Leadership féminin et valorisation des talents des filles en cette période de pandémie de coronavirus

La pandémie de coronavirus affecte les femmes et les filles de manière disproportionnée. Le leadership féminin et le fait de veiller à ce que l'éducation des filles reste au premier plan du programme de développement aideront certainement à atténuer les effets de cette pandémie et des pandémies futures.

06 avril 2020 par Victoria Egbetayo, Global Partnership for Education Secretariat et Boyeoluwatito Foluyinka Fakoya, Global Partnership for Education Secretariat
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Lecture : 5 minutes
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Alice Albright et la Présidente d'Ethiopie S.E Sahle-Work Zewde. Crédit: PME/Tim Kelly
Alice Albright et la Présidente d'Ethiopie, S.E Sahle-Work Zewde, à Addis-Abéba début mars 2020
PME/Tim Kelly

En l'espace de seulement trois mois, tant de choses ont changé partout dans le monde, pour chacun d'entre nous et pour nos organisations. Le mois dernier encore, nous célébrions la Journée internationale de la femme, et cela semble déjà si loin.

Aujourd'hui, le COVID-19 éclipse tous les aspects de notre vie. Le virus a déjà provoqué la mort de nombreuses personnes et beaucoup de choses que nous tenions pour acquises sont désormais perturbées, ce qui nous oblige à adopter de nouvelles pratiques. La pandémie met à l'épreuve nos systèmes sociaux, politiques et économiques collectifs, plongeant une grande partie du monde dans un même ensemble de crises multiples.

Si l'humanité a beaucoup souffert de la crise, celle-ci contribue également, d'une certaine manière, à la restaurer : beaucoup d'entre nous doivent ralentir leurs activités, familles et communautés sont aujourd’hui soudées d'une manière que l’on n'avait pas connue depuis des générations, et à mesure que l'activité économique ralentit, le monde observe la diminution de la pollution due à la réduction des émissions de carbone.

Les lacunes dans la riposte à la pandémie et dans les infrastructures d'apprentissage face à la crise

La crise a mis en évidence des lacunes flagrantes dans la préparation à la réponse à une pandémie et dans les infrastructures d'apprentissage de par le monde pour y faire face. Elle a mis en évidence le fait que les obstacles à l'éducation ne se limitent pas au seul secteur de l'éducation, et qu’un travail intersectoriel est essentiel pour trouver des solutions à long terme, notamment en débloquant des ressources et des compétences.

Un peu comme avec l’Ebola, le COVID-19 est une crise sanitaire qui empêche des millions de personnes d'aller à l'école et pourrait les contraindre à ne plus jamais y retourner. La pandémie a transformé de nombreux parents en instructeurs sans qu’ils aient reçu une formation spécifique et, parallèlement, a suscité un regain de considération pour les enseignants et l'enseignement. Elle a permis à l'humanité de mieux comprendre et d'apprécier à quel point il est précieux de pouvoir aller à l'école.

Elle met également en évidence les tristes inégalités entre les nations pauvres et riches dans la continuité de l'apprentissage, l'apprentissage à distance et l'apprentissage en ligne, que ce soit en matière d'infrastructures ou de connectivité des TIC notamment.

De nombreux pays à faible revenu doivent s'en remettre à des solutions de faibles niveaux technologiques, tandis que le reste du monde continue à essayer d'aller de l'avant et à se préparer à une économie de la connaissance d'après-crise. Bien sûr, il y a une place pour les options de basse technologie mais, c'est précisément là tout l’enjeu : il doit s'agir d'options plutôt que de solutions par défaut.

Alice Albright et le Pr Sarah Anyang Agbor, Commissaire de l'Union africaine aux ressources humaines, à la science et à la technologie. Crédit : PME/Victoria Egbetayo
Alice Albright et le Pr Sarah Anyang Agbor, Commissaire de l'Union africaine aux ressources humaines, à la science et à la technologie.
PME/Victoria Egbetayo

L’impact de la pandémie sur les femmes et les filles

La pandémie a mis en évidence le travail non rémunéré que les femmes fournissent quotidiennement à la société et à leur famille. Comme l'a souligné Devex, « ce sont surtout des femmes qui sont en première ligne en tant que travailleuses dans le domaine de la santé. Au niveau mondial, les femmes représentent 70 % du personnel de santé ».

En revanche, les femmes ne représentent que 25 % des dirigeants du secteur de la santé dans le monde et sont sous-représentées dans les organes de décision et de direction chargés de la santé mondiale dans le cadre du COVID-19 (en anglais). Les femmes continuent d'être sous-représentées dans les instances politiques et les conseils d'administration, ce qui est symptomatique de notre société. Dans certaines régions, il est nécessaire d'augmenter le nombre d'enseignantes et de femmes à la tête des écoles, afin qu'elles puissent donner l’exemple et que davantage de filles débutent et poursuivent leur scolarité.

