Le réveil progressif de l’éducation : réflexions issues du GESF

Julia Gillard et Mohamed Sidibay durant le Global Education & Skills Forum. Crédit: GESF

Julia Gillard et Mohamed Sidibay durant le Global Education & Skills Forum.

CREDIT: GESF

« Comment peut-on aider, Mohamed ? » C’est la question qu’on me pose souvent lorsque je parle de mon enfance tourmentée en Sierra Leone et de l’importance de l’éducation dans la reconstruction.

Il y a une certaine urgence dans la voix de ceux qui m’ont entendu parler de mon passé, de mon présent et de ma vision de l’avenir. Ce sont des gens qui ont le pouvoir et l'influence requis pour opérer un véritable changement, et ils veulent aider et contribuer à cette nouvelle phase de ma vie.

Je demande toujours la même chose : j’ai besoin qu’ils se saisissent de l’objectif d'offrir l’accès à une éducation de qualité à tous les garçons et les filles avec ce même degré d’urgence. Parce que les filles et les garçons que je représente sont aussi réels que moi.

Le partenariat est la première étape de la victoire dans le combat pour une éducation de qualité

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Quand je suis arrivé pour faire mon discours liminaire à l’assemblée annuelle du Forum mondial de l’éducation et des compétences (GESF) de la Fondation Varkey à Dubaï, inutile de dire que j’attendais les mêmes questions de la part des dirigeants et acteurs mondiaux de l‘éducation.

Je fus surpris de voir une évolution dans l’approche de ceux qui proposent leur aide. Ils n’ont pas demandé ce qu’ils pouvaient faire, mais plutôt : « Comment peut-on agir ensemble pour empêcher ce qui vous est arrivé de se reproduire ? »

J’ai toujours assisté à ces conférences avec un certain scepticisme, né des promesses non tenues qui m’ont été faites, et du fait que les voix des innombrables enfants ne sont généralement ni dans la salle ni sur la scène.

Peut-être que la Fondation Varkey avait réussi à rassembler 2 000 personnes qui non seulement posaient les bonnes questions, mais entreprenaient les bonnes actions. Ou peut-être que le monde avait fini par comprendre qu’en ne donnant pas accès à une éducation de qualité à chaque enfant, nous nous trouvions à présent au bord du gouffre. Ou peut-être, juste peut-être, que l’on comprenait enfin que les frontières et les soldats ne sont que des solutions provisoires à un problème catastrophique, et que notre seule vraie solution est de répandre le savoir et les opportunités en donnant accès à une éducation de qualité à chaque fille et chaque garçon.

Bien que le GESF ait repoussé les limites du fonctionnement des conférences sur l’éducation en termes de sujets de discussion, de recommandations faites et d'engagements pris entre les parties prenantes et les jeunes, il échouait dans un aspect très important : l’implication des Ministres des Finances.

Le financement de l’éducation est la question clé

Mohamed Sidibay durant le Global Education & Skills Forum. Crédit: GESF. title=

Mohamed Sidibay durant le Global Education & Skills Forum.

Crédit: GESF

Quand tous les participants partagent un même sentiment sur l’impératif du financement de l’éducation, je me suis demandé pourquoi ce groupe en particulier manquait à l’appel. Je comprends, le GESF n’est peut-être pas concerné par la levée directe de fonds pour l’éducation ni par le fait de solliciter les États pour qu’ils augmentent leur financement de l’éducation, mais il est concerné par la formation, la production et la présentation d'enseignants de qualité. Or le financement de l’éducation et les enseignants de qualité sont les deux faces d’une même pièce. Tous devraient donc s’intéresser au financement de l’éducation.

Je recommande ainsi que lors de sa prochaine conférence, le GESF inclue des Ministres des Finances à la fois des pays donateurs et des pays bénéficiaires. À voir ce que la Fondation Varkey a pu accomplir en si peu de temps, je sais que Vikas et son équipe y parviendront.

Je comprends que pour des Ministres des Finances, la décision de participer à des événements tels que le GESF n’incombe pas à la seule responsabilité des organisateurs. Conformément au Programme d’action sur le financement du développement d’Addis Abeba, j'émettrai une recommandation générale : appeler à davantage de dialogue au niveau mondial et régional entre les Ministres des Finances et les Ministres de l’Éducation réunis ensemble pour traiter de l’état de l’éducation dans le monde, promouvoir un financement accru et mieux adapté au secteur et revitaliser les investissements.

Tous les participants aux débats ont convenu de l’importance primordiale de l’éducation

Quant au contenu et à l’innovation, il convient de mentionner tout particulièrement l’événement en live du GESF; un talk show live innovant, qui a rassemblé les plus grands noms de la politique, du sport, des médias et du divertissement pour évoquer l’éducation en 2030.

La star de la série Suits, Sarah Rafferty, elle-même fille d’enseignante, a parlé du rôle des enseignants dans le développement des enfants. Elle a attribué sa réussite à son éducation, un sentiment partagé par sa partenaire Gina Torres. La conclusion commune à tous les intervenants (Gina Torres, Sarah Rafferty, le célèbre joueur de cricket Brian Lara, l’ex-Premier Ministre britannique Tony Blair, l’ex-joueur de football d’Angleterre Jermaine Jones et moi-même) était que l’éducation est l’investissement unique le plus important que peuvent faire les pays comme les individus.

Les jeunes font partie de la solution

La table ronde de haut niveau du G7 de Plan International a souligné certaines des difficultés souvent rencontrées dans ce type d’événement, notamment un accord sur la meilleure approche à adopter pour financer l’éducation. Les termes financement innovant ont été lancés à maintes reprises, certains étant pour, d’autres contre.

Cependant, il n’y eut aucun débat quant à une recommandation précise : demander aux pays bénéficiaires d’élargir leur assiette fiscale grâce à des systèmes fiscaux innovants. Je ne vois toujours pas très bien ce que peuvent être ces systèmes fiscaux innovants. Une autre recommandation concrète a toutefois été faite par des membres de la table ronde du G7 : il s’agit, pour la société civile et les comités directeurs, de faire pression pour que l’éducation des filles dans les situations d’urgence soit au cœur de la Présidence canadienne du G7 – recommandation que je crois applicable.

En tant que jeunes participants à cette table ronde, avec ma collègue déléguée de la jeunesse Vivian, nous avons senti qu’une place était donnée aux jeunes dans de multiples discussions tout au long de l'événement. Mais par-dessus tout, nous avons senti que nous étions entendus. Comme si une ampoule s’était allumée ; les jeunes font partie de la solution, et sans nos remarques, les objectifs de développement durable à l’horizon 2030 ne seront qu’une chimère aux conséquences dramatiques.

La Conférence de refinancement du Partenariat mondial pour l’éducation est passée, le Forum mondial de l’éducation et des compétences est passé, le tour est à présent au sommet du G7. Si les objectifs sont simples, les enjeux n’ont jamais été aussi grands.

En tant que jeunes et militants, nous devons utiliser toutes les plateformes mises à notre disposition pour exiger du Premier Ministre canadien Trudeau qu’il fasse de l’accès à une éducation de qualité pour les filles et les garçons le cœur de sa présidence du G7.

Jeunes

Auteur (s)

Défenseur de la paix
Mohamed Sidibay a grandi en Sierra Leone pendant la guerre civile. Il a été orphelin, analphabète, sans domicile et violé. À l'âge de 5 ans, il a été témoin de l'assassinat de toute sa famille et a été enrôlé...

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