Que faut-il pour faire de l’égalité des sexes une réalité dans l’éducation ?
Zoom sur l'éducation des filles et l'égalité des sexes
Pour obtenir des informations plus précises et exploitables sur les multiples obstacles rencontrés par les filles en matière d’éducation, plusieurs projets sont en cours pour mesurer les pratiques et les normes discriminatoires et les utiliser pour mettre en place des systèmes éducatifs qui ne contraignent pas les enfants.
06 mars 2019 par Elaine Unterhalter, Professor of Education and International Development, Nicole Bella, Global Education Monitoring Report, et Jane Davies, Global Partnership for Education Secretariat
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Lecture : 6 minutes
Des filles à l'école de Muzu au Malawi. Crédit: GPE/Govati Nyirenda
Des filles attentives pendant une leçon à l'école primaire Muzu à Lilongwe au Malawi

L’égalité des sexes est au cœur du programme des ODD et constitue un des principes fondamentaux du Plan stratégique du Partenariat mondial pour l’éducation pour la période 2018-2020. L’ODD5 (égalité entre les sexes) cible explicitement les domaines clés de l’inégalité, et l’ODD 4 (éducation) définit plusieurs cibles liées à l’égalité des sexes. La Recommandation générale 36 du Comité pour l’élimination des discriminations à l’égard des femmes réunit ces deux cibles et se fixe comme ambition de parvenir à l’égalité des sexes dans et par l'éducation.

Mais à quoi cela ressemblerait-il ? Comment mesurer cela ? Telles sont les questions auxquelles notre organisation, comme d’autres, tente de répondre. Examinons un cas concret.

Davantage de filles vont à l’école au Malawi, mais leur taux d’achèvement reste faible

Le Malawi est un des premiers pays d’Afrique à avoir introduit l’enseignement primaire universel et gratuit en 1994. Cette mesure a permis un formidable élargissement des opportunités pour tous les enfants, et notamment les plus pauvres. Cette politique éducative a permis de réduire certaines inégalités marquées entre les sexes, notamment le fait que les filles décrochent relativement tôt de l’école et ne soient pas encouragées à continuer leur scolarité dans le cycle secondaire.

Les statistiques montrent désormais que davantage de filles que de garçons sont inscrites dans le primaire. Le Plan sectoriel de l’éducation du Malawi est reconnu et salué pour le fait qu’il mets en avant les questions d’accès, de progression et de réussite des filles.

Les observateurs remarquent également que de nombreuses filles, en particulier celles issues des milieux socioéconomiques les plus pauvres, décrochent dans les dernières années du primaire et n’accèdent pas au secondaire.

Seules 66 filles (pour 100 garçons) inscrites dans le secondaire achèvent ce cycle et en sortent diplômées. Les raisons de ce décrochage sont complexes et liées au revenu de la famille, ainsi qu’au niveau élevé de charges domestiques qui incombent aux filles.

Il est clair que les statistiques relatives à la parité dans le taux de scolarisation ou d’achèvement ne nous en disent pas suffisamment sur les inégalités qui pèsent sur les filles et doivent être traitées.

Les normes sur le genre discriminatoires persistent

Les chercheurs remarquent par exemple une culture scolaire autoritaire et fortement discriminatoire selon le sexe, dans laquelle les enseignants usent de la discipline et de principes directeurs ad-hoc qui reflètent et renforcent les normes discriminatoires en matière de genre en vigueur dans la société.

De même, si les chiffres de l’Office national des Statistiques indiquent que le nombre de mariages des enfants est en baisse, résultat possible de la récente Loi sur le mariage (qui renforce la législation visant à réduire le nombre de mariages avant l’âge de 18 ans), la pratique du mariage d’enfants demeure omniprésente.

En 2015, près d’un quart (23,5 %) des filles et des femmes du pays âgées de 15 à 19 ans étaient mariées, et 42 % des femmes âgées de 20 à 24 ans déclaraient avoir été mariées avant l’âge de 18 ans. Le mariage d’enfants est souvent lié à des normes sociales, de genre et religieuses conservatrices, qui laissent peu de place à l’autonomie et au pouvoir de décision des adolescentes.

Tout ceci indique qu’un plan sectoriel de l’éducation cohérent doit prendre en compte ces nombreux aspects de l’inégalité entre les sexes, qui peuvent sembler dépasser de loin les compétences du Ministère de l’Éducation et, pour opérer un véritable changement, nécessite des efforts coordonnés entre les différents ministères, groupes de la société civile et communautés.

Sur quelles informations, ressources et approches en matière de mesure d’inégalité entre les sexes et d’égalité dans l’éducation peuvent s’appuyer les personnes chargées de la planification de l’éducation ?

Si les chiffres de la parité entre les sexes ne nous fournissent pas un tableau complet, à quoi devons-nous nous intéresser ? Les domaines dans lesquels des informations plus conséquentes sont nécessaires sont par exemple les normes sociales et de genre discriminatoires profondément ancrées, qui limitent le droit des filles et des femmes à l’éducation, le fonctionnement des familles, notamment la répartition des tâches ménagères entre avec les filles et les garçons et la gestion des budgets, l’attitude et les dispositions des enseignants, qui peuvent précéder l’éducation formelle dont ils ont bénéficié, les questions de violence scolaire liée au genre, de contraintes et de harcèlement sexuels, ainsi que l’absence de respect des droits reproductifs, associée aux grossesses et mariages précoces.

Le projet AGEE, Responsabilisation pour l’égalité des sexes dans l’éducation, (Accountability for Gender Equality in Education) est un des projets cherchant à mesurer les aspects plus larges de l’inégalité entre les sexes et qui ont des effets sur les résultats de l’apprentissage. Ce projet consiste en une collaboration innovante entre des universitaires du R.-U., du Malawi et d’Afrique du Sud.

