Le changement grâce aux comptes nationaux de l’éducation
Le lancement récent des CNE en République démocratique populaire lao, au Sénégal et en Ouganda met en lumière le fort potentiel de ces systèmes d'information pour l’amélioration de la planification et de la politique éducatives.
Les comptes nationaux de l'éducation sont des outils importants pour améliorer la planification et le financement du secteur de l'éducation.
2 novembre 2016 par Ousmane Diouf, UNESCO’s International Institute for Educational Planning (IIEP)|
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Un compte national de l’éducation (CNE) vise à dresser un portrait complet du financement de l'éducation dans un pays donné.

En appliquant une méthodologie structurée, le CNE organise de façon compatible et durable les multiples données provenant des principales sources de financement, qu’elles soient publiques, privées ou issues de bailleurs extérieurs.

Ces données servent ensuite à identifier les manques, les duplications ou les mauvaises utilisations en matière de financement de l'éduction, afin de mieux allouer les ressources aux objectifs politiques et contribuer au suivi international des avancées sur la voie de l'Objectif de développement durable 4 (ODD4). 

Une nouvelle frontière en matière de financement de l'éducation

De nombreux pays peinent à saisir les flux financiers liés à l’éducation. La mise en place d’un projet international de développement des CNE dans huit pays au moyen d’une méthodologie d’accompagnement globale fait désormais évoluer la façon dont les pays recueillent, analysent et transmettent les données relatives au financement de l’éducation.

De nombreux responsables et décideurs du secteur éducatif impliqués dans le projet ont exprimé leur enthousiasme, car les CNE jouent un rôle important dans la planification basée sur des données probantes et la budgétisation pour atteindre les objectifs et cibles en matière d’éducation.

Soutenu par le GPE, le projet est mené conjointement par l’Institut international de planification de l’éducation de l’UNESCO (IIPE-UNESCO) avec le Pôle de Dakar et l’Institut de statistique de l’UNESCO (ISU).

Lancement de CNE dans trois pays

Au cours des deux derniers mois, trois pays participant au projet commencent à être mis en avant. Le Sénégal, l’Ouganda et la République démocratique populaire lao ont en effet organisé le lancement national de leurs CNE.

Ces événements contribuent déjà à démontrer le puissant impact de ce type de système d'information sur l’économie d’ensemble d’un système éducatif et la formulation des priorités politiques permettant de satisfaire les besoins du pays.

Les cinq autres pays impliqués dans le projet, le Zimbabwe, le Vietnam, le Népal, la Guinée et la Côte d’Ivoire, se préparent également un lancement similaire.

Les données des CNE constituent un catalyseur de changement en RDP lao

Avec ce lancement, les responsables locaux de l’éducation du pays ont pu effectuer une observation sans précédent du financement de l’éducation sur le territoire national.

Le processus de CNE a notamment révélé que le pays ne satisfaisait pas aux taux de financement de référence conseillés au niveau international, soit 6 % du Produit intérieur brut (PIB) et 20 % des dépenses publiques destinés à l’éducation.

Seuls 3,6 % du PIB (c’est-à-dire 12,6 des dépenses publiques) sont alloués au secteur, essentiellement parce que le soutien des bailleurs a diminué au cours des dernières années pour passer de 24 % en 2009 à 7 % en 2014 et que l'éducation n'a pas été une priorité privilégiée en termes de politiques publiques et d’allocations budgétaires.

Suite au lancement, le Ministère de l'Éducation a déclaré qu’il présenterait les conclusions des CNE à l’Assemblée nationale afin de prendre les mesures appropriées.

Un appel à l’action en Ouganda

Grâce au processus des CNE, l’Ouganda redouble ses efforts afin de pouvoir déterminer si le pays alloue des ressources adéquates à l’éducation.

Le lancement a permis de faire un constat surprenant : les ménages ougandais supportent près de la moitié du coût de l’éducation malgré une volonté politique de fournir un enseignement gratuit.

En conséquence, certains ménages à faible revenu sont confrontés à des difficultés pour envoyer leurs enfants à l’école. 

Le lancement a également jeté les bases du rôle clé des CNE dans la motivation nationale à devenir un pays à revenu intermédiaire à l'horizon 2020.

L’amélioration de la planification, de la gestion et de la mobilisation des ressources au moyen des connaissances apportées par les CNE, aidera le pays à obtenir de meilleurs résultats en matière d’éducation, et donc de meilleures perspectives économiques.

Les nouvelles données financières relatives à l’éducation mises en évidence grâce aux CNE ne peuvent toutefois remplir leur fonction que si elles sont fournies par les acteurs de l'éducation.

Le processus de CNE a montré les difficultés liées à la fourniture des données par l'ensemble des sources, en particulier les partenaires de développement, les institutions privées d’enseignement et les organisations non gouvernementales.

En conséquence, les responsables de l’éducation au niveau des districts lancent un appel aux écoles, publiques comme privées, ainsi qu'aux autres partenaires du développement de l'éducation, afin que tous fournissent les données relatives au financement de l’éducation pour les futures mises à jour des CNE. Celles-ci permettraient en effet d’améliorer la planification, la budgétisation et l'allocation des ressources en matière d'éducation.

L’harmonisation des priorités éducatives au Sénégal

Au Sénégal, le lancement des CNE a mis en avant le déséquilibre de la structure de financement de l’éducation et la faible pression fiscale (près de 20 %), soulignant ainsi le besoin d'une réforme urgente de la politique budgétaire du pays.

Par exemple, le gouvernement dépense 12 fois plus pour les étudiants de l’enseignement supérieur que pour les élèves des cycles primaire ou secondaire, bien que ces niveaux d'enseignement représentent près de 87 % de la totalité des individus scolarisés.

Avec près de 90 % du budget destiné aux salaires des enseignants et du personnel non enseignant aux niveaux primaire et secondaire, peu de ressources sont disponibles pour investir dans les matériels pédagogiques d’enseignement et d’apprentissage.

Ces types de déséquilibre expliquent en partie certaines difficultés du Sénégal à financer l'éducation et à satisfaire ses besoins actuels dans le secteur. La réforme pourrait cependant se profiler à l’horizon, car les responsables de l’éducation s’appuient désormais sur les données révélées au cours du processus des CNE afin d'améliorer l'équité et l'efficacité des ressources allouées à l'éducation.

Prochaines étapes

Ces trois lancements montrent l'important potentiel des Comptes nationaux de l'éducation pour fournir une meilleure base à la planification et à la mise en œuvre des réformes de l’éducation dans les pays en développement.

Les prochaines étapes du projet comprennent des rapports nationaux sur les huit pays et des directives méthodologiques afin d’aider les partenaires et les autres pays à mettre en œuvre eux-mêmes un processus de CNE.

Suivre un webinaire sur les Comptes nationaux de l’éducation aujourd’hui à 8 h 00 (EST)

Pour en savoir plus sur les CNE :  Comment tracer les flux financiers relatifs à l’éducation

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