Atténuer les effets du COVID-19 et remettre les systèmes éducatifs en marche : les leçons de la Sierra Leone

Certaines des leçons tirées de la réponse de la Sierra Leone à la crise d'Ebola dans le domaine de l'éducation pourraient être pertinentes pour les pays confrontés à des dysfonctionnements de leur système éducatif en raison de la pandémie de coronavirus (COVID-19).

08 avril 2020 par Edward Davis, Global Partnership for Education et Chris Berry, Department for International Development (DFID)
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Lecture : 6 minutes
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Quelques filles qui sont retournées à l'école après avoir terminé le programme de transition mis en place à la suite de la crise d'Ebola en Sierra Leone. Crédit : DFID/Chris Berry
Quelques filles qui sont retournées à l'école après avoir terminé le programme de transition mis en place à la suite de la crise d'Ebola en Sierra Leone.
DFID/Chris Berry

En tant que conseillers en éducation du DFID en Sierra Leone, à partir du moment où la crise Ebola a éclaté en 2014 jusqu'à celui où la Sierra Leone a été officiellement déclarée exempte d'Ebola en 2015, nous avons aidé le gouvernement à faire en sorte que l'apprentissage se poursuive, à protéger les enfants vulnérables lorsque les écoles ont été fermées, à rouvrir les écoles en toute sécurité et à rattraper tout le temps d’apprentissage perdu.

Nous réfléchissons ici à la manière dont certaines des leçons tirées de la réponse de la Sierra Leone à la crise d'Ebola dans le domaine de l'éducation, pourraient être pertinentes pour les pays confrontés à des dysfonctionnements de leur système éducatif en raison de la pandémie de COVID-19.

La réponse immédiate à la crise

Bien qu'il existe de nombreux parallèles, il y a aussi de grandes différences entre l'épidémie d'Ebola et la pandémie de COVID-19. Le taux de mortalité lié à l'Ebola a suscité une peur accrue au sein de la population, et les comportements ont changé de manière radicale, ce qui a fini par réduire les taux de transmission.

Il semble que les changements de comportement prennent plus de temps à effectif face au COVID-19. Le virus Ebola n'était pas aussi contagieux que le coronavirus et les gens devaient être symptomatiques pour être contagieux. Il était relativement facile de déterminer si une personne était contagieuse en vérifiant sa température.

Cela signifie qu'il était plus facile d'ouvrir et de faire fonctionner les écoles en toute sécurité lorsque les taux d'infection étaient sous contrôle. Cela signifie également que, bien que des précautions d'hygiène aient été nécessaires pour le bon fonctionnement des écoles, la distanciation sociale ne l'était pas.

Sans vaccin contre le COVID-19, on ne sait pas encore combien de temps les mesures de distanciation sociale devront rester en place, ce qui affectera la réouverture des écoles et la vitesse à laquelle cela pourra se faire tout en évitant de nouveaux foyers d'infections et des épidémies secondaires.

Cela pourrait conduire à une période d'arrêt très perturbatrice pendant la reprise, avec la réouverture puis la fermeture des écoles - nous devrions nous y préparer.

Cela signifie également que les autorités pourraient décider d'attendre qu'il n'y ait plus aucun cas de contagion, plus la période d'incubation de deux semaines, avant de rouvrir les écoles. Cela peut signifier de longues fermetures d’écoles dans certains pays, au niveau national ou local - là encore, nous devons nous y préparer.

Par conséquent, en termes d'impacts sur l'enseignement secondaires et les mesures d'atténuation réussies, nous devons donner la priorité à l'apprentissage et aux éléments concrets, les documenter et les diffuser, car nous aurions pu mieux apprendre de la crise d'Ebola.

Vous trouverez ci-dessous quelques réflexions sur ce qu'il est utile de savoir concernant la riposte immédiate à la crise.

De l'atténuation de l’impact du COVID-19 au redressement et à la réouverture des écoles

  • Produire des programmes de continuité de l'apprentissage diffusés par la radio, la télévision et en ligne, et fournir des ressources telles que des radios, des manuels, des guides d'étude et du matériel aux plus pauvres. Cette action peut être accompagnée de numéros d'appel gratuits pour poser des questions, ou de la mise en place d'un service de tutorat à distance en utilisant des numéros gratuits au niveau local.
  • Assurer la sécurité et le bien-être des enfants et des enseignants : veillez à ce que tous les conseils en matière de santé et de sécurité ainsi que les procédures opérationnelles normalisées soient mis en œuvre. Les enseignants ont l'habitude de surveiller et de traiter le bien-être psychosocial des enfants. Une attention particulière doit être accordée aux groupes vulnérables : les enfants ayant des besoins éducatifs spéciaux et les adolescentes. Il est également nécessaire de surveiller le bien-être psychosocial des enseignants et de réagir de manière appropriée.
  • Suivre l'apprentissage à différents niveaux scolaires : l'apprentissage n'a pas été suivi pendant l'épidémie d'Ebola. Il est essentiel de suivre les progrès réalisés dans des domaines clés tels que la lecture, l'écriture et le calcul dans les petites classes et dans les matières clés du secondaire pour savoir qui en bénéficie et dans quelle mesure les élèves apprennent, afin que les interventions puissent être adaptées en conséquence.
  • Il faut savoir que ce sont les plus pauvres qui sont les plus touchés par les chocs économiques. En Sierra Leone, le revenu annuel des ménages est passé de 336 à 131 dollars US pendant l'épidémie d'Ebola et le nombre de filles enceintes a augmenté. Des interventions seront nécessaires pour protéger les plus pauvres et les plus vulnérables et leur permettre de continuer à apprendre, telles que des transferts d'argent conditionnés.
  • • Préparez-vous à ce que les fonctionnaires et les enseignants aient d'autres obligations ou soient contraints de quitter leur emploi. Les budgets de l'éducation en temps de crise et après-crise sont sous pression, mais pour un rétablissement rapide et efficace, les systèmes éducatifs doivent garder leurs enseignants. Il est essentiel de soutenir les enseignants pendant la crise, de leur permettre de participer à la continuité de l'apprentissage et de les préparer à la reprise et à la réouverture, ainsi que de remédier aux pénuries de recrutement si elles se produisent. Pendant la crise d’Ebola, les salaires ont été maintenus, des stages de formation ont été préparés et ils ont été spécialement conçus pour les enseignants qui reprenaient leurs fonctions.