Il reconnaît l’importance de l’amélioration de la mesure et du suivi de l’égalité des sexes dans l’éducation et la nécessité de développer une gamme d’outils permettant de documenter les pratiques susceptibles de ne pas être mesurables. Celles-ci, une fois décrites, même par des mesures indirectes, pourraient permettre une compréhension approfondie et une meilleure coordination de la recherche afin d’informer la planification sectorielle.

L’équipe du projet, en travaillant aux côtés de l’UNESCO et d’autres organisations, a pu développer, grâce à ces discussions et consultations, deux cadres d’indicateurs allant au-delà de la parité en chiffres et tentant d’obtenir des mesures élargies de l’égalité entre les sexes, à la fois dans et par l’éducation, susceptibles d’être utilisées au niveau national et international.

Une classe de niveau 3 à l'école primaire de Muzu à Lilongwe au Malawi.
Une classe de niveau 3 à l'école primaire de Muzu à Lilongwe au Malawi

Au niveau national, l’équipe consulte les principaux partenaires au Malawi et en Afrique du Sud sur un tableau de bord de mesures qui tienne compte des conditions locales. Dans les versions actuelles, le tableau de bord national comprend des données sur :

  • le genre et les ressources – financières, infrastructurelles, personnel, idéologiques de planification
  • contraintes liées à la conversion des ressources en opportunités ; par exemple, les difficultés à mettre en œuvre les politiques, à distribuer les financements ou à comprendre les inégalités liées au genre ou d’autres types d’inégalités
  • l’attitude des enseignants, parents et élèves envers les inégalités liées au genre et l’égalité des sexes, qui affectent la scolarité
  • les résultats de l’éducation liés au genre (progression, acquis solaires) et au-delà de l’éducation, par exemple, la participation politique et culturelle et les relations avec la santé, l’emploi, les revenus et les loisirs.

Les Offices nationaux des Statistiques du Malawi et d’Afrique du Sud, des universitaires et des organisations militantes examinent actuellement ce tableau de bord, afin de voir comment celui-ci pourrait être utilisé pour éclairer les principales questions liées au genre et informer une planification sectorielle de l’éducation plus favorable à l’égalité des sexes.

Au niveau international, en partenariat avec une équipe du Rapport mondial de Suivi de l’éducation (RMSE), un cadre a été développé pour effectuer le suivi de l’égalité des sexes entre les pays. Il utilise le tableau de bord au niveau national, mais s’appuie aussi sur les données déjà régulièrement recueillies entre pays.

Un ensemble d’organisations multilatérales et bilatérales (UNESCO, UNGEI, ONU Femmes, FAWE, GPE, DFID), des ONG, des universitaires et des militants sont consultés pour peaufiner ce cadre de mesure transnational et étudier ses liens avec les processus nationaux.

Le cadre du RMSE utilise une approche de l’égalité des sexes triple et basée sur les droits : réunir des données sur le droit à l’éducation, les droits dans l’éducation et les droits par l’éducation. Un suivi est ainsi effectué dans six domaines :

  • les opportunités éducatives (les indices de parité entre les sexes à tous les niveaux d’éducation et dans les différents aspects éducatifs)
  • les normes, valeurs, attitudes et pratiques liées au genre
  • les institutions extérieures à l’éducation ou la législation contre la discrimination liée au genre
  • les lois et politiques garantissant le droit à l’éducation pour les filles et les femmes, et la planification et la budgétisation favorisant l’égalité des sexes au sein des systèmes éducatifs
  • les institutions du système éducatif et la mesure dans laquelle ils prennent en compte et favorisent l’égalité des sexes (distribution des ressources – finances et enseignants ; les pratiques pédagogiques d’enseignement et d’apprentissage et les environnements d’apprentissage)
  • les résultats de l’éducation (accès au marché du travail, droits et décisions liés à la santé reproductive, participation politique, etc.).
Les deux cadres de l’AGEE et du RMSE visent à bâtir des systèmes éducatifs prenant en compte les obstacles élargis liés au genre qui bloquent les enfants, en particulier les filles ; à identifier des stratégies pour les éliminer et à mesurer ensuite les avancées réalisées pour réduire ces écarts critiques entre les sexes.

De même, le GPE, en partenariat avec UNGEI, soutient les pays en développement partenaires pour que ceux-ci adoptent une perspective favorisant l’égalité des sexes dans la planification sectorielle de l’éducation, afin de faire progresser cet objectif.

Sur la base du Guide pour l’élaboration de plans sectoriels de l’éducation favorables l’égalité des sexes préparé par UNGEI et le GPE, avec le soutien de l'UNICEF, Plan International, UNESCO/IIPE/Pôle de Dakar, UA/CIEFFA, FAWE et ANCEFA, quatre ateliers régionaux impliquant 25 pays à ce jour, aident les États, les partenaires de développement et les représentants de la société civile à mieux comprendre et prendre en compte l’égalité des sexes à chaque étape du cycle de planification, et notamment lors de l’analyse sectorielle de préparation.

Ces travaux contribueront ainsi à l’amélioration du cadrage, du suivi et de l’utilisation des résultats en matière d’égalité des sexes dans les plans sectoriels de l’éducation, au renforcement de la responsabilisation envers ces résultats, et permettront également d’atteindre l’égalité des sexes à la fois dans et par l’éducation – une transformation positive qui bénéficiera à toutes les filles et tous les garçons, ainsi qu’à nos sociétés.

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A very welcome innovation but pitched at a very high level. How do we reach the people at the level where the problem is? Who in Malawi is working on the project, for example? I am nonetheless glad to see UNESCO involved in girls' education.

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