République démocratique du Congo : multiplier les alternatives pour assurer la continuité de l’apprentissage en temps de COVID-19

Grâce au soutien du GPE et de ses partenaires, la République démocratique du Congo propose des solutions d'apprentissage alternatives pour s'assurer que tous les enfants et les adolescents continuent d'apprendre dans un environnement sûr et protecteur pendant la pandémie de COVID-19.

16 décembre 2021 par Youmna Sfeir, GPE Secretariat
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Lecture : 6 minutes
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Le début et la fin d’une leçon à la radio sont couronnées par les cris d’allégresse de la part des élèves des enfants. Crédit : UNICEF RDC
Le début et la fin d’une leçon à la radio sont couronnées par les cris d’allégresse de la part des élèves des enfants.
Credit: UNICEF RDC

La fermeture des établissements éducatifs par le gouvernement, le 19 mars 2020, en réponse aux risques de propagation de la COVID-19 a considérablement affecté la scolarité de près de 27 millions d’élèves (enfants et adolescents âgés de 6-17 ans) en République Démocratique du Congo (RDC).

En soutien au plan de réponse à la COVID-19 élaborée par le pays et ses partenaires et à travers un programme mis en œuvre par l’UNICEF avec l’appui d’organisations non-gouvernementales dont Save the Children, le Partenariat mondial pour l’éducation (GPE) a octroyé à la RDC un financement accéléré pour la riposte à la COVID-19 de 15 millions de dollars américains en juillet 2020.

Ce programme vise à assurer des solutions alternatives d’apprentissage dans un environnement sûr et protecteur pour les enfants et adolescents congolais. Il cible 13,9 millions d’élèves affectés par la crise sanitaire et 5.894 écoles des provinces de Kinshasa, du Kongo Central, de Kwilu, de l'Équateur, de la Tshuapa, de l'Ituri, du Kasaï Central, du Kasaï Oriental, du Sud Kivu, du Nord Kivu, du Haut Katanga et du Tanganyika.

Maintenir un accès continu à une éducation inclusive et de qualité

En RDC, l’une des actions innovantes mise en œuvre dans le cadre de ce programme en réponse à la fermeture des écoles a été la création des clubs d’écoute comme en témoigne Nelvy, jeune élève âgée de 10 ans et vivant à Kikwit, dans la province du Kwilu. « Nous faisions nos devoirs après avoir suivi les leçons à la radio et nos parents allaient déposer nos copies à l'école », explique l’élève de 10 ans.

L’engouement et les efforts de l’ensemble des parties prenantes (enfants, parents, communauté, comité de gestion et comité des parents) démontrent bien la volonté d’assurer la continuité éducative malgré les obstacles rencontrés (insuffisance et absence de radios, faible réseau d’émission, programmation à horaires fixes…) et reflètent la demande accrue des communautés et des enfants à avoir davantage de ressources éducatives pour tous.

Maman Efoko en train de suivre individuellement chaque élève pendant la leçon. Crédit : UNICEF RDC
Maman Efoko en train de suivre individuellement chaque élève pendant la leçon.
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UNICEF RDC

La radio, notamment Radio Okapi et environ 120 radios communautaires diffusant de manière régulière des programmes scolaires en langues nationales, a permis de toucher un plus grand nombre d’élèves.

« Suivre une leçon à la radio est une nouveauté pour moi », raconte Merseivic Lutondele, 10 ans assise derrière son poste récepteur.

La télévision éducative, rendue possible grâce au programme EducTV, quant à elle, a été principalement accessible aux élèves vivant en milieu urbain. Des supports de cours en ligne ont aussi été créés et peuvent être consultés sur la plateforme numérique E-class.

Pour inciter les élèves à revenir à l’école et à y rester, le financement du GPE a aussi permis au Programme alimentaire mondial (PAM) de fournir des repas scolaires nutritifs supplémentaires à 36 867 enfants dont 17 623 filles avec un effet d’augmentation des inscriptions de 15 % et 10 % respectivement pour les filles et les garçons et un taux de rétention de 88% (2020-2021).

Des actions rendues possibles grâce à la coordination des efforts conjugués de tous les partenaires impliqués dans la mise en œuvre du programme.

Renforcer la coordination et la planification sur la base de données probantes pour mieux faire face à l'urgence

L’appropriation de ces nouvelles pratiques fut possible grâce aux campagnes de sensibilisation mises en œuvre par UNICEF et Save the Children, avec l’appui d’ONG locales telles que l’ONG CANACU qui intervient dans 723 écoles primaires réparties dans trois provinces éducationnelles (ProvEd), qui ont contribué à un changement de perception vis-à-vis de l’éducation à distance.

Enquêteurs et superviseurs des ONG locales assurent de multiples actions dont la l’information sur les outils d’apprentissage à distance et leur valorisation, la création des clubs d’écoute, la sensibilisation aux mesures barrières de la COVID-19, la contractualisation avec les radios communautaires, et le suivi de la mise en place de toutes actions préconisées par le programme.

