Mettre fin au silence sur le mariage précoce et les difficultés d’accès à l’école des filles
Les 24 et 25 novembre, la Commission de l’Union africaine, les Premières Dames d’Afrique, des OSC, des chefs traditionnels et partenaires multilatéraux se sont réunis à Accra, au Ghana, pour la deuxième édition du Sommet des Premières dames d’Afrique visant à mettre fin aux mariages d’enfants et aux autres pratiques culturelles préjudiciables aux filles
18 décembre 2018 par Juliet Kimotho, Forum for Africa Women Educationalists Regional Secretariat, and Victoria Egbetayo, Global Partnership for Education|
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Une seesion du Sommet des Premières dames d’Afrique visant à mettre fin au mariage d’enfants et aux autres pratiques culturelles préjudiciables aux filles. Accra, 24-25 novembre 2018.
CREDIT: GPE/Victoria Egbetayo

Les 24 et 25 novembre, la Commission de l’Union africaine, les Premières Dames d’Afrique, des OSC, des chefs traditionnels et partenaires multilatéraux se sont réunis à Accra, au Ghana, pour la deuxième édition du Sommet des Premières dames d’Afrique visant à mettre fin au mariage d’enfants et aux autres pratiques culturelles préjudiciables aux filles sous le thème « Halte au silence ». L’événement a été précédé d’un sommet de la jeunesse, qui a rassemblé des centaines de jeunes de tout le continent.

Le GPE et le FAWE ont pu apporter à la campagne une certaine perspective sur l’éducation et une priorité stratégique renouvelée. Le rapport « Éduquer les filles et mettre fin au mariage d’enfants : une priorité pour l’Afrique » publié par la Banque mondiale et financé par le GPE, a été présenté lors du Sommet, animant le débat sur les facteurs et l’impact du mariage précoce des filles et le rôle de l’éducation.

La coalition du FAWE et des délégués de la jeunesse se sont activement impliqués dans les discussions thématiques et ont partagé leur expérience sur l'accès aux services de santé reproductive destinés aux jeunes, le rôle des jeunes dans la lutte contre le mariage précoce et l’implication des filles dans la prise de décisions pour les questions qui les concernent.

Des efforts initiés par l’Union africaine

Lancée en 2014 par les Ministres africains du Développement social, la campagne de lutte contre le mariage d’enfants de l’Union africaine cible principalement 30 pays. Une des forces de l’Union africaine est sa capacité à réunir les États du continent pour travailler ensemble sur les questions clés. La réunion du Ghana fut l’occasion pour toutes les parties prenantes de revenir sur les progrès réalisés par la campagne depuis 2014 et de définir ses priorités pour la prochaine période stratégique 2019 – 2023, dans le but de mettre fin à cette pratique et d’inverser les forts taux de prévalence.

Aujourd’hui, 125 millions de filles sont mariées avant l’âge de 18 ans. L’Afrique affiche le taux de mariage d’enfants le plus élevé (40 %) après l’Asie du Sud (bien que le Bangladesh ait le plus fort taux de mariage des moins de 15 ans). L’Afrique de l’Ouest a, quant à elle, la plus forte prévalence au monde.

Le FAWE, en tant que membre de l’Alliance pour un plaidoyer en faveur des filles, s'attache à influencer l'élaboration et la mise en œuvre, au niveau national et local, de politiques qui traitent le mariage des enfants comme un obstacle à la poursuite de la scolarité des filles.

Le conflit est un des facteurs clés. Dans les situations de conflit, les filles sont 2,5 fois plus susceptibles d’être non scolarisées, sont exposées à des risques supplémentaires (violence, abus, exploitation) et à la pression du mariage précoce, ce qui contribue à réduire les opportunités qu’elles auront au cours de leur vie.

En situation de conflit et d’aide humanitaire, un pourcentage élevé des décès maternels est également dû aux grossesses, notamment précoces. Le rapport de la Banque mondiale estime que pour 12 pays, l’impact économique du mariage des enfants coûte 63 milliards de dollars de pertes en termes de revenus et de capital humain. Ces pays représentent la moitié de la population du continent.

Une éducation de qualité joue un rôle clé dans la prévention du mariage des enfants

Les enfants mariées sont davantage susceptibles d'abandonner l'école et achèvent moins d'années de scolarité comparé aux jeunes filles qui se marient plus tard. Elles sont également susceptibles d'avoir des enfants à un jeune âge, ce qui a un impact sur leur santé, ainsi que sur l’éducation et la santé de leurs enfants.

Le mariage d’enfants et les grossesses précoces sont des facteurs clés des taux de mortalité et de morbidité des adolescentes et des enfants de moins de cinq ans. Des données empiriques montrent pourtant qu'une année d’enseignement secondaire réduit les risques de mariage d’enfants d’environ 5 à 7 points.

Pour une fille qui reste scolarisée dans le secondaire, il y a 7 % de chance de réduire le mariage précoce, et ce pourcentage progresse avec chaque année d’enseignement secondaire supplémentaire.

L’accès à une éducation de qualité permet un meilleur accès à l'information et augmente ainsi les connaissances des filles en matière de santé sexuelle et reproductive, de VIH/SIDA, ce d’autant plus que les filles-mères sont parfois trop timides pour solliciter des conseils ou des services sur les questions de santé. La poursuite d’études supérieures est également liée à une réduction d’un tiers du taux de fertilité.

