Pas d'avenir pour les filles vulnérables si les armes ne sont pas réduites au silence

Les pays africains doivent faire davantage pour garantir aux personnes les plus vulnérables à la violence, les femmes et les filles notamment, le soutien dont elles ont besoin pour prospérer.

13 mars 2020 par Rita Bissoonauth, African Union International Center for Girls and Women’s Education in Africa
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Lecture : 4 minutes
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Photo de famille des participants au 4e Dialogue de haut niveau sur l'éducation et l'égalité des sexes
Photo de famille des participants au 4e Dialogue de haut niveau sur l'éducation et l'égalité des sexes.
Commission de l'Union africaine

La Journée internationale des droits des femmes (JIF) célébrée récemment a été l’occasion de se demander ce que font les pays africains pour s’assurer que les investissements dans l’éducation, en particulier pour les filles, créent les conditions d’une paix durable.

Les conflits constituent toujours l’un des défis les plus importants de l’Afrique aujourd'hui. La montée de l'extrémisme et des conflits liés aux ressources naturelles alimente l'instabilité. Cela sape à son tour le processus de développement en Afrique. Et l'éducation, l'un des piliers du progrès, en est gravement affectée.

Les conflits affectent davantage les femmes et les filles

En temps de conflit, l'éducation est très souvent l'un des secteurs les plus affectés. Bien que tout le monde soit touché, les femmes et les filles, qui sont déjà bien marginalisées du fait des normes culturelles et sociales, le sont encore plus que le reste de la population. Les filles courent 2,5 fois plus de risque de ne pas aller à l'école lorsqu'elles vivent dans des pays touchés par des conflits, et les adolescentes sont près de 90 % plus susceptibles de ne pas fréquenter le secondaire (Rapport mondial de suivi de l’éducation pour tous, 2018).

Dans un contexte où nos sociétés luttent encore pour restaurer les droits fondamentaux des filles et des femmes, l'éclatement d'un conflit, associé à la marginalisation structurelle des femmes dans les communautés ne peut que devenir un cocktail explosif pour l'avenir de l'Afrique.

Conscients de la nécessité urgente de garantir la continuité de l'éducation dans les situations d'urgence pour les filles et les garçons, les dirigeants et partenaires africains se sont réunis à Addis-Abeba le mois dernier, dans le cadre du 4e Dialogue de haut niveau sur l'égalité des sexes et l'éducation, pour rechercher des solutions durables à ce problème.

Sous le thème « Faire taire les armes à feu pour garantir la sécurité dans les écoles et les résultats d'apprentissage des filles et des femmes et le développement de l'Afrique », les États membres de l'Union africaine (UA), les partenaires au développement et les organisations de la société civile ont saisi l'occasion pour souligner la nécessité de sécuriser les écoles et d'assurer l'accès et la rétention dans les systèmes éducatifs des filles et des jeunes femmes, en particulier dans les contextes de conflit et de fragilité.

La Présidente de l'Éthiopie, S.E Sahle-Work Zewde, a souligné qu’en temps de crise, les écoles sont souvent les premières à fermer et les dernières à rouvrir, quand bien même elles le font.

Très souvent, ce qui était considéré au départ comme une fermeture temporaire devient permanente. […] Les écoles doivent être des lieux sûrs et d’épanouissement, où jeunes filles et garçons peuvent bénéficier d'une éducation de qualité.

S.E. Sahle-Work Zewde

Protéger l'éducation contre les conflits

L’une des solutions proposées pour assurer l'éducation des filles et des jeunes femmes est l'adoption et la mise en œuvre de la Déclaration sur la sécurité dans les écoles (en anglais), un engagement politique intergouvernemental visant à protéger les apprenants, les enseignants, les écoles et universités contre les pires effets des conflits armés. À ce jour, seuls 27 pays africains l’ont ratifiée.

Les participants à la réunion ont reconnu qu’une fois la Déclaration ratifiée par tous les pays africains, elle contribuerait à promouvoir une éducation « sûre et sensible aux conflits » tenant compte de la réalité de l’éducation des filles dans ces situations.

C'est vital pour l'Afrique car, un avenir prospère et durable n'est pas possible sans la paix et l'éducation. À cet égard, la Commission de l'UA recommande que les acteurs travaillent ensemble pour obtenir des résultats plus rapides et meilleurs. Les dirigeants de l'UA ont salué la collaboration avec des partenaires tels que le Partenariat mondial pour l'éducation, la Norvège, le Canada, Save the Children, l'UNICEF et l'UNESCO, et ont réitéré l'engagement de l'UA à travailler avec eux pour semer les graines de la paix grâce à l'éducation des filles en Afrique.

Les opportunités offertes par ces partenaires peuvent grandement contribuer à garantir des résultats d'apprentissage de qualité pour les filles dans les situations de conflit. C’est le cas par exemple du cadre directeur pour l'accélération de l'appui dans les situations d'urgence et de reconstruction, un mécanisme de financement mis en place par le PME pour répondre aux besoins de financement rapide nécessaire à l'éducation dans les pays sous le coup d’une crise humanitaire. Ce financement permettra de débloquer jusqu'à 250 millions de dollars pour répondre aux besoins des réfugiés, des populations déplacées et des communautés d'accueil et créer des systèmes éducatifs résilients capables de faire face aux urgences.

Inciter des actions en faveur de l'éducation des filles

Pour accélérer l'objectif d'un meilleur accès et de meilleurs résultats d'apprentissage pour les filles, les participantes ont suggéré la nécessité de mettre en place des politiques d'incitation. Certaines de ces politiques peuvent inclure un enseignement secondaire gratuit, une infrastructure scolaire appropriée, des programmes d'éducation alternative, une allocation budgétaire substantielle, des programmes sensibles au genre ou l'accès aux technologies de l'information et de la communication dans les zones reculées.

Comme l'a déclaré la Présidente de l'Éthiopie : « il est urgent de développer des méthodes d'éducation alternatives pour éviter les "lacunes en matière d'éducation" pouvant être particulièrement préjudiciables aux filles et autres enfants dans les situations d'urgence ».

Pour faire également écho à la tribune de Julia Gillard dans le UK Telegraph (en anglais) : « veiller à ce que chaque fille reçoive une éducation de qualité portera ses fruits pour notre sécurité, notre sûreté et notre prospérité à tous, et pour les générations futures… c’est en quelque sorte le couteau suisse pour résoudre une multitude de problèmes de ce monde ».

Il ressort clairement des déclarations de ces deux formidables leaders que, l'Afrique n'est pas seule face aux défis auxquels elle est confrontée. La Commission de l’UA travaille avec ses partenaires pour faire avancer le programme d’éducation des filles et d’égalité des sexes, afin de corriger ces déséquilibres.

Comme nous le savons tous, des filles éduquées et autonomes sont un puissant rempart contre les menaces auxquelles le continent fait face aujourd’hui et pourrait être confronté à l'avenir, d'où la nécessité de faire taire les armes et de faire former une génération qui fait des droits des femmes une condition préalable à une société équitable.

Il est donc grand temps pour toutes les femmes de se lever et de revendiquer leurs droits, de faire entendre leurs voix plus haut et plus fort.

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