation au coding et à la robotique permet de doter les enfants de compétences cognitives essentielles pouvant être utiles dans l’apprentissage de toute matière académique (scientifique ou non). En apprenant à coder, l’enfant va se familiariser à la démarche de résolution de problèmes et développer son esprit critique. Il va devoir identifier et isoler de manière précise le sujet à traiter, en identifier les causes racines puis tester les solutions potentielles à y apporter. Il va également développer des capacités de séquencement en agençant ses actions dans un ordre cohérent et logique (l’algorithme).

A coding and robotics class at Happy Coders Academy in Abidjan, Cote d'Ivoire. 2019.
Une classe de coding et robotique chez Happy Coders Academy à Abidjan en Côte d'Ivoire en 2019.
Happy Coders Academy

Le coding révèle la créativité

Le coding permet également de développer l’autonomie et de révéler le potentiel de créativité des enfants. En découvrant comment créer par lui-même des petites scènes d’actions ou des jeux, l’enfant est incité à prendre des initiatives.

De plus, il apprend à mobiliser sa capacité d’imagination et sa créativité puisqu’il doit concevoir, anticiper et ensuite déployer des séquences à l’écran. Même un problème très simple en informatique peut être résolu de 500 façons différentes. Les enfants développent ainsi leur propre style, inventent leur propre solution avec leur pensée originale.

Ce qu’acquièrent finalement les enfants, c’est la compréhension intuitive du monde qui les entoure. Ainsi, ces « digital natives » seront capables d’y avoir un impact pour faire progresser l’ensemble de la société et disposeront de clés pour réussir dans un monde en pleine mutation..

Selon le dernier rapport sur le futur du travail publié par le Forum économique mondial, les professions de l'avenir exigeront de plus en plus des compétences à la fois numériques et humaines. Les groupes professionnels clés qui émergent reflètent l'adoption de nouvelles technologies, entraînant une augmentation de la demande d'emplois dans l'économie verte, dans les données et l'IA ainsi que dans l'ingénierie, le cloud computing, la robotique et le développement de produits.

Nous ignorons quels seront les métiers de demain mais il y a une seule certitude : la programmation est nécessaire, et ce dans tous les corps de métier, depuis le médecin jusqu’au mécanicien !

Briser les préjugés

Enseigner le code informatique à l’école peut produire des résistances à différents niveaux des systèmes éducatifs. Certains éducateurs, pédagogues, décideurs et même parents, peuvent s’opposer à l’idée de l’enseignement du coding aux enfants sous prétexte qu’il s’agit d’une matière complexe, à réserver à des stades plus avancés dans la scolarité.

Ainsi, il nous semble impératif que les enfants, mais aussi les enseignants et les parents, comprennent l’enjeu de l’introduction de ce nouvel enseignement multidisciplinaire. Le chantier est immense car il s’agit d’enseigner une nouvelle matière sans avoir une équipe pédagogique préalablement formée pour cela, dans un contexte où l’éducation est souvent encore administrée par des générations formées elles-mêmes dans une conception de spécialisation disciplinaire verticale.

Afin de réussir ce défi, des partenariats entre les écoles et les entreprises, les universités, des collectivités territoriales, des acteurs de l’éducation privés, des parents d’élèves et des organismes de recherche, nous semblent indispensables.

Mettons en place les ponts nécessaires entre les différentes parties prenantes pour réussir ensemble ce challenge pour notre continent.

Pourquoi les partenariats sont essentiels

Tout d’abord, les différents ministères de l’Éducation de nos pays doivent absolument intégrer l’apprentissage du code informatique et de la robotique dans les curricula scolaires, et ce, dès le plus jeune âge (dès les petites classes, avec un dosage débranché/branché plus important pour limiter le temps devant les écrans et favoriser l’expérimentation manuelle).

Ensuite, il faut évidemment continuer à équiper les écoles des outils indispensables à cet apprentissage (ordinateurs, connexions internet, robots éducatifs). Aussi, ceci doit d’inscrire dans une démarche concertée avec l’ensemble des acteurs impliqués (ministères, fondations, ONG, prestataires de formation spécialisés) afin de favoriser l’apprentissage du coding à la jeunesse africaine.

Mais au-delà du développement du « hardware », qui est plutôt bien fait dans de nombreux pays aujourd’hui, il est également indispensable de donner les clés de cet apprentissage spécifique aux professeurs des écoles, à savoir de développer le « software », ou autrement dit, la méthodologie d’apprentissage, c’est-à-dire la « pédagogie active ».

. Il s’agit là du défi le plus important : on parle à la fois d’évolution du programme de formation initiale, de recrutement de formateurs ad hoc, de formation continue proposée aux enseignants sur un critère de « motivation », etc.

La méthodologie de Happy Coders Academy

Happy Coders Academy (HCA), start-up africaine pleine d’énergie lancée en 2015, s’est imposée comme l’un des acteurs incontournables dans la formation de la jeune génération africaine aux outils numériques. Elle se fixe comme ambition de doter les milléniaux africains de toutes les clés pour réussir dans un monde de plus en plus digitalisé.

Avec déjà 3 laboratoires opérationnels en Côte d’Ivoire, au Maroc et au Sénégal, la start-up met en avant une pédagogie active axée sur l'investigation, la recherche et l'expérimentation.

À travers des ateliers de coding, de modélisation 3D, de conception de jeux vidéo, et bien sûr de robotique, les 20 animateurs professionnels de HCA transmettent au quotidien leur passion aux enfants ou aux enseignants, à travers des programmes de formation aux formateurs.

Depuis son lancement, plus de 10 000 enfants et 500 enseignants ont ainsi déjà été initiés à sa pédagogie.

La pandémie de COVID-19 pousse à l’action radicale

À l’heure du Coronavirus, nous n’avons plus le choix ! Cette crise pourrait être une « piqûre salutaire » pour l’Afrique. Elle a mis en lumière l’importance de résorber très rapidement la fracture numérique qui prive l’accès à l’enseignement de millions d’enfants aujourd’hui et exacerbe les inégalités.

Nous devons changer radicalement la vision sur laquelle reposent nos modèles éducatifs. Nous devons dessiner notre futur.

Bâtissons des écoles qui ressemblent à l’Afrique que nous voulons ! Des écoles qui formeront une jeunesse africaine dont le potentiel ne demande qu’à être relevée. Des écoles qui vont bousculer les rôles classiques et nécessiter un véritable contrat de confiance État-secteur privé-tissu associatif.

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Commentaires

Bonjour, j'aimerais savoir si l'Association " Partage" ou " Racines", assez bien implantée au Bénin, participe à ce projet pédagogique de sensibilisations des enseignants au numérique.

Merci, bonne journée.

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