« La Coalition pour l’alimentation scolaire se base sur une décennie d’éléments probants » : entretien avec Carmen Burbano

La directrice des programmes d’alimentation scolaire du Programme alimentaire mondial parle de la Coalition pour l’alimentation scolaire et de l'importance des preuves et de l'évaluation pour faire avancer cette initiative visant à garantir à chaque enfant l'accès à un repas sain et nutritif d'ici 2030.

24 novembre 2021 par Carmen Burbano de Lara, World Food Program
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Lecture : 5 minutes
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Les discussions qui ont eu lieu au Sommet sur les systèmes alimentaires ont contribué à faire avancer un certain nombre de sujets, notamment l'importance des repas scolaires comme éléments essentiels à un bon apprentissage. Crédit : PAM/Giulio d'Adamo
Les discussions qui ont eu lieu au Sommet sur les systèmes alimentaires ont contribué à faire avancer un certain nombre de sujets, notamment l'importance des repas scolaires comme éléments essentiels à un bon apprentissage.
Credit: PAM/Giulio d'Adamo

Alors que le monde se remet de la pandémie de coronavirus, le rétablissement des programmes de repas et de santé scolaires est une priorité urgente. Lors du pré-sommet sur les systèmes alimentaires organisé par les Nations Unies à Rome en 2021, 61 gouvernements, soutenus par 55 partenaires, dont des agences des Nations Unies, des ONG, des universités et le secteur privé, ont uni leurs forces pour lancer la Coalition pour l'alimentation scolaire, dont l'objectif est que chaque enfant ait accès à un repas sain et nutritif d'ici 2030.

Dans cet entretien, Carmen Burbano, directrice des programmes d’alimentation scolaire au Programme alimentaire mondial (PAM), nous en dit plus sur la Coalition pour l’alimentation scolaire, ainsi que sur l'importance des données probantes et de l'évaluation pour faire avancer l'initiative.

Une des phrases qui retient particulièrement l’attention dans la stratégie pour l'alimentation scolaire 2020-2030 du PAM est : « nous investissons dans l'apprentissage, mais pas dans l'apprenant ». Qu’est-ce qui, à l’issue du Sommet sur les systèmes alimentaires, montre que cette situation est en train de changer ?

Les discussions du Sommet sur les systèmes alimentaires ont permis de faire avancer un certain nombre de sujets, et nous avons particulièrement bien réussi à positionner l’alimentation scolaire. Déclenché par la pandémie de COVID-19, le dialogue a démontré une prise de conscience accrue de la nécessité de relever les défis actuels en s'engageant auprès de plusieurs secteurs à la fois et que l’alimentation scolaire peut servir de plateforme.

L’alimentation scolaire peut contribuer à résoudre les problèmes liés à l'éducation, mais aussi aider les enfants à apprendre à mieux manger, offrir des opportunités aux agriculteurs, créer des emplois au niveau local et, de manière générale, aider les communautés à devenir plus résilientes.

Elles nous ont également permis de mettre en évidence que les problèmes d'accès à l'éducation et de très mauvais apprentissage des enfants ne sont pas seulement liés à l’éducation et ses agents au sens strict (enseignants, salles de classe, manuels scolaires), mais aussi à la santé et la capacité d'apprentissage des enfants, ainsi qu'à la capacité de leurs familles à les envoyer à l'école.

La conversation entamée avec la Coalition pour l'alimentation scolaire a abordé l'utilisation d'approches multisectorielles dans l'éducation, signe de progrès majeur.

Le besoin d'une coordination et de synergies accrues au profit de divers acteurs, et l'idée que le secteur doit se préoccuper non seulement de l'offre en matière d’éducation, mais aussi du bien-être des enfants ont été mis en avant. Plusieurs facteurs sont décisifs, dont les systèmes d'alimentation et de santé auxquels les enfants sont exposés, ainsi que la protection sociale et les filets de sécurité de leurs familles, qui déterminent tous si un enfant est en mesure d’apprendre ou non.

La Coalition pour l’alimentation scolaire a été une réalisation majeure. Quel rôle l'évaluation a-t-elle joué dans cette initiative ?

Je pense que l'une des principales raisons pour lesquelles la Coalition pour l’alimentation scolaire a recueilli un consensus aussi net parmi les États membres lors du sommet est qu'elle est fondée sur plus d'une décennie de recherches, de données probantes et d'évaluations.

