Protéger les espaces d’apprentissage est la première étape pour transformer l’éducation

L'éducation devient de plus en plus la cible d'attaques violentes, privant des millions de personnes de leur droit à l'éducation et entravant la réalisation de l'ODD 4.

09 septembre 2022 par Cristina Álvarez, Global Campaign for Education
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Lecture : 4 minutes
Mme Binta Ilboudo tenant dans ses bras son élève Emeraude Zongo, 7 ans, transférée récemment dans son école. Crédit : GPE/Kelley Lynch
Mme Binta Ilboudo tenant dans ses bras son élève Emeraude Zongo, 7 ans, transférée récemment dans son école.
Credit: GPE/Kelley Lynch

Aujourd'hui est commémorée la Journée internationale pour la protection de l'éducation contre les attaques. Adoptée à l'unanimité par une résolution de l'Assemblée générale des Nations Unies en 2020, elle appelle les gouvernements à garantir les droits des apprenants et des enseignants touchés par les conflits armés et la violence. Malheureusement, la nécessité de marquer cette Journée semble de plus en plus urgente d'année en année.

Nelson Mandela a dit : « L'éducation est l'arme la plus puissante que l’on puisse utiliser pour changer le monde ». Malgré cela, ou peut-être précisément pour cette raison, l'éducation devient de plus en plus la cible d'attaques violentes.

Selon la Coalition mondiale pour la protection de l'éducation contre les attaques (GCPEA, du sigle en anglais), les attaques contre l'éducation (en anglais) et l'utilisation des écoles à des fins militaires ont augmenté d'un tiers entre 2019 et 2021, près de 5 000 attaques contre l'éducation et cas d'utilisation des écoles et des universités à des fins militaires ayant été recensés au cours de cette période.

Plus de 9 000 apprenants et enseignants ont été enlevés, arrêtés arbitrairement, blessés ou tués lors de ces événements. Cela signifie qu'en moyenne, six attaques contre l'éducation ou cas d'utilisation d'écoles à des fins militaires ont été enregistrés quotidiennement au cours des deux dernières années.

Les attaques contre les écoles sont la forme la plus courante d'attaques contre l'éducation. Cependant, des attaques contre des élèves, des enseignants et d'autres personnels de l'éducation et, des cas d'utilisation d'établissements scolaires à des fins militaires, de recrutement d'enfants dans des milices, de violences sexuelles et d'attaques ciblées contre l'enseignement supérieur sont également signalés.

Les attaques contre l'éducation sont évidemment (et pas uniquement) liées à des conflits violents, mais les motivations pour cibler l'éducation peuvent être politiques, militaires, idéologiques, sectaires, ethniques ou religieuses. Les conséquences sont dévastatrices.

À court terme, ils causent des pertes humaines et matérielles, des dégâts, de la détresse psychologique et la réduction du corps enseignant. À long terme, leurs effets sur l'enseignement et l'apprentissage sont graves et durables, affectent profondément les systèmes éducatifs nationaux et le développement économique et social ; et détruisent les vies et l'avenir de millions de personnes.

Bien sûr, les femmes et les filles sont spécifiquement et disproportionnellement touchées par les attaques contre l'éducation.

Au Burkina Faso, les attaques contre l'éducation se multiplient à mesure que la violence augmente

Au cours des deux dernières années, le Burkina Faso est devenu l’exemple de l'une des crises de déplacement s’étant aggravée le plus rapidement au monde. Le pays est confronté à une combinaison de facteurs mortels : de la crise au Sahel au violent conflit contre et entre les groupes armés non étatiques, en particulier dans les régions du nord et de l'est du pays, qui entraînent des niveaux de combats et d'insécurité sans précédent.

Cette situation, aggravée par l'impact de la pandémie de COVID-19, a des conséquences dévastatrices sur l'éducation.

L’intensification des violences armées a entraîné une augmentation considérable des attaques contre l'éducation dans le pays, les parties aux conflits incendiant, pillant ou dégradant intentionnellement des écoles et des universités et un grand nombre d'apprenants et d'enseignants ayant été menacés, enlevés, blessés ou tués par des attaques ciblées et aveugles.

Le Burkina Faso a été classé par la GCPEA comme étant fortement touché par les attaques contre l'éducation.

« Aujourd'hui, nous constatons la fermeture de plus de 4 000 écoles, plus de 800 000 enfants non scolarisés et plus de 20 000 enseignants touchés » a rapporté Tahirou Traoré, Coordonnateur national du CN-EPT/B, la Coalition Nationale pour l'Éducation Pour Tous de la Campagne mondiale pour l'éducation au Burkina Faso.

Les attaques et les menaces incessantes contre les écoles au Sahel provoquent des niveaux de stress alarmants chez les enfants des zones touchées par le conflit, 53 % d'entre eux déclarant ne pas se sentir en sécurité à l'école, selon un récent rapport (en anglais) du Conseil norvégien pour les réfugiés.

Malheureusement, le Burkina Faso est loin d'être le seul pays où l'éducation, les éducateurs et les apprenants sont ciblés, mais juste un exemple pour illustrer un problème extrêmement répandu : du Mali au Myanmar, en passant par la République démocratique du Congo et la Palestine - les pays les plus touchés par des attaques contre l'éducation - ou l'Afghanistan, où les attaques contre les écoles avec des engins explosifs sont fréquentes, et où les filles et les éducatrices qui dispensent une éducation aux filles étaient déjà directement visées même avant la prise du pouvoir par les talibans. Aujourd'hui, les jeunes afghanes sont interdites d'école.

Sommet sur la Transformation de l’éducation : la protection de l'éducation est la première étape

Ces jours-ci, tous les regards sont tournés vers le Sommet sur la Transformation de l'éducation, convoqué par le Secrétaire général des Nations Unies, qui se tiendra à New York du 16 au 19 septembre 2022. Les attentes sont élevées. Les enjeux le sont aussi. C'est le moment où les États et les décideurs doivent aller au-delà des promesses et protéger l'éducation en situation d'urgence (en anglais).

Cela suppose l'approbation et la mise en œuvre complète (en tenant compte du genre) de la Déclaration sur la sécurité dans les écoles, ainsi que le développement et la mise en œuvre de mécanismes solides pour surveiller et répondre rapidement aux attaques contre les écoles et autres établissements d'enseignement. Cela inclue également la mise en place et le soutien d’une gamme de stratégies pour prévenir la violence et rendre les écoles sûres et accessibles.

Rien de tout cela n'est possible sans un financement adéquat. L'éducation dans les situations d'urgence reste chroniquement sous-financée. Les donateurs doivent accroître leur soutien aux fonds multilatéraux dédiés, tels que le Partenariat mondial pour l'éducation (GPE) et L’Éducation sans délai (ECW).

Une éducation de qualité est un droit humain fondamental et la clé de la réalisation des ODD. L'éducation est également le fondement de la cohésion sociale et de sociétés pacifiques et prospères. Elle doit rester un espace sûr.

Les leaders mondiaux doivent garder cela à l'esprit non seulement aujourd'hui, à l’heure où nous célébrons la Journée internationale de la protection de l'éducation contre les attaques, mais plus important encore, lorsque viendra le moment de décider d'actions concrètes lors du prochain Sommet sur la Transformation de l'éducation. Car pour transformer l'éducation, il faut commencer par protéger les espaces d’apprentissage.

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