Bâtir un avenir plus pacifique grâce à l'éducation

Une étude réalisée par l’Institut pour l’économie et la paix et le GPE montre comment une éducation inclusive et de qualité peut contribuer à bâtir des sociétés pacifiques, et pourquoi il est urgent d’investir dans l’éducation.

27 septembre 2023 par Michael Collins, Institute for Economics & Peace, et Raphaelle Martinez, GPE Secretariat
|
Lecture : 5 minutes
Une écolière dans sa salle de classe dans une école primaire au Cameroun. Crédit : GPE/Stephan Bachenheimer
Une écolière dans sa salle de classe dans une école primaire au Cameroun.
Credit: GPE/Stephan Bachenheimer

L'éducation a longtemps été considérée comme la pierre angulaire du développement. Toutefois, dans le contexte mondial actuel, son influence sur la paix à l'échelle nationale et internationale revêt une importance croissante.

L'éducation n'est pas juste un vecteur de croissance personnelle. C'est aussi un puissant outil, capable d'influer sur la future trajectoire des sociétés.

Lorsqu’elle est inclusive et de qualité, l'éducation favorise la compréhension, la tolérance et la coexistence pacifique entre les personnes et les communautés. Elle a également le potentiel de réduire les risques de conflit en encourageant l’esprit critique, en favorisant un dialogue ouvert et en créant des opportunités de croissance économique.

Une nouvelle étude montre les liens entre éducation et paix

Une nouvelle étude de l'Institute for Economics and Peace (IEP) et du Partenariat mondial pour l'éducation (GPE) a réaffirmé le potentiel de l'éducation à bâtir des sociétés pacifiques. Si les effets néfastes des conflits et des crises prolongées sur l'éducation sont bien connus, l'étude se penche sur la relation entre l’éducation et la paix en s'appuyant sur une vaste analyse bibliographique d'études quantitatives.

Pour mieux comprendre cette relation, l'étude se fonde sur un modèle de régression. S'il est impossible d'interpréter causalement les résultats, il existe un certain nombre de corrélations significatives sur le plan statistique entre l'éducation et des sociétés plus pacifiques et plus stables.

Du point de vue conceptuel, la paix est difficile à définir. Elle est souvent ramenée à son contraire, soit l'absence de guerre. Si cette définition reste utile, l’IEP l'élargit pour y inclure les attitudes, les institutions et les structures qui créent et maintiennent la paix, ce que l'on appelle la « paix positive ».

Il existe huit dimensions ou « piliers » de la paix positive. L’éducation est la pierre angulaire du pilier Niveaux élevés de capital humain, lequel entretient une forte corrélation positive avec chaque autre aspect de la paix positive.

Des élèves dans la cour de leur école au Timor-Leste. Crédit : Banque mondiale
Des élèves dans la cour de leur école au Timor-Leste.
Credit:
Banque mondiale

Depuis plus de 20 ans, le GPE est à l’avant-garde du plaidoyer en faveur de l’éducation et du financement de systèmes éducatifs porteurs de transformation, permettant aux pays de saisir les opportunités du 21e siècle.

En tant que seul partenariat et fonds qui se consacre exclusivement à offrir une éducation de qualité aux enfants des pays à faible revenu, notamment ceux qui sont touchés par les conflits, le GPE mobilise un financement accru et de meilleure qualité, y compris auprès de ressources nationales et internationales, pour qu’aucun enfant ne soit laissé de côté.

Mais les événements récents, tels que la pandémie de COVID-19 et l’instabilité politique mondiale croissante, auxquelles s’ajoutent le durcissement des conditions économiques et une dépendance excessive vis-à-vis du financement par la dette, ont considérablement réduit la marge de manœuvre budgétaire pour l’éducation. Par conséquent, l’éducation demeure l’un des secteurs les plus sous-investis.

L’extrême urgence d’investir dans l’éducation

L’occasion manquée est de taille, car la nécessité de bâtir des sociétés pacifiques et durables est chaque jour de plus en plus pressante. L’étude établit une corrélation entre des dépenses publiques supérieures consacrées à l’éducation et la diminution des conflits, en nombre et en durée.

Il existe également une corrélation entre des dépenses accrues pour l’enseignement et une atténuation de l’impact économique de la violence. Bref, investir davantage dans l’éducation peut favoriser la croissance économique et l’égalité sociale, deux facteurs associés à une diminution des conflits.

