5 raisons d'investir 5 milliards de dollars : entretien avec Antony Were

Dans le cadre de sa campagne de financement, le GPE a posé à Antony Were 5 questions sur le pouvoir de l'éducation. La campagne de financement du GPE vise à collecter au moins 5 milliards de dollars sur cinq ans pour transformer l'éducation de près d'un milliard d'enfants dans 90 pays et territoires.

02 juin 2021 par Secrétariat du GPE
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Lecture : 4 minutes
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5 raisons d'investir 5 milliards de dollars : entretien avec Antony Were

Antony Were est un jeune leader du GPE originaire du Kenya.

1. Quel impact la COVID-19 a-t-elle eu sur l'éducation au Kenya et dans votre communauté dans le camp de réfugiés de Kakuma en particulier ?

Depuis la fermeture des écoles au Kenya, le ministère de l'Éducation et d'autres agences [gouvernementales] ont indiqué que les élèves devaient s’en remettre à l’apprentissage en ligne, à des programmes éducatifs diffusés à la télévision, la radio, aux technologies éducatives (applications ed-tech) et aux téléphones mobiles pour apprendre.

Bien qu'un tel apprentissage puisse se dérouler sans souci dans les zones urbaines, cela reste un défi pour de nombreux enfants marginalisés vivant dans des villages éloignés, y compris les enfants du camp de réfugiés de Kakuma, ainsi que ceux vivant avec un handicap.

L'apprentissage via des technologies éducatives demeure hors de portée pour de nombreux enfants défavorisés en raison des problèmes de connectivité et d'accessibilité. Dans les régions éloignées des comtés de Kajiado, Narok, Samburu, Turkana et Kilifi, par exemple, les ménages ne disposent pas d’électricité, ce qui exclut toute possibilité pour les enfants d’y apprendre en ligne.

La COVID-19 a affecté l’éducation de presque tous les enfants dans le monde et la fermeture des écoles dans le camp de Kakuma a exacerbé les inégalités déjà existantes, en particulier pour les groupes vulnérables. Nous devons mettre en place des solutions de protection, en particulier pour les filles vulnérables, et veiller à ce que tous les enfants aient accès à une éducation de qualité.

2. Quels défis avez-vous dû surmonter pour terminer vos études et comment votre école vous a-t-elle soutenu ?

Quand j'étais élève, il y avait des problèmes de communication entre les enseignants et ceux d'entre nous qui étaient sourds. Les enseignants ne maîtrisaient pas la langue des signes. L'enseignement était donc un problème, et les apprenants sourds étaient laissés de côté. Bien que l'école que je fréquentais avait formé les enseignants qui y exerçaient, ces derniers n'avaient que des compétences de base en langue des signes.

L’école a donc décidé d'employer un enseignant qualifié et un interprète en langue des signes pour briser cette barrière, ce qui était inhabituel à l'époque. Depuis lors, les choses se sont améliorées au Kenya, notamment avec l’adoption de la Constitution de 2010 qui rappelle l’importance de la non-discrimination, et de l'adoption en 2015 de l'Objectif de développement durable N°4 d’une éducation inclusive de qualité. Espérons que cela améliore les choses dans toutes les écoles du Kenya.

C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai décidé de devenir enseignant, que je pratique l’enseignement inclusif et que j'ai aidé d’autres enseignants à faire de même. C'était pour que je puisse aider à briser ce cycle et m'assurer que d’autres apprenants ne rencontrent pas les mêmes défis que moi.

3. Quels sont les trois changements les plus importants auxquels doivent procéder les systèmes éducatifs pour garantir une éducation inclusive à tous les enfants ?

  1. Il est important que les systèmes éducatifs répondent aux besoins de tous les enfants. Il ne devrait pas avoir de système distinct pour les enfants handicapés. Les systèmes éducatifs doivent être pleinement inclusifs pour tous les enfants. Cette approche contribue à créer une société plus inclusive, qui tient compte des spécificités des personnes handicapées ;
  2. Les systèmes éducatifs doivent réfléchir aux moyens de rendre les bâtiments scolaires plus inclusifs, en fournissant des toilettes accessibles aux personnes handicapées ou des rampes d'accès, et en veillant à ce que toutes les activités habituelles soient adaptées aux enfants handicapés, y compris les activités sportives ;
  3. Des fonds supplémentaires pour répondre aux besoins spécifiques des enfants handicapés doivent être mis de côté. Il s’agirait notamment de financer des besoins comme le recrutement d’interprètes en langue des signes, l’achat de papier braille et des appareils fonctionnels pour aider les élèves à apprendre à l'école.

4. La campagne de financement du GPE, baptisée « Lève la main », vise à collecter au moins 5 milliards de dollars sur cinq ans pour continuer à transformer les systèmes éducatifs dans jusqu'à 90 pays et territoires à faible revenu. Pourquoi un GPE entièrement financé est-il si important pour garantir qu'aucun enfant ne soit laissé de côté ?

Le GPE octroie des financements à des pays comme le Kenya et soutient l’équité et l’inclusion, afin que tous les enfants, et pas seulement ceux dont les parents peuvent se le permettre, aient accès à l’éducation.

Si l’éducation ne dispose pas d’un budget suffisant, notamment d'argent dédié spécifiquement à l'éducation inclusive, il n'y aura pas assez de fonds pour payer des assistants ou des interprètes en langue des signes, ou assurer la formation supplémentaire dont les enseignants ont besoin pour pouvoir pratiquer un enseignement inclusif.

Les écoles ont besoin d'argent pour devenir pleinement inclusives. Elles ne deviendront pas inclusives simplement grâce à une formation ponctuelle sur l'éducation inclusive ou en finançant la construction de rampe d’accès. Le financement de telles activités doit être inclus dans le financement global de l’éducation.

Cette pandémie de COVID-19 a montré à quel point les enfants défavorisés sont laissés de côté. Beaucoup d’entre eux ne peuvent pas se connecter à Internet, voir, entendre ou ne disposent pas des appareils nécessaires pour se connecter à Internet. Ils ne peuvent donc pas accéder aux contenus en ligne ou suivre des programmes éducatifs à la télévision.

Un financement supplémentaire est nécessaire pour rendre cela possible, de sorte que l’écart entre ces différents groupes de la société ne s’agrandisse pas davantage.

5. Quels souvenirs gardez-vous de vos années passées à l’école ? Y a-t-il eu des moments ou des enseignants qui vous ont particulièrement marqué ?

Il est très important que les enseignants comprennent comment traiter, encourager et conseiller leurs élèves. J'ai essayé de le faire quand j'enseignais, et maintenant je forme d'autres enseignants à pratiquer un enseignement plus inclusif. Je les encourage également à faire de même (à former leurs collègues).

Écouter ce que les élèves en situation de handicap ont à dire et comprendre leurs sentiments peut vraiment les aider et permettre aux autres élèves de voir les défis que les enfants handicapés rencontrent dans leur apprentissage. Cela peut également aider.

Je me souviens de mon professeur d'éducation religieuse qui m'a beaucoup aidé en m'encourageant, moi un enfant sourd, à m'accepter tel que je suis. Il a dit que Dieu m'aime comme je suis. Il m'a aidé à comprendre que j'étais exactement comme n'importe quel autre enfant et que la seule différence est que je parle avec mes mains et que j'écoute avec mes yeux.

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Antony Were lève la main pour soutenir la campagne de financement du GPE.
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