Il ne s'agit pas d'une opération qui vient de sortir, ni d'une campagne de communication n’étant pas ancrée dans la réalité. Il s'agit d'une discussion de fond, basée sur des preuves des 10 aux 12 dernières années, dont le message en filigrane est : « nous devons changer de paradigme ».

Nous devons changer la façon dont nous pensons à la nutrition, au bien-être des enfants, au capital humain, et comprendre que nous devons soutenir les enfants dans un continuum. En fait, les 1 000 premiers jours de la vie d’un enfant sont très importants, mais les 7 000 jours suivants (ou jusqu'à ce qu'il devienne adulte, vers 21 ans) le sont tout autant.

Un consensus émerge aujourd'hui sur le fait que nous devons réfléchir à la forme de ce soutien qui se veut durable. Je pense que l’apport des éléments probants à la construction de ce consensus mondial est énorme. Nous avons réussi à créer un mouvement au niveau mondial, mais la seule raison pour laquelle nous avons pu le faire, réside dans le fait que nous avons investi pendant plusieurs années dans la recherche et l'évaluation.

Cet engouement est à l'origine, entre autre, de la publication par la Banque mondiale (avec le soutien du GPE) d’un rapport intitulé Optimizing Education Outcomes (Optimiser les résultats de l’éducation). Fruit d’un travail conjoint avec les pays en développement partenaires, le rapport plaide en faveur des investissements dans la santé et la nutrition scolaires comme stratégie cruciale pour garantir l'apprentissage.

Les programmes d'alimentation scolaire sont de plus en plus une priorité pour les gouvernements, tout comme les efforts du PAM à renforcer la capacité des gouvernements à mener des évaluations de leurs programmes d'alimentation scolaire. Quels sont les avantages des évaluations conjointes ?

Travailler avec les gouvernements pour pouvoir évaluer les programmes nationaux est essentiel, car cela fait partie intégrante de l'élaboration des politiques et de la prise de décision au niveau national.

Être capable de travailler avec les gouvernements sur l'évaluation de leurs programmes, et ensuite être capable d’apporter des éléments concrets et crédibles sur la façon de les améliorer est vraiment au cœur de la mise en œuvre d'une programmation saine, durable et de bonne qualité. Ceci deviendra de plus en plus une priorité pour le PAM, qui se positionne à l'avenir comme un partenaire de confiance des autorités nationales.

Jouer un rôle de partenaire technique qui peut aider les gouvernements à concevoir des évaluations impartiales, de bonne qualité, robustes et rigoureuses va non seulement accroître notre crédibilité et notre capacité de soutien, mais aussi augmenter les possibilités de ces évaluations d'informer les politiques, d'améliorer la prise de décision et la répartition des ressources nationales.

Avez-vous des exemples de contextes où des évaluations menées conjointement avec les gouvernements sur les programmes d'alimentation scolaire ont abouti à une meilleure pratique sur le terrain ?

Je tiens à souligner un exemple particulier auquel j'ai participé, à savoir l'évaluation du programme national de l’alimentation scolaire au Pérou, où nous avons contribué à la conception de l'évaluation. Nous avons mis en place un groupe consultatif d'experts internationaux pour soutenir le gouvernement, interpréter les résultats de l'évaluation et formuler des recommandations politiques.

Il arrive souvent que les évaluations ne soient pas entièrement prises en compte et digérées par le gouvernement. Le fait que des experts internationaux aient commenté l'évaluation ainsi que la manière dont le gouvernement l'a interprétée a été crucial pour son adoption.

Au Pérou, par exemple, l'évaluation a débouché sur diverses interventions que le gouvernement met actuellement en œuvre, avec le soutien du PAM. Parmi elles, l'introduction de produits enrichis dans le programme national d’alimentation scolaire.

Elle a également donné un grand coup de pouce à la loi sur l’enrichissement du riz. C'est désormais une réalité au Pérou. Des millions d'enfants bénéficient d’aliments enrichis.

Et elle a continué à mettre en lumière le fait que, là encore, il est nécessaire d'adopter une approche multisectorielle impliquant différents ministères. Ces résultats d’évaluations constituent la base d'un nouvel engagement entre le PAM et le gouvernement sur ce à quoi ressemblera une politique plus complète en matière de santé et d’alimentation scolaire au Pérou.

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