Cela implique entre autres de trouver des solutions par la mutualisation des radios, la remontée de données et d’éléments probants indispensables à la mesure des résultats, y compris pour estimer les effets sur l’apprentissage des élèves, les difficultés rencontrées, les solutions mises en avant par les acteurs locaux et les bénéficiaires.

« Je me suis accrochée à l’apprentissage à distance », explique Adolphine qui a pris le soin d’inviter certains de ses amis qui ne disposaient pas de poste récepteur à la maison.

Tirer parti des acquis pour renforcer la résilience du système éducatif face aux futures situations de crise...

Parmi les 11,5 millions d’enfants bénéficiant des activités du programme, 1,3 million, dont 635 000 filles, ont été des bénéficiaires directs de l’aide au retour à l’école. Ce sont aussi plus de 5 894 écoles qui ont mis en place des normes minimales d’hygiène dont 3 762 ont élaboré un plan de contingence.

Il est également estimé qu’en coordination avec le ministère des enseignements primaire, secondaire et technique (MEPST) la moitié des provinces ont été soutenues, , notamment à travers la formation de 340 cadres éducatifs à l'amélioration de la qualité des enseignements et des apprentissages.

De même, des inspecteurs ont été formés en suivi et évaluation des activités, ainsi que 4 629 enseignants en enseignement à distance, remédiation et tutorat des élèves. De plus, 2 275 enseignants ont été formés sur le l'appui psychosocial en classe, sur l’hygiène, la santé, la nutrition et la prévention du COVID-19.

Ces résultats contribuent à renforcer la résilience du système éducatif congolais et renforcer les capacités du pays à mieux prévenir et faire face aux futures situations de crise.

Le MEPST a un cadre institutionnel en faveur de l’enseignement à distance qui se traduit par la mobilisation de la Direction des programmes scolaires et des matériels didactiques (DIPROMAD), l’Inspection générale, la télévision éducative, la Direction informatique et la Direction de la réforme scolaire autour d’actions coordonnées et complémentaires.

De plus, un point focal coordonne des productions pédagogiques télévisées, radiophoniques et celle des cahiers d’exercices. Des enseignants et des inspecteurs sont mobilisés comme rédacteurs et concepteurs pour produire les leçons et les exercices.

A ce jour, 1 302 615 cahiers d’exercices pour les apprentissages à domicile et 802 500 cahiers de fournitures scolaire ont été remis à des élèves des niveaux 1 à 8. On compte aussi 72 leçons développées et disponibles dans les quatre langues nationales et en français, avec des enregistrements télévisés et radiophoniques.

Les cahiers d’exercices se sont révélés être l’un des moyens les plus efficaces pour assurer l’éducation à distance, malgré l’insuffisance de l’offre par rapport à la demande.

Claire EKutshu élève en classe de CP et son papa. Crédit : UNICEF RDC
« Papa, l’école à la maison c’est bon parce que personne ne m’envoie au tableau : si j’oublie je suis moi-même et personne ne se moque de moi. » Claire Ekutshu, élève en classe de CP dans la province éducative de Bonkena.
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UNICEF RDC

Le ministère a fait écho aux éléments probants préliminaires en mettant en place un comité technique chargé de faire un diagnostic rigoureux, de répertorier et mutualiser les initiatives qui ont été mises en place par différents réseaux scolaires, de coordonner les efforts, et de définir une stratégie accompagnée d’une feuille de route opérationnelle.

Les initiatives se sont multipliées au niveau d’écoles, de ProvEd, avec l’appui d’autres partenaires (ECW, UNESCO, UNICEF), d’ONG internationales (War child Canada, AVSI) ou du secteur privé (Vodacom, Orange, Airtel).

Comme exemples de plateformes numériques offrant des cours en ligne figurent Vodaeduc, Schoolap, « Ma classe » du Ministère de l'EPST, l’École numérique avec Orange.

… en dépit des difficultés rencontrées

Le projet s’est heurté à différents freins, notamment en termes de ressources (insuffisance des radios et des cahiers d’exercices), d’infrastructures (faible rayonnage d’émission des radios, coupures de courant, intempéries), d’encadrement par les responsables pédagogiques au niveau des écoles et de priorité économique pour les plus défavorisés (enfants occupés aux tâches agricoles et ménagères).

Ce sont autant d’éléments à prendre en compte pour promouvoir un accès équitable aux ressources éducatives à distance.

La mobilisation des autorités congolaises et de ses partenaires mérite de se poursuivre au-delà du plan d’action de réponse à la pandémie de COVID-19 et dans le cadre de sa Stratégie sectorielle de l’éducation et de la formation (SSEF) en réponse aux perspectives nouvelles qui se sont développées avec l’appui de l’UNICEF et d’autres partenaires.

Ce blog a été rédigé en collaboration avec le Bureau de l'UNICEF en République démocratique du Congo.

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