Aider les écoles à rouvrir

Parmi les enseignements tirés de la réouverture des écoles après la crise d’Ebola, nous avons retenu qu’il faudrait :

  • Ne rouvrir les écoles que lorsque cela est sûr : la réouverture des écoles transmet un message de retour à la normale, mais la sécurité des élèves et des enseignants est primordiale. Pendant la crise sanitaire liée à l’Ebola, de nombreuses écoles ont été utilisées comme centres de traitement et un nettoyage en profondeur a été nécessaire ainsi que du matériel pédagogique et des équipements neufs. Leur réouverture devait être planifiée et préparée en veillant à la santé et au bien-être des élèves. Il fallait notamment prévoir des stations de lavage des mains dans les écoles et un soutien psychosocial pour les personnes touchées. La décision de réouverture a été prise sur la base de données, en fonction du nombre de jours pendant lesquels le pays avait été exempt d'Ebola. Toutes les écoles ont été ouvertes en avril 2015, après que le nombre de cas d'Ebola soit tombé à seulement six la semaine précédente.
  • Accélérer l'apprentissage : les fermetures d'écoles, même avec des mesures d'atténuation, entraîneront un ralentissement des progrès de l'apprentissage. Les enfants les plus pauvres risquent de se retrouver encore plus loin derrière leurs camarades issus de ménages plus riches. Lorsque les écoles rouvrent, une évaluation à grande échelle peut permettre de repérer les lacunes en matière d'apprentissage et d'élaborer des programmes de rattrapage et des possibilités d'apprentissage, afin que tous les enfants rattrapent rapidement leur niveau scolaire. Après Ebola, le gouvernement de la Sierra Leone avait élaboré et mis en œuvre un programme accéléré, qui a été étendu aux enseignants dans toutes les écoles et conçu pour aider les élèves à rattraper leur retard.
  • Adopter une approche multisectorielle pour le rétablissement : l'impact des maladies infectieuses comme le COVID-19 ou Ebola peut être ressenti dans tous les secteurs économiques et sociaux. L'approche de la relance doit être cohérente entre les secteurs pour que la reconstruction soit efficace. La Sierra Leone a élaboré un Plan de relance présidentiel pour guider les investissements et les efforts dans les domaines tels que les moyens de subsistance, la protection sociale, l'éducation et la santé.
  • Suivre les progrès avec des données en temps réel : des données régulières et fiables sont essentielles pour guider les décisions lors de la réouverture des écoles. Les téléphones portables ont été largement utilisés pour suivre l'épidémie d'Ebola et cette technologie a été utilisée par le gouvernement pour obtenir des mises à jour mensuelles sur les progrès en matière de réouverture des écoles, et identifier les points névralgiques pour y apporter du soutien.
  • Cibler l'aide supplémentaire sur les plus vulnérables : pendant l'épidémie d'Ebola, le nombre de grossesses chez les adolescentes est monté en flèche alors que les écoles étaient fermées et que de nombreux enfants étaient directement touchés par la perte de membres de leur famille. Lorsque les écoles ont rouvert, les jeunes femmes enceintes et les mères qui allaitaient ont eu des difficultés à retourner à l'école. Le gouvernement a mis en place un programme de transition en juillet 2015 dont ont bénéficié 3 000 filles, tombées enceintes pendant l'épidémie d'Ebola.
  • Utiliser la reprise comme une opportunité de réforme : une crise comme celle d'Ebola ou de COVID-19 oblige les décideurs politiques à penser différemment en matière de prestation et peut également contribuer à forger un consensus politique. Pendant la période de reprise post-Ebola, le gouvernement sierra-léonais a accéléré les progrès en matière d'approbation des écoles non enregistrées et a mené un exercice de mise à jour du fichier solde qui a permis de retirer les enseignants fantômes de ce fichier et mettre à jour la masse salariale. Deux éléments qui posaient des difficultés de longue date au système.

Dans notre prochain blog, nous examinerons les éléments concrets des réponses de l'éducation aux précédentes situations d’urgences sanitaires.

A lire également

En quoi l’expérience de la Sierra Leone durant la crise d’Ebola peut-elle aider à mieux gérer la crise de l’éducation liée à la pandémie de COVID-19 ?

Erratum : Une version précédente de ce blog indiquait que le prochain blog de cette série examinerait les leçons tirées des réponses apportées au MERS et au SRAS dans le domaine de l'éducation. En fait, le prochain blog ne se penchera que sur les leçons tirées après la crise d'Ebola.

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