Avec la fermeture des écoles et l'éloignement social, les filles sont parmi les plus vulnérables. Comme le soulignent Angelina Jolie et Audrey Azoulay (en anglais), avec la fermeture des écoles, « les mariages précoces augmentent, davantage d'enfants sont recrutés dans des milices, l'exploitation sexuelle des filles et des jeunes femmes s’amplifie, les grossesses d'adolescentes se multiplient et le travail des enfants augmente ».

Tous ces éléments ont un impact sur le retour des filles à l'école, et nous risquons de perdre les acquis sauvegardés en matière d'éducation des filles jusqu’ici. Il faut tirer des enseignements importants de la crise Ebola et de l'impact des fermetures d'écoles sur les filles (en anglais). L’inverse est également vrai, l'éducation améliore considérablement non seulement les perspectives de vie des individus, mais aussi la stabilité et la prospérité de sociétés entières.

L'éducation comme levier pour accroître le nombre de femmes qui exercent des fonctions de direction

Au 31 mars, 382,5 millions d'enfants n'étaient pas scolarisés en raison de la fermeture d'écoles dans 64 des 68 pays partenaires du PME. Le COVID-19 amplifie les difficultés que les enfants et les jeunes des pays partenaires du PME rencontrent déjà pour bénéficier d'une éducation de qualité. Il aura aussi probablement des implications sur les investissements dans l'éducation publique et sur l'aide extérieure (en anglais) qui seront déjà fortement mobilisés après la crise.

Il souligne également le rôle essentiel que joue l'éducation pour encourager l'innovation et les compétences nécessaires pour affronter la prochaine crise, ainsi que le rôle important que joue l'éducation pour favoriser le leadership féminin – notamment la prochaine génération de médecins, infirmiers, scientifiques et techniciens nécessaires pour lutter contre la prochaine pandémie.

L'éducation est un secteur dans lequel les femmes jouent un rôle primordial, comme en témoignent le nombre de femmes qui dirigent les organisations internationales spécialisées dans ce domaine – dont le PME, l'UNESCO, l'UNICEF et le fonds ECW - ainsi qu’un certain nombre de grandes ONG. Au niveau des pays, S.E. Mme Sahle-Work Zewde, première femme Présidente de la République démocratique fédérale d’Éthiopie, seule femme cheffe d'État en Afrique et présidente de la Commission internationale sur les futurs de l’éducation peut également être citée en exemple.

Lors d'une visite en Éthiopie qui s’est déroulée très peu de temps avant la pandémie de COVID-19, Alice Albright, Directrice générale du Partenariat mondial pour l'éducation et membre du Conseil consultatif de la Commission sur les futurs de l'éducation, a rencontré la Présidente Zwede pour discuter du leadership des femmes et des filles, de la réduction de l'écart entre les genres, de l’élargissement de l'accès des filles à tous les niveaux du système éducatif et de la possibilité pour les femmes d'assumer davantage de rôles décisionnels et politiques. Elles ont également évoqué la nécessité de transformer l'éducation, de veiller à ce qu'elle soit adaptée au monde de demain et aux besoins des jeunes et de l’économie de leurs pays.

Le COVID-19 contribue d’une certaine manière à tisser les liens nécessaires

En fait, le COVID-19 contraint la communauté éducative mondiale à se détacher des pratiques habituelles, à travailler encore davantage en partenariat, à identifier des moyens alternatifs pour les enfants et les enseignants de poursuivre un apprentissage à distance et, dans les régions éloignées, à avoir accès à des ressources éducatives fiables et de qualité pour l'enseignement et l'apprentissage à distance.

Au niveau régional, le professeur Sarah Anyang Agbor, Commissaire de l'Union africaine aux ressources humaines, à la science et à la technologie, a fait remarquer, lors de cette visite en Éthiopie, qu'il était important d'intégrer l'approche DOTSS au secteur de l'éducation : D - la connectivité numérique, qui implique de connecter chaque école à l'internet ; O - les plateformes d'apprentissage en ligne pour compléter l'apprentissage traditionnel dans les salles de classe ; T - les enseignants en tant que facilitateurs de l'apprentissage ; S - la sécurité à l'école et en ligne ; S - les compétences fondamentales, axées sur l’emploi et qui apprennent aux enfants à apprendre.

Célébrons les femmes qui ont répondu à l'appel dans la lutte contre la pandémie, reconnaissons les hommes qui ont soutenu l'égalité des genres et travaillons pour que chaque fille ait une chance égale d'utiliser ses propres compétences en vue du progrès économique et social. 

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