L’Afrique a besoin d'augmenter et d’améliorer le financement de l'éducation pour se remettre de la COVID-19

Un meilleur financement national de l'éducation est nécessaire pour reconstruire en mieux les systèmes éducatifs affectés par la crise sanitaire, si l'on veut atteindre l'ODD 4 et surmonter les défis posés par l'après-COVID.

14 octobre 2021 par Rita Bissoonauth, African Union International Center for Girls and Women’s Education in Africa, et Maria Mdachi, African Union International Center for Girls and Women’s Education in Africa
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Lecture : 4 minutes
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Des élèves de l'EPP ANOSISOA à Madagascar dans leur salle de classe. Crédit : GPE/Carine Durand
Des élèves de l'EPP ANOSISOA à Madagascar dans leur salle de classe.
Credit: GPE/Carine Durand

La fermeture des écoles due à la crise sanitaire a eu un impact sur l'apprentissage de millions d'enfants en Afrique, ce qui, à long terme, pourrait entraîner une perte de capital humain et une diminution des opportunités économiques.

La pandémie de COVID-19 a provoqué une crise économique mondiale et, selon les Perspectives économiques en Afrique (2021), le PIB de l'Afrique s'est contracté de 2,1 % en 2020, entraînant la première récession qu'ait connu le continent depuis 50 ans. On estime que 39 millions d'Africains pourraient tomber dans l'extrême pauvreté en 2021 si un soutien approprié n'est pas fourni. Une situation qui affecterait de manière disproportionnée les femmes.

Les impacts de la pandémie sur l'éducation des enfants sur le long terme

Plus de 18 mois après le début de la pandémie en 2020, de nombreuses écoles en Afrique ont rouvert leurs portes. Cependant, les perturbations causées par la pandémie vont bien au-delà des murs des salles de classe.

Au cours de cette période, 250 millions d'élèves en Afrique ont été touchés par ces perturbations. Ceux-ci s'ajoutent ainsi aux 100 millions qui n'étaient déjà plus scolarisés avant la pandémie.

Selon une étude de la Brookings institution, en Afrique de l'Est (Kenya, Ouganda, Rwanda et Tanzanie), sur un échantillon de 400 enfants et adolescents, 34 % ont perdu un parent ou un tuteur à cause de la pandémie ; 70 % ont entrepris des activités génératrices de revenus ; et 86 % n'ont pas eu les moyens de retourner à l'école.

La pandémie nous a montré que les écoles sont plus que de simples lieux d'apprentissage. Elles fournissent également des services sanitaires et sociaux et offre un soutien communautaire qui contribuent à protéger les enfants et les adolescents, les filles en particulier, des mariages précoces, des grossesses non désirées et de la violence sexiste.

Avec les appels à reconstruire en mieux les systèmes éducatifs affectés par la pandémie, une part plus importante du financement national sera nécessaire pour atteindre les objectifs de l'ODD 4, notamment compte tenu des défis posés par l'après-COVID, à savoir garder les écoles ouvertes et assurer la continuité de l'apprentissage.

L'éducation doit bénéficier d'un financement accru en période de restrictions budgétaires

D’après le rapport mondial de suivi sur l'éducation (GEM) 2020 de l’UNESCO, la pandémie de COVID-19 pourrait accroître d'un tiers l’énorme déficit de financement annuel pour atteindre l'ODD 4, passant de 148 milliards à près de 200 milliards de dollars. On estime que l'aide à l'éducation diminuera de jusqu'à 2 milliards de dollars en 2022 (UNESCO 2020), ce qui impose aux gouvernements des responsabilités encore plus grandes pour assurer un financement national adéquat de l'éducation.

Étant donné la nécessité de donner la priorité à la santé pour combattre la pandémie, les dépenses du secteur social, y compris l'éducation, ne doivent pas être un jeu à somme nulle. Le financement de l'éducation doit rester une priorité politique absolue, car le continent africain dépend de ses ressources humaines pour son développement, ainsi que pour combattre les crises futures.

L'endettement croissant, le ralentissement du PIB en termes réels, y compris la perte de recettes fiscales due à l'impact économique de la pandémie, et d'autres priorités nationales concurrentes ont également entravé le financement efficace du secteur de l'éducation. Pourtant, un engagement à financer la scolarisation, l'apprentissage et l'égalité des genres est essentiel pour une main-d'œuvre productive, une reprise rapide, la croissance future, le développement et la résilience.

En Afrique, les ménages doivent trouver un équilibre entre répondre aux besoins quotidiens et aux dépenses d'éducation. Les enfants, en particulier les filles, risquent donc d'être exposés au travail et au mariage des enfants lorsque les moyens de subsistance des familles diminuent et que les crises économiques se poursuivent.

En réponse, le Centre international pour l'éducation des filles et des femmes de l'Union africaine a lancé sa campagne #AfricaEducatesHer en septembre 2020 dans le but de sensibiliser les États membres de l'UA, les éducateurs, les organisations de la société civile et les jeunes à la nécessité pour les filles et les jeunes femmes de retourner à l'école, alors que les pays rouvraient progressivement les écoles à travers le continent.

Protéger et accroître le financement national de l'éducation

Pour la plupart des gouvernements africains, les décisions soutenant le financement de l'éducation en période de pandémie doivent être éclairées par des données probantes à même de justifier l'allocation des ressources à ce secteur, face aux priorités concurrentes liées à la santé. Le financement de l'éducation des filles doit être justifié par une analyse socio-économique solide, étayée par des données d'apprentissage ventilées par sexe.

L'Observatoire du KIX sur les réponses à la COVID-19 dans les systèmes éducatifs africains a publié un rapport sur la Réouverture des écoles en Afrique pendant la pandémie de COVID-19. Le rapport met en évidence les domaines de financement prioritaires dans 41 partenaires du GPE en Afrique, et souligne la nécessité d'accroître les investissements dans l'éducation des filles et des jeunes femmes.

Ne pas inclure l'éducation et son financement, en particulier l'éducation des filles, dans les programmes de riposte à la pandémie et de rétablissement sera néfaste pour les pays et entraînera des inégalités profondes, généralisées et durables.

Pour se remettre complètement de la pandémie, reconstruire en mieux et réimaginer l'éducation, l'équité et l'égalité doivent être au centre des préoccupations.

Il est également important d'aborder la question de l'efficience des dépenses. On estime que près d'un tiers des dépenses d'éducation sont perdues en raison d'inefficacités. L'efficacité technique (utilisation de niveaux de ressources minimaux pour obtenir les meilleurs résultats) et l'efficacité interne (minimisation des abandons scolaires et des redoublements) sont des préoccupations majeures.

Un rétablissement complet nécessite des investissements soutenus, renforcés et optimisés dans l'éducation. Le récent Sommet mondial sur l'éducation du GPE, coorganisé par le Royaume-Uni et le Kenya, a permis d'obtenir 196 milliards de dollars d'engagements financiers nationaux de la part de chefs d'État et de gouvernement, dont nombre d’Afrique, en vue transformer l'éducation des enfants les plus vulnérables à travers le monde.

Les pays qui se sont engagés à consacrer au moins 20 % de leur budget national à l'éducation au cours des cinq prochaines années ont signé la Déclaration du président Kenyatta. Ces engagements constituent un bouclier crucial contre les pertes d'apprentissage résultant de l'impact économique de la pandémie.

En tant que communauté internationale, nous devons nous appuyer sur cette ambition politique pour mobiliser des financements nationaux accrus et mieux adaptés et nous attaquer à la tâche inachevée de scolariser tous les enfants, en particulier les filles, et de leur permettre d’apprendre.

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