Le mariage d’enfants n'est pas inéluctable

Le sommet a permis de démystifier le mariage d’enfants, le considérant comme un vice perpétué par des facteurs tels que la non-harmonisation des politiques de protection entre politique publique et coutumes ; la connaissance limitée ou inexistante qu’ont les filles sur les cadres régissant le mariage d’enfants, la pauvreté, l’illettrisme, et les traditions et cultures, voire la religion, autant d’éléments qui peuvent être préjudiciables.

Le thème du sommet, « Halte au silence », s’est focalisé sur le lien entre les inégalités entre sexes, les normes genrées, le manque d’équité et la violence contre les filles et les femmes, toutes contribuant à perpétuer des pratiques préjudiciables à l’encontre des filles. Les participants ont appelé à un plus large engagement civique pour la responsabilisation et l’évolution des comportements au niveau national et régional, et à la lutte contre les obstacles entravant la santé sexuelle et reproductive des adolescentes, ainsi que les droits et services en matière d'éducation.

Des stands présentant des documents pendant la conférence. Credit GPE/Victoria Egbetayo
Des stands présentant des documents pendant la conférence.
CREDIT: GPE/Victoria Egbetayo

Les parties prenantes ont également souligné l’importance de l’aspect trans-sectoriel (en particulier entre l’éducation et la santé) du maintien des filles à l’école.

Au-delà des politiques, des efforts supplémentaires sont nécessaires

Si l’action contre le mariage d’enfants est forte au niveau régional, les participants ont souligné la nécessité d’en renforcer la mise en œuvre et la responsabilisation. À ce jour, 24 pays ont lancé la campagne Halte au mariage des enfants depuis 2014. Près de 30 % des États membres ont mis en place et appliquent des lois de protection des filles, 41 % ont élaboré des plans stratégiques nationaux, et 55 % ont établi des mécanismes de coordination trans-sectoriels.

Si les progrès sont louables, les participants ont appelé à faire davantage pour leur accélération, en mettant notamment fin aux autres actes de violence contre les filles (mutilation génitale féminine, violence à l’école et exclusion due aux discriminations). Les pays doivent réduire les écarts dans les lois, les vides juridiques existant entre le droit coutumier et le droit législatif, les disparités entre l’âge minimum et le consentement d’un tiers pour le mariage d’enfants.

Des suggestions intéressantes ont été faites : les chefs culturels pourraient former un Mouvement conjoint africain pour signaler les cas de mariage d’enfants ; l’établissement d’« écoles des maris », où les jeunes adolescents époux pourraient apprendre à prendre soin d’eux, se maîtriser, protéger les filles et défendre le droit de ces dernières.

On a demandé aux jeunes de ne pas s’éloigner des communautés, mais au contraire, d’augmenter davantage leur implication dans les structures traditionnelles.

Les recommandations suivantes ont été faites :

  • améliorer le cadre conceptuel de la campagne,
  • généraliser le suivi et évaluation, notamment en travaillant davantage avec les OSC pour contribuer à la collecte des données et à la responsabilisation sociale, un engagement plus strict et plus ciblé des pays très concernés, avec un suivi étroit et des mécanismes de responsabilités efficaces,
  • établir une description complète de la campagne définissant les efforts multisectoriels et resituant le manque d’accès à l’éducation et aux droits à la santé sexuelle et reproductive au sein du cadre élargi des inégalités entre les sexes, des normes genrées et des disparités de pouvoir,
  • déployer un programme complet d’éducation sexuelle dans les programmes scolaires
  • renforcer les liens entre le mariage d'enfants, la grossesse précoce et le viol d’enfants et d’adolescents handicapés

Dans l’ensemble, les participants ont appelé à mobiliser plusieurs leviers pour accélérer l’action et l’évolution des comportements. Pour combler les manques en termes de mise en œuvre entre la politique et son interprétation pour les communautés locales, il nous faut renforcer l’engagement et l’inclusion de la jeunesse, des chefs traditionnels et des médias, ainsi qu’un financement intérieur accru.

En tant que partenaires de l’Initiative des Nations unies en faveur de l’éducation des filles (UNGEI), le GPE et le FAWE se sont engagés à accélérer l’action en matière d’inégalités entre les sexes et d’éducation des filles.

Il s’agit notamment d’établir un partenariat pour le déploiement du Guide pour l’élaboration de plans sectoriels de l’éducation favorisant l’égalité des sexes du GPE/UNGEI et comme un des points de départ de la mise en œuvre de la Stratégie sur l’égalité entre les sexes pour la CESA 16-25.

Nous désirons continuer à influencer les politiques et programmes qui défont les obstacles à l’éducation des filles, en particulier la lutte contre le mariage d'enfants et la rescolarisation des filles à la suite d’une grossesse, et toute autre pratique préjudiciable ayant un impact sur l'apprentissage et l’accès à l’éducation des filles. Nous ne pouvons en effet vivre dans un monde où la moitié de la population ne se voit pas accorder les mêmes possibilités d'épanouissement.

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Commentaires

Bonjour Team, Je suis très content et intéressé de toutes vos initiatives car je suis un des jeunes très actif et coordonnateur d'une structure ou association sans but lucratif ASBL Gouvernement des jeunes agglutinés GOURVEJA pour l'encadrement,la formation, l'épanouissement de jeunes. J'espère mieux parler avec vous par correspondance. Merci

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