Ne pas investir dans l’éducation est une erreur à la fois coûteuse et dangereuse.

Nous devons de toute urgence investir dans l’éducation, de sorte que :

  • Les enfants terminent leurs études : L’étude montre une corrélation positive entre des taux supérieurs d’achèvement du primaire et du premier cycle du secondaire, et des facteurs connus pour créer des sociétés pacifiques de façon durable. Il en ressort plusieurs relations causales indirectes de l’éducation sur la consolidation de la paix et la réduction des conflits. Au Timor-Leste, le départ des Casques bleus en décembre 2012 a marqué la fin des conflits et le retour de la stabilité. Plus récemment, en 2022, le pays a tenu avec succès des élections ouvertes et la passation de pouvoir s’est déroulée pacifiquement. En parallèle, les taux d’achèvement du premier cycle du secondaire ont considérablement augmenté passant de 67 % (2010-2015) à 91 % (2017-2022). Ces progrès, appuyés par plus de 32 millions de dollars du GPE depuis 2006, suggèrent un parallèle entre le degré d’instruction et la stabilisation de la paix.
  • Tous les enfants terminent leurs études : Les pays qui affichent des taux supérieurs d’achèvement des études chez les filles, en particulier au secondaire, montrent des niveaux de conflit inférieurs. Ce fait souligne l’importance de l’égalité des genres dans et par l’éducation, un facteur non seulement d’émancipation des femmes, mais également de paix. L’engagement des jeunes dans l’éducation, l’emploi ou la formation constitue également un facteur essentiel. Une proportion plus élevée de jeunes absents de ces activités est associé à moins de paix en général et à plus de conflits. Ce rapport est particulièrement flagrant chez les jeunes femmes qui ne sont pas impliquées dans l’éducation, l’emploi ou la formation. Le GPE voit l’égalité des genres comme une priorité absolue pour que personne ne soit laissé de côté. Le GPE aide les pays à recenser systématiquement et à lever tous les obstacles à l’éducation qui ont des effets différenciés sur les garçons et les filles.
  • Tous les enfants bénéficient d’une éducation de qualité : Si le nombre d’années de scolarisation a le potentiel de réduire le nombre de conflits, la qualité de l’éducation joue un rôle central dans la typologie des conflits. L’étude révèle que les pays qui présentent un nombre supérieur d’années de scolarité corrigé en fonction de la qualité de l’apprentissage connaissent moins de conflits et une sûreté et une sécurité accrues. Par exemple, le Cameroun a été confronté à plusieurs crises, notamment de violents conflits et des tensions ethno-politiques en recrudescence qui ont entraîné des déplacements et une instabilité dans le pays. Mais le Cameroun a fait des progrès importants dans la maîtrise de la lecture : entre 2010 et 2022, le taux est passé de 29 % à 39 % chez les élèves de 2e et 3e année, et de 24 % à 30 % en fin de primaire. L'aide du GPE a été déterminante, se chiffrant à plus de 190 millions de dollars depuis 2007, incluant un investissement dans l’apprentissage fondamental (lecture et compréhension de texte, calcul élémentaire, compétences socio-émotionnelles résilientes). L’apprentissage fondamental permet non seulement de renforcer les compétences au sein de la population, mais également d’accroître la coopération entre les personnes, ce qui peut favoriser la paix.

L’éducation est fondamentale pour atteindre chaque objectif de développement durable (ODD).

Un accès limité à une éducation de qualité n’est pas juste une occasion manquée ; la situation peut vivement engendrer divisions, tensions et conflits. Les inégalités dans l’éducation sont un terreau fertile aux griefs et aux troubles sociaux.

Pourtant, la voie à suivre est claire. Investir dans une éducation de qualité pour chaque enfant constitue notre obligation la plus durable et la plus pressante, en particulier face aux défis mondiaux tels que le changement climatique et la prospérité économique. Ces deux enjeux sont intrinsèquement liés à la paix et à la stabilité.

L’éducation n’est pas seulement une priorité parmi tant d’autres. Elle est aussi le pilier fondamental qui déterminera le succès de tous les objectifs de développement durable.

Lire aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas divulguée. Tous les champs sont requis

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.

Texte brut

  • Global and entity tokens are replaced with their values. Explorer les jetons disponibles.
  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.