COVID-19 : un crash-test inédit pour les systèmes éducatifs africains

Une récente note de l’IIPE-UNESCO Dakar basée sur une enquête dans 34 pays d’Afrique subsaharienne sur l’enseignement à distance en contexte de COVID-19 présente leurs réussites, leurs limites et leurs perspectives afin de capitaliser les leçons de ce « crash-test » inédit.

15 septembre 2020 par Patrick Nkengne, IIEP-UNESCO Dakar
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Lecture : 4 minutes
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Des élèves font la queue pour se faire prendre la température avant d'entrer dans leur salle de classe à l'école du Centre à Conakry en Guinée. Juin 2015.
Des élèves font la queue pour se faire prendre la température avant d'entrer dans leur salle de classe à l'école du Centre à Conakry en Guinée. Juin 2015.
Crédit photo : GPE/Tabassy Baro

Maintenir une éducation de qualité pour tous malgré la crise sanitaire provoquée par la Covid-19 a représenté un défi considérable pour tous les systèmes éducatifs. Partout dans le monde, quasiment du jour au lendemain, les écoles ont fermé. 1,6 milliard d’élèves, dont 300 millions en Afrique, se sont ainsi retrouvés sans école. Les enseignants et les cadres des ministères de l’Éducation ont dû alors assurer une continuité éducative au pied levé.

Malgré ce contexte difficile, tous les pays d’Afrique subsaharienne ont réussi à mettre en place en un laps de temps relativement court diverses alternatives à l’enseignement traditionnel en présentiel.

Une récente note de l’IIPE-UNESCO Dakar basée sur une enquête dans 34 pays d’Afrique subsaharienne sur l’enseignement à distance en contexte de COVID-19 présente leurs réussites, leurs limites et leurs perspectives afin de capitaliser les leçons de ce « crash-test » inédit.

Peu d’élèves ont accès à un enseignement à distance

Il en ressort que toutes les initiatives n’ont pas été inclusives. Les classes d’examen ont ainsi souvent été favorisées. Ce choix, pris sans explication et reconnu de façon unanime dans les 34 pays participant à l’enquête, suscite des interrogations. Cela est-il révélateur du fait que les systèmes éducatifs sont de fait encore tournés vers la sélection et la certification ? Si tel est le cas, alors cela mettrait de côté les principes d’équité et interrogerait l’efficacité des plaidoyers pour l’éducation pour tous menés depuis des décennies.

Les supports techniques (plateformes numériques, télévision, radio) ont généralement été préférés au support papier alors que, dans la plupart des pays, seules les familles les plus aisées ont accès à Internet et à la télévision.

En effet, les connexions Internet, trop rares encore, sont fréquemment limitées et, dans les zones rurales, seulement un quart des familles ont l’électricité. Le résultat est que trop peu d’élèves ont eu accès à ces dispositifs. Le Kenya, pourtant le premier pôle d’innovation numérique d’Afrique subsaharienne et donc le plus à même de relever ce défi, vient ainsi d’annoncer que l’année scolaire 2019-2020 serait une année blanche.

Les élèves n’ayant pas tous des conditions de vie favorables, l’enseignement à distance, tel qu’il est organisé aujourd’hui, risque d’amplifier les inégalités.

Le théâtre des apprentissages est déplacé à la maison et les parents d’élèves sont supposés jouer un rôle essentiel, mais seuls les parents les plus éduqués sont en capacité de superviser le travail de leurs enfants. De nombreux parents ne peuvent pas aider leurs enfants à apprendre.

Des informations dans les médias, des consignes claires pour les « aidants », des standards téléphoniques sont des pistes à approfondir dans le cadre d’une réflexion nationale ou internationale. De même, les besoins et les réalités des enfants les plus vulnérables, en échec scolaire, déplacés ou vivant avec un handicap, n’ont pas suffisamment été pris en considération alors que ces enfants courent un risque élevé d’être laissés pour compte.

Faire de chaque foyer une école

Toutefois, on a aussi vu fleurir un certain nombre d’initiatives prometteuses, comme « École à domicile » en République du Congo, un programme de suivi des enseignements audiovisuels et numériques à domicile, mais aussi d’impression et de remise de cours et autres documents pédagogiques aux familles. Ce programme utilise les radios communautaires en renfort de la radio nationale pour animer les cours et corriger les exercices.

Ailleurs en Afrique, certains enseignants ont pris l’initiative de créer des groupes WhatsApp ou Facebook qui permettent de conserver un lien direct avec leurs élèves et de repérer ceux qui décrochent. Qui plus est, les contenus diffusés sur ces groupes sont plus en rapport avec le niveau réel de la classe et son avancée dans les programmes.

On le sait, une crise est certes un risque mais aussi une opportunité. Toutefois, pour que cela puisse être le cas, il est nécessaire que les décideurs prennent le recul nécessaire pour analyser ce qui a été fait et l’impact de cet arrêt des enseignements en classe, afin de reprendre, améliorer ou infléchir les initiatives nées sur le terrain.

Ce bilan permettra aux ministères de l’Éducation de renforcer la résilience des systèmes éducatifs et d’améliorer l’enseignement à distance afin d’être mieux préparés en cas d’une prochaine crise, qu’elle soit sanitaire, climatique ou sécuritaire.

Cette expérience inédite pourrait aussi permettre de repenser des solutions pour atteindre une partie des enfants non scolarisés. Si ces derniers, pour diverses raisons, ne peuvent ou ne veulent se rendre à l’école, peut-être cette dernière pourra-elle à terme enfin venir à eux.

Lire la note : L’enseignement à distance en contexte COVID-19 : acquis et perspectives en Afrique subsaharienne, Programme régional d’appui au pilotage de la qualité à l’enseignement de base, IIPE-UNESCO Dakar, 2020.

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Commentaires

Il s'agit d'une excellente article et qu'on peut aider dans la configuration du nouveau année scolaire par compte de la COVID19.
Merci par